La belle exhortation

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Exhorter, c’est réveiller les cœurs de l’insouciance, sauver les intelligences de l’incertitude et revivifier les âmes moribondes de l’ignorance. Quand les âmes s’étiolent, l’exhortation éloquente apporte miséricorde, apaisement et guérison. Quand des couches successives s’amoncellent sur les cœurs, la belle exhortation vient aussitôt les ôter. Elle pénètre les cœurs et les adoucit et les purifie. C’est alors qu’ils frémissent et vivent la crainte de Dieu puis se rassurent et s’apaisent.

L’exhortation dans le Coran

Il n’est pas étonnant donc que Dieu ait fait de l’exhortation la mission de Ses Envoyés, de Ses Messagers et de ceux qu’il élit. Il fait de certains de Ses Livres révélés des exhortations et des leçons comme Les Psaumes (Azzabûr) qui ne renferment aucun verset édictant une loi. Il désigne aussi le Coran comme une exhortation dans plusieurs versets comme dans la sourate Jonas (Yûnus) : «Voici venu à vous une exhortation de votre Seigneur » ou comme dans la sourate la Famille d’lmran (al ‘lmrâne) : « C’est un guide et une exhortation pour ceux qui craignent Dieu ».

S’il faut relever que le Livre de Dieu est bien traversé par des versets traitant de l’aspect légal, il serait opportun de souligner que ces derniers ne sont jamais énoncés abruptement et ne s’adressent pas uniquement à l’esprit au détriment du cœur. L’exhortation et le rappel s’y intercalent et les transforment à leur tour en exhortation et en rappel.

L’exhortation dans la tradition prophétique

Le Prophète (paix et salut sur lui) a accordé une attention toute particulière à l’exhortation et en a usé à maintes occasions, publiques ou privées.

En effet, de temps à autre, le Prophète (paix et salut sur lui) exhortait ses Compagnons. D’après Abû Wâel : « Ibn Mas’ûd faisait un rappel tous les jeudis. Un homme lui dit : Ô Abû ‘Abderrahmâne, j’aimerais que tu nous fasses un rappel tous les jours. Il répondit : Ce qui m’empêche de le faire, c’est que je ne veux pas vous ennuyer. Je vous fais régulièrement des rappels comme le faisait le Prophète (paix et salut sur lui). Il procédait ainsi de peur que la lassitude ne nous gagne » (1)

Dans un autre hadith, lrbâd Ibn Sâriya a dit : « Le Prophète (paix et salut sur lui) nous a exhorté un jour après la prière du petit matin avec des paroles profondes qui ont fait couler les larmes et touché les cœurs. Un homme dit alors : C’est l’exhortation de quelqu’un qui fait ses adieux…»(2)

Les savants parmi les prédécesseurs se sont préoccupés de l’exhortation

Les savants actifs au sein de cette communauté étaient attentifs à l’art de l’exhortation et y ont porté un intérêt considérable. Ils ont maîtrisé ses bases et ont perfectionné son maniement.

Ils sont ainsi devenus les guérisseurs de la communauté en y cultivant les usages du bien et de la droiture. Ils ont revivifié la religion en renouvelant la foi dans les cœurs à chaque fois qu’elle faiblissait et s’usait. J’invite mon frère et ma sœur à lire – à titre d’exemples non exhaustifs – la biographie de Hassan Al-Basri et de Abdel-Kader Al-Jilanî (que Dieu leur fasse miséricorde) dans « Les Hommes de la pensée et de l’appel » de Nadawî  pour y relever l’impact profond qu’ont eu les exhortations de ces deux virtuoses sur la communauté. Je les invite également à lire ce qui a été consigne par les historiographes concernant les assises d’exhortation qui étaient tenues par Abd-Rahmâne lbn AI-Jawzî (que Dieu lui fasse miséricorde) afin de réaliser l’importance de l’exhortation et son impact.

En parallèle, je leur recommande de lire les exhortations de Abdel-Kader Al-Jiianî (que Dieu lui fasse miséricorde) et surtout son livre « Al Fath Ar-rabbâni » ainsi que celles de l’imam Ar-rifâ’i (que Dieu lui fasse miséricorde) et d’autres de ceux qui ont manié cet art et dont les exhortations restent à ce jour toujours aussi saisissantes.

L’importance de maitriser cet art pour celles et ceux qui appellent à Dieu

Aujourd’hui, la communauté est touchée par la déliquescence des mœurs, la vacuité de l’esprit et la décadence de l’intellect, lui faisant perdre les valeurs de fierté, de dignité et de vaillance.

Face à cette triste réalité, il est devenu primordial pour les croyants et les croyantes qui ont rejoint les rangs des acteurs du renouveau islamique de maîtriser les règles de l’exhortation et de se donner les moyens pour que leur message soit entendu et que leur appel soit accepté et aimé afin que s’ouvrent des cœurs voilés et des yeux aveugles.

Ils gagneront alors l’honneur de cette vie en permettant à la communauté de retrouver sa dignité et sa gloire et gagneront de surcroît l’honneur de la Vie Dernière er remportant la satisfaction de Dieu.

