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Palestine : une histoire de sens, un sens de l’histoire

Depuis un certain temps, un constat partagé sans doute par beaucoup de personnes : dès qu’on aborde la question palestinienne, on se retrouve face à deux artifices sciemment construits et entretenus par certains, et inconsciemment adoptés par d’autres.

Habillage ethno-religieux de la situation en Palestine

Il y a d’abord cet habillage ethno-religieux que l’on essaie de donner à la question palestinienne pour dire qu’il s’agit d’un conflit, d’un combat entre deux religions.

Certes la souffrance du peuple palestinien (totalement arabe et en grande partie musulman) suscite émoi, indignation et solidarité dans le monde arabo-musulman ; ce qui est naturel et légitime ! Mais de là à dire que le monde arabo-musulman est traversé par une haine viscérale du peuple juif au point de nier son droit d’existence, cela relève de la malhonnêteté intellectuelle et du mensonge.

Le démenti le plus cinglant apporté à cette construction est le simple examen des parties présentes dans ce conflit, des personnes engagées, d’une manière ou d’une autre, pour cette cause : on se rend compte que ce n’est pas le cas, que ce ne sont pas deux religions qui se font face, loin de là ! on trouve des Arabes et des Musulmans parmi les partisans de l’Etat d’Israël, et on trouve également des personnes de confession juive, de culture juive fortement engagées pour la cause palestinienne.

L’Histoire témoigne qu’il n’y a jamais eu de grand conflit entre Juifs et Musulmans ni aucun pogrom contre les Juifs dans les pays arabo-musulmans.

Par conséquent, cet habillage est un artifice totalement infondé.

Est-ce un conflit territorial ?

Le second artifice entretenu est de dire que le problème palestinien est un simple conflit territorial comme il y en a eu tant d’autres à travers l’Histoire de l’Humanité et que, par conséquent, c’est un conflit qui va durer 100 ans pour ensuite se résoudre.

Dressons une liste, non exhaustive, des éléments et anomalies qui déconstruisent cet argument ; bien-sûr la dimension territoriale est présente, mais pas seule !

  1. La devise « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », sur laquelle est construit le rêve sioniste, s’appuie sur une contre-vérité totale et absolue considérant la Palestine comme une « terra nullius » (terre sans peuple).

Nous connaissons malheureusement les conséquences de ce mensonge historique : des millions de Palestiniens ont été déracinés, arrachés à leur terre natale et dispersés aux quatre coins du monde en tant que réfugiés. On constate toujours que des vies commencent et disparaissent dans les camps de réfugiés depuis 4 ou 5 générations.

  • Les Nations Unies, plus haute instance internationale, a solennellement reconnu que la Palestine était un territoire occupé : moult décisions et résolutions ont été prises pour mettre fin à cette occupation.

Or, on n’a jamais vu autant de résolutions être méprisées et piétinées par leur destinataire. Elles sont devenues de simples vœux pieux ou des éléments de langage garnissant le discours creux de certains officiels : on parle souvent de la Paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, on parle de lendemains connaissant l’émancipation du peuple palestinien, mais ce sont des rêves sans lendemain, nous le savons tous !

  • On a affaire à un médiateur auto-proclamé (chose jamais vue ailleurs) qui prétend aider les deux parties à se réconcilier et qui est, en même temps, le 1er fournisseur en armes et le 1er financeur de l’une des deux parties, à savoir les Etats-Unis.
  • Le peuple palestinien est le seul peuple à qui la doxa médiatico-politique nie le droit de résister, bien que ce droit soit garanti par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, par la Convention de La Haye de 1907 et par bien d’autres textes.
  • Jamais on n’avait demandé à un peuple occupé et colonisé de reconnaître le droit d’exister à son agresseur et occupant, avant même de commencer toute négociation !

C’est ce qui a été fait, sous la pression, il y a 25 ans avec le début du processus d’Oslo…et nous connaissons tous la suite.

  • Contraint d’évacuer une partie du territoire qu’il occupait, l’agresseur et occupant l’a tout de suite transformée en une grande prison à ciel ouvert, à savoir le territoire de Gaza.

Cette liste est loin d’être exhaustive, nous pourrions continuer en évoquant le sort que subissent les enfants de Palestine, le sort de familles entièrement effacées des registres de l’état civil, de la détention administrative, c’est-à-dire l’emprisonnement sans jugement durant de longues années, etc ; mais avec ces éléments cités, on dispose de suffisamment d’éléments pour conclure que le problème palestinien n’est pas un simple conflit territorial, mais bien une blessure béante dans le corps de l’Humanité, soumettant sa conscience à rude épreuve.

Palestine : la Blessure

Ce n’est point verser dans le sentimentalisme, l’exagération intellectuelle ou bien dans l’égocentrisme que de dire que cette blessure ressemble fort à ce symptôme par lequel un corps malade avertit et alerte de sa grande souffrance intérieure : c’est comme l’hématome qui apparait sur le corps et signale une maladie intérieure.

Le martyr du peuple palestinien est un concentré des symptômes qui gangrènent ce grand malade qu’est devenue ce qu’on appelle communément la communauté internationale.

Ceci est une conséquence de cette réalité afin d’entamer un processus pour mettre un terme à cette souffrance des Palestiniens ; c’est un signe qui ne trompe pas, lorsqu’on prendra ce corps malade, le processus de guérison commencera : c’est déjà le cas, mais c’est encore une minorité qui a commencé à prendre cette cause à bras-le-corps.

Autrement dit, le combat qui existe déjà bien-sûr, contre les fléaux comme l’injustice, la violence, le crime organisé, l’exploitation outrancière de la Terre et la répartition inégale des Biens va gagner en intensité. Ça sera un réveil de cette conscience qui est mise au défi ; à ce moment-là, cette conscience paraitra plus capable de changer la donne.

En conclusion, sur le plan collectif comme sur le plan individuel, les attitudes demeurent diverses et variées : certains continuent de soutenir inconditionnellement l’agresseur et occupant par aveuglement idéologique, intérêt économique, calcul politique, par simple lâcheté ou par sentiment de culpabilité historique, etc.

D’autres hésitent : leur conscience vacille, hésite.

Mais d’autres ont pris fait et cause pour le peuple martyrisé car ils sont conscients que l’on est véritablement à un moment historique, à une croisée des chemins : soit on s’enfonce vers une faillite morale et civilisationnelle, soit on entame les démarches afin de remettre en selle les valeurs universelles et humanistes.

Soyons optimistes car, comme beaucoup d’autres, lorsque nous voyons l’élan de solidarité dans le monde réel comme dans le monde virtuel, suscité lors de la dernière guerre contre Gaza, lorsque nous voyons par exemple un mouvement comme BDS qui ne cesse d’avancer malgré les pressions et les entraves, et qui gagne en ampleur sur le plan académique comme sur le plan économique et qui est de plus en plus présent et de plus en plus fort, lorