Argent-Pouvoir : Une histoire éternelle

Qaroune, appelé aussi Coré, un nom devenu célèbre. Un homme d’une extrême richesse et comme c’est souvent le cas accompagné d’un grand pouvoir.

Quand on évoque la richesse de Qaroune, nous pensons à l’adage « riche comme Crésus » à la différence que généralement la richesse associée à Qaroune a été maudite et a causé sa perte, alors en général, on est plutôt enclin à dire « je refuse l’argent que tu me proposes même s’il était pareil à celui de Qaroune » !

Etonnant non ? Et pourtant, qui connait l’histoire de cet homme ne s’étonne pas que l’on puisse refuser autant d’argent et de pouvoir.

Voici son histoire telle qu’elle est contée dans le Coran, Sourate le Récit, V76-83 :

« En vérité, Qaroune était du peuple de Moïse mais il était empli de violence envers eux. Nous lui avions donné des trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit : « Ne te réjouis point. Car Dieu n’aime pas les arrogants. Et recherche à travers ce que Dieu t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublie pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Dieu n’aime point les corrupteurs ».

Il dit : « C’est par une science que je possède, que ceci m’est venu ». Ne savait-il pas qu’avant lui Dieu avait fait périr des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens ? Et les criminels ne seront pas interrogés sur leurs péchés » !

Il sortit à son peuple dans tout son apparat. Ceux qui aimaient la vie présente dirent : « Si seulement nous avions comme ce qui a été donné à Qaroune. Il a été doté, certes, d’une immense fortune ».

Tandis que ceux auxquels le savoir a été donné dirent : « Malheur à vous ! La récompense de Dieu est meilleure pour celui qui croit et fait le bien ». Mais elle ne sera reçue que par ceux qui endurent.

Nous fîmes donc que la terre l’engloutît, lui et sa maison. Aucun clan en dehors de Dieu ne fut là pour le secourir, et il ne put se secourir lui-même.

Et ceux qui, la veille, souhaitaient être à sa place, se mirent à dire : « Ah ! Il est vrai que Dieu augmente la part de qui Il veut, parmi Ses serviteurs, ou la restreint. Si Dieu ne nous avait pas favorisés, Il nous aurait certainement fait engloutir. Ah ! Il est vrai que ceux qui ne croient pas ne réussissent pas ».

Cette Demeure dernière, Nous la réservons à ceux qui ne recherchent, ni à s’élever sur terre, ni à y semer la corruption. Cependant, l’heureuse fin appartient aux pieux. »

Cet homme a vécu au temps du prophète Moise (paix et bénédictions sur lui), il faisait partie des gens que ce noble messager a essayé de guider vers la vérité absolue qu’est la connaissance de Dieu et Sa Souveraineté. Il refusa et rejeta le message.

Dans les versets, Dieu donne une indication sur la fortune qu’Il a donnée à cet homme. Soulignons en rouge que c’est Dieu qui lui a donné cet argent même si dans son égocentrisme, il a fini par croire que c’est lui qui a amassé cette fortune par sa propre intelligence.

Première leçon, c’est bien Dieu qui donne à qui Il veut, tout Lui appartient. Nous ne sommes donc que les dépositaires de ce qui ne nous appartient pas. Dieu dit : « Croyez en Dieu et en Son Messager, et dépensez de ce dont Il vous a fait les dispensateurs » (1). Traitons donc ce que Dieu nous donne au quotidien avec le respect dû à un dépôt.

Aicha (que Dieu l’agrée), l’épouse du Prophète (paix et bénédictions sur lui), avait pour habitude de parfumer l’argent qu’elle voulait donner en aumône, à méditer !

Argent & Pouvoir

Revenons à la fortune de Qaroune. Elle était tellement immense, qu’il fallait tout un groupe de gens forts pour porter, non pas sa fortune, mais uniquement les clefs permettant d’ouvrir les portes pour y accéder ! Je vous laisse imaginer le montant dont il était question à l’époque.

Une fortune qui était source de réjouissance pour Qaroune, une réjouissance dans la démesure qui a poussé son peuple à l’interpeller en lui disant « Ne te réjouis point. Car Dieu n’aime pas les arrogants ».

Malheureusement, l’argent et le pouvoir, deux ingrédients qui, hier comme aujourd’hui, font croire à leur détenteur qu’il a entre les mains les clés de la recette de la surpuissance et de l’invincibilité.

Argent, pouvoir, démesure, arrogance, mépris des autres, sentiment de puissance…. On pourrait croire que c’est une fatalité, ce n’est pas toujours le cas, certaines personnes arrivent à échapper à ce cycle infernal, elles restent toutefois rares et exceptionnelles, il faut être lourdement armé pour combattre le couple « Argent-Pouvoir ».

D’après Al Miswar Ibn Makhrama, le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Je jure par Dieu que ce n’est pas la pauvreté que je crains pour vous ! Je crains plutôt pour vous que la vie d’ici-bas ne soit étendue pour vous comme elle l’a été pour ceux qui sont venus avant vous, que vous vous concurrenciez la concernant comme ils se sont concurrencés et qu’alors elle vous fasse périr comme elle les a fait périr » (2)

Dans l’histoire musulmane, après la période bénie de la prophétie et des 4 Califes, la spoliation du pouvoir a sonné le glas et entrainé dans sa chute la jeune société de justice et d’équité bâtie sur les valeurs apportées par la Révélation et incarnées par le messager de Dieu et ses compagnons.

L’Imam Ahmad a rapporté que Abou Oumama al Bahili a dit que l’Envoyé de Dieu leur annonça : « L’Islam se défera attache après attache. À chaque attache défaite, les gens s’agripperont à celles qui persistent. La première attache qui cédera sera la gouvernance, la dernière sera la prière ».

