Burn-out maternel

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Lorsque j’étais enfant, les contes que je lisais finissaient très souvent par « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Chaque lecteur devait se faire une idée de la suite car le conte ne disait pas comment étaient les enfants et quelle vie la princesse, alors devenue reine, avait avec ses petits trésors.

Enfant et jeune fille, je m’étais faite à l’idée que la reine était très heureuse d’être mère et que tout était beau dans le meilleur des mondes. Ça ne pouvait être autrement pour moi.

L’expérience pourtant m’apprendra bien vite qu’être mère est un grand bonheur mais aussi une charge émotionnelle, physique et psychologique énorme.

Je donnais naissance à mon premier enfant un jour de printemps. Bébé est là et je goûte aux joies de la maternité. Malgré les douleurs de l’accouchement et tous les inconvénients de la période post-natale, j’étais heureuse.

Les jours passaient, j’essayais de faire de mon mieux, je prenais les conseils ici et là. Je lisais tout ce qui concernait le nourrisson et j’essayais d’appliquer au mieux tout ce que j’emmagasinais.

La fratrie s’agrandira très vite. Avoir un enfant changeait mon quotidien et me donnait plus de travail à faire dans mon foyer. Mais plusieurs enfants étaient une charge de travail multipliée. Mon quotidien deviendra dès la naissance de mon deuxième, puis troisième enfant un vrai combat.

Les allers-retours à l’école, les repas, le ménage, l’aide aux devoirs, les activités extrascolaires, les sorties, la gestion des conflits entre frères et sœurs étaient devenus mon quotidien.

Lorsque j’étais petite, j’ai très rarement entendu ma mère se plaindre et je voulais suivre son modèle. Je voulais être forte devant les autres et montrer que je gérais parfaitement mes enfants. Je gardais en moi des choses et j’accumulais.

Il y eut des tentatives pour parler de mon mal-être. Car oui, mal-être il y avait ! Mon rêve de petite fille venait de se réaliser mais je ne me sentais pas bien, j’allais mal et je ne comprenais pas pourquoi. Pourquoi le bonheur qui devait accompagner ma vie de mère n’était pas toujours au rendez-vous ?

Je parlais parfois avec des personnes de mon entourage, je me confiais à mon époux de temps en temps mais le voyant épuisé et surchargé lui aussi par son travail à l’extérieur, je préférais parfois me taire.Les phrases que l’on me disait me faisaient parfois plus de mal que de bien :

« Tu as de la chance d’avoir des enfants, pense aux femmes qui ne peuvent pas » !

«  Le Paradis est sous les pieds de la mère, sois courageuse » !

« Mais tes enfants sont sages pourquoi dis-tu cela » ?

« Arrête donc de te plaindre »….

Me sentant incomprise, je préférais me taire et ne plus rien dire. J’avais l’impression d’être la seule à ne pas arriver à tout gérer en gardant le sourire et la joie d’avoir mes enfants près de moi.

Et puis, un jour alors que je regardais une émission dédiée aux parents, j’ai découvert une notion qui m’était jusqu’alors inconnue : l’épuisement maternel ou burn-out maternel. Je me retrouvais dans ce qui était dit par les mamans sur le plateau. Mon mal être était connu, je pouvais enfin mettre un nom sur ce que je ressentais. J’en fus soulagée car je me sentais moins seule et enfin reconnue dans ce que je vivais. Je fis des recherches et je lisais tout ce qui touchait à ce phénomène.

Voilà ce que l’on peut lire sur le burn-out lorsque l’on fait quelques recherches :

Le burn-out est l’étape qui précède la dépression : on n’en peut plus… On a envie d’agir, mais on n’y arrive plus… C’est le « ras-le-bol » qui arrive sans crier gare… Les crises de colère sans raison ou les maux de tête (ou de ventre) qui ne vous quittent plus.

Ce « syndrome d’épuisement professionnel » se développe surtout chez les personnes dont l’engagement bénévole est important, qui reçoivent peu de reconnaissance pour le travail effectué ou ont une image idéalisée du rôle qu’elles devraient tenir… Description parfaite des mamans !

J’étais tout simplement épuisée d’essayer d’être la mère parfaite que je m’étais imaginée mais aussi que la société et mon entourage m’imposaient. Épuisée de vouloir faire les choses en temps et en heure et surtout de la meilleure des façons.