Un doute à lever

Quelqu’un pourrait objecter : Comment me permettrais-je d’exhorter les autres alors que je suis le premier à en avoir besoin ? Comment pourrais-je le faire alors qu’on ne compte plus les hadiths authentiques et les versets qui insistent sur l’intégrité et la cohérence du prédicateur ? Il est vrai que ce sont bien des conditions qui devraient prévaloir dans l’absolu, et ce serait alors un degré de plénitude. Mais si l’exhortation n’était prodiguée que par des êtres infaillibles, nul ne serait en mesure de la pratiquer, scellant ainsi sa disparition alors qu’elle est un commandement du Coran et de la Tradition Prophétique.

A vu juste le poète qui a dit : « Si les gens ne sont pas exhortés par le pêcheur, alors, qui après Muhammad exhortera les autres pécheurs ! »

On a dit à Hassan Al-Basrî (que Dieu lui fasse miséricorde) : « Untel s’interdit d’exhorter et dit : J’ai peur de dire ce que je ne fais pas. Alors Hassan Al-Basri dit de lui : Lequel d‘entre nous fait ce qu’il dit ? Satan aimerait qu’il en soit ainsi pour que plus personne n’ordonne le bien et n’interdise le mal ». 

L’objectif de l’exhortation

Ces derniers temps, il s’est répandu un mode d’exhortation dont les défauts l’emportent sur les avantages et dont les méfaits prennent le pas sur les bienfaits car il endort plus qu’il ne réveille la communauté et écrase son élan au lieu d’aiguiser sa détermination. La communauté en devient telle une bête servile que l’on conduit à l’abattoir au lieu de revivifier en elle le sens du courage et de la force pour qu’elle retrouve son honneur perdu et sa dignité.

Tends l’oreille aux sermons du vendredi et assiste aux assises d’exhortation et de conseil. Tu seras étonné par la façon dont le prêcheur fait abstraction des problèmes que vivent les gens, des soucis qu’ils portent, de leurs difficultés et de leurs contraintes, pour leur parler de choses et de sujets qui n’ont aucun lien avec la réalité de leur quotidien. Par contre, tu pourras y trouver la justification subreptice de l’injustice et de la corruption, et une invitation au peuple démuni et spolié de ses droits de ne pas en revendiquer leur application. Mystification qui s’appuie sur l’argument fallacieux que notre Prophète (paix et salut à lui) était pauvre et qu’il formulait le vœu d’être en compagnie des pauvres dans la Vie Dernière. Ils laissent entendre par là que la réalité affligeante que vivent les gens, que leur maintien dans un système de classes qui ne dit pas son nom et que l’injustice dans le partage des biens étaient souhaités et réclamés par le Prophète (Paix et salut sur lui) comme loi à appliquer. Ou encore que l’islam n’avait jamais averti ceux qui cautionnaient l’injustice et qui ne la combattait pas d’une funeste destinée dans cette vie et dans la Vie Dernière. Dieu dit dans la sourate Les Femmes (An-nissae) : « Les anges, venus ôter la vie à ceux qui avaient agi iniquement envers eux-mêmes, leur demanderont : Où étiez-vous sur le plan de la croyance ? Nous faisions partie des opprimés de la Terre, répondront-ils. A quoi les anges répliqueront : la Terre de Dieu n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre de vous expatrier ? Ceux-là auront pour séjour l’Enfer – et quelle triste fin sera la leur – à l’exception des impuissants parmi les hommes, les femmes et les enfants qui sont démunis de moyens et incapable de se frayer un chemin. A ceux-là Dieu accordera Son pardon car Dieu est lndulgent et Miséricordieux. » (3) Accepter l’injustice sous prétexte d’être faible sur Terre est un forfait inexcusable

« Ceux qui sont injustes envers eux même », c’est ainsi que le Coran désigne ceux qui usent de cette excuse. Ils ont accepté une situation contraire à la dignité que  Dieu a voulue pour les Hommes alors qu’Il les a invités à accéder et à défendre cette dignité de toute leur force.

L’Exhortation à laquelle nous aspirons

Cher frère, chère sœur, tu dois, à travers ton exhortation, attiser le tison de la foi dans les cœurs par le rappel de Dieu, de Sa promesse et de Son avertissement ainsi que par le rappel des bienfaits que Dieu accorde à l’Homme. Tu dois œuvrer pour porter les gens à agir selon ce que Dieu leur a ordonné : accomplir la prière, le jeûne, la Zakât, le pèlerinage, être véridique, loyal, tenir ses promesses et s’éloigner du mensonge, de la médisance, de la calomnie et de tous les interdits de Dieu…

C’est en cela qu’il faut centrer tes propos sur le travail collectif et amener celui qui les reçoit à définir l’action vertueuse qui mène à l’agrément de Dieu comme objectif suprême. C’est ainsi que la miséricorde de l’islam, sa justice et sa tolérance pourront se manifester ici-bas, et que l’élévation et la proximité de Dieu pourront être la destinée dans la Vie Dernière.

L’exhortation, en sus, ne doit pas être inerte, sclérosée et imperméable au changement. Il faut au contraire qu’elle soit vivante, en phase avec chaque étape que traverse l’Appel à Dieu et qu’elle en serve les objectifs. S’il est vrai que les fondements de la religion sont immuables, il en va tout autrement des techniques de communication et des moyens de transmission. L’orateur doit veiller à ce et qu’ils soient constamment adaptés et renouvelés.

(1) Sahîh Al-Bukhârî

(2) Sunan At-Tirmlthî.

(3) Les femmes, versets  97, 98, 99

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