Le couple Argent-Pouvoir finira par ronger Qaroune ne laissant en lui qu’arrogance et dédain pour autrui. Sourd au rappel Divin à œuvrer pour le bien des humains et à partager avec ceux qui sont dans le besoin, il finira par croire que cette fortune lui était due et qu’elle était le fruit de son intelligence, de sa science et de son savoir.

Il dit : « C’est par une science que je possède que ceci m’est venu ».

Effectivement, ceci t’est venu, car Dieu te l’a donné. Dans le début du verset Dieu l’affirme haut et fort : « Nous lui avions donné des trésors », pour Karoune malheureusement, le mal avait pris racine, il était devenu sourd et aveugle au sort que Dieu avait réservé aux générations qui l’avaient précédé sur la voie de la corruption et de l’arrogance.

Trompe-l’œil

L’apparat fait partie des mécanismes utilisés par les injustes et les despotes comme trompe l’œil pour essayer de détourner les yeux du peuple des injustices commises à son encontre.

Nemrod l’a utilisé contre le prophète Abraham (paix et bénédictions sur lui) et il a perdu, Pharaon l’a utilisé contre le prophète Moise (paix et bénédictions sur lui), et il a perdu.

Il y a dans la création des règles qui transcendent l’espace et le temps, quand elles sont transgressées le résultat est toujours le même.

« Ne savait-il pas qu’avant lui Dieu avait fait périr des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens ? »

On peut tromper l’humain, mais pas le Divin.

La ruse de Qaroune va fonctionner, elle atteindra les cœurs les plus faibles, qui tout de suite vont envier Karoun et souhaiter être à sa place. « Si seulement nous avions comme ce qui a été donné à Qaroune. Il a été doté, certes, d’une immense fortune ».

Le faux brillant attire l’œil, donne envie, suscite la jalousie. Combien de fois nous avons vécu cette situation ?  J’aimerais tant avoir ce que j’ai vu chez l’autre. Dans notre société de surconsommation, ce ne sont pas les envies qui manquent ! Dans notre société de sur-exposition, ce ne sont pas les moyens d’exposer nos « trophées de chasse » qui manquent. Tantôt nous « avons » envie, tantôt nous « suscitons » l’envie. Pas de quoi être fiers dans les deux cas.

L’œil du cœur

Revenons au peuple de Qaroune, à cette partie de la population qui ne s’est pas faite duper par l’apparat à trompe-l’œil. Les simulacres, les mises en scène et les mascarades ne les impressionnent guère, leurs trésors résident dans leurs cœurs. Leurs trésors c’est le savoir que Dieu leur a octroyé « Tandis que ceux auxquels le savoir a été donné ».

C’est grâce aux yeux de cœurs emplis de foi et d’amour de leur Seigneur que ces croyants ont compris que ce qu’ils avaient sous les yeux n’étaient qu’un mirage qui cachait un désert aride qui mène celui qui l’emprunte à sa perte. D’où ces cris de cœur adressés à leurs concitoyens : « Malheur à vous ! La récompense de Dieu est meilleure pour celui qui croit et fait le bien ».

Empathie et miséricorde envers leurs concitoyens qu’ils voyaient courir à leur perte, il faut certes se doter de patience pour transmettre le message, il faut savoir être endurant « Mais elle ne sera reçue que par ceux qui endurent ».

La sentence Divine ne se fit pas attendre, défier Dieu, quelle folie ? : « Nous fîmes donc que la terre l’engloutît, lui et sa maison. Aucun clan en dehors de Dieu ne fut là pour le secourir, et il ne put se secourir lui-même ».

Une scène digne de l’apocalypse. Nous ne pouvons éprouver l’épouvante qui a dû submerger les gens qui ont assisté à cette parade lorsque le courroux divin descendit, engloutissant Qaroune et ses biens. « Nous fîmes donc que la terre l’engloutît, lui et sa maison. Aucun clan en dehors de Dieu ne fut là pour le secourir, et il ne put se secourir lui-même ».

Les gens aux cœurs faibles ont vite déchanté, le mirage a disparu, le voile de l’illusion est tombé et la vérité a éclaté à leurs yeux : les apparences sont trompeuses.

Dur retour à la réalité pour celles et ceux qui l’enviaient ! Ils l’ont échappé belle « Si Dieu ne nous avait pas favorisés, Il nous aurait certainement fait engloutir ».

Ils arrivent à la conclusion « Il est vrai que ceux qui ne croient pas ne réussissent pas ».

Pourtant, tout au début, ils ont été prévenus, ils n’y ont pas cru, l’attirance de la vie ici-bas était trop forte et la foi trop faible, un déséquilibre qui aurait pu leur coûter cher !

Quand on lit ces versets, on peut s’interroger sur la place qu’on aurait pris si on était les spectateurs de la sortie de Karoun dans son apparat !

Le dernier verset est interpellant : « Cette Demeure dernière, Nous la réservons à ceux qui ne recherchent, ni à s’élever sur terre, ni à y semer la corruption ». Qaroune a cherché à s’élever sur terre, il y a été englouti, triste sort.

La quête de l’élévation, même sans y parvenir peut priver de la rétribution dans la vie dernière, c’est dire combien l’intention formulée derrière chaque acte est importante.

Quoi qu’il en soit, nous retrouvons encore une fois la règle divine de l’alternance des jours et « l’heureuse fin appartient aux pieux ».

(1)   » Coran : Sourate 57-Verset 7

(2)   Boukhari

2 commentaires

  1. Magnifiques leçons tirées de cette histoire coranique qui se termina d’une façon tragique.

    Que Dieu nous accorde de nous détacher des biens de ce bas-monde sauf pour être utile aux autres, faire le bien et aider les nécessiteux.

    Merci Karim

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