J’ai par la suite rencontré des personnes qui vivaient la même chose que moi. Je me souviens même d’une scène qui me marqua beaucoup : une mère, en parlant de ses enfants, se mit à pleurer, elle n’en pouvait plus ! Il m’était aussi arrivé de pleurer de fatigue et d’épuisement mais la seule personne qui y assista n’était autre que mon époux. Je m’étais interdit de montrer ma faiblesse, j’avais décidée de ne plus « me plaindre », mais en voyant cette mère se confier et craquer, cela me renvoya à moi-même.

Je m’étais faite à l’idée qu’en Islam, une mère supporte sans jamais fléchir. Elle était un pilier chez elle et si elle tombait, tout s’écroulerait. La femme musulmane soutenait son époux et ne faiblissait pas. Elle faisait ses tâches ménagères et s’occupait de son foyer en espérant une récompense divine et récompense il n’y aurait que si elle ne se plaignait pas.

En réalité, être mère est une épreuve et demande de la patience. Mais avant d’être mère, nous sommes de simples êtres humains sujets à la fatigue, l’agacement, l’épuisement. La patience dont doit faire preuve une maman a des limites et être patiente ne veut pas dire se taire quand nous allons mal.

Exprimer ses émotions est normal et sain. Il faut pouvoir dire en tant que mère que nous n’y arrivons plus. Il faut pouvoir mettre des mots sur ses maux.

De mes lectures, de mes recherches et de mes discussions avec d’autres mères ayant vécu l’épuisement maternel, voici quelques conseils que je pourrais donner à toute femme qui vit la même situation :

1) Acceptez d’être « imparfaite ». Vous devez être la mère que vous voulez être et non la mère que vous vous obligez à être. Faire de son mieux et avec amour voilà ce qui nous est demandé.

2) Ne portez pas sur votre dos une charge trop lourde. Lorsque vous vous sentez fatiguée, apprenez à déléguer. Demandez de l’aide à votre conjoint sans aucune culpabilité, (je me souviens avoir très souvent préservé mon mari en ne disant rien ou en faisant mes tâches afin qu’il n’ait pas à les faire à ma place), de l’aide aussi à votre famille ou à une amie. Demander de l’aide ne fait pas de vous une « mauvaise mère ».

3) Prenez du temps rien que pour vous en vous inscrivant dans une salle de sport par exemple. En sortant manger avec une amie au restaurant ou juste en sortant vous balader une petite heure.

4) Couchez vos enfants tôt. Il ne sert à rien de tarder le coucher si vous êtes épuisée. Vous subirez vos enfants au lieu de savourer leur présence.

5) Apprenez à lâcher du lest : ce qui n’est pas fait toute de suite, sera fait plus tard. Si le ménage n’est pas fait car vous sentez le besoin de vous reposer ou de vous balader faites-le !

6) Parlez à vos enfants et expliquez-leur que vous avez besoin d’un moment à vous. Demandez-leur de jouer dans leur chambre calmement afin que vous puissiez souffler un peu. Parlez à vos enfants de vos émotions et de votre fatigue. Ils comprennent très bien dès 3-4 ans et vous verrez qu’ils essayeront de respecter votre repos à condition de leur parler ouvertement et de la bonne façon.

7) Soyez sûre d’être une bonne maman. Une mère imparfaite, oui car l’être humain est imparfait mais ne vous culpabilisez pas de ne pas réussir à faire tout, tout le temps. La culpabilité ne fait pas avancer, elle empoisonne !

8) Et surtout, accompagnez tous ces conseils d’invocations. Demandez l’aide à Dieu afin de vivre au mieux ce rôle. Priez-Le (Exalté soit-Il) qu’Il vous facilite l’éducation de vos enfants et qu’Il (Loué soit-Il) mette la bénédiction dans votre temps et dans votre santé.

1 commentaire

  1. salam

    Article intéressant

    Souvent à penser à l’idéal on en oublie le réalisme.

    L’homme, la femme, est effectivement imparfait et à vouloir trop faire bien peut fatiguer et conduire au burn out.

    Le burn out pour celles et ceux qui l’ont vécu est quelque chose de terrible. Plus qu’une dépression, un véritable mal être qui doit être diagnostiqué rapidement pour m’être un frein rapidement au processus d’épuisement.

    je vous souhaite le meilleur insh Allah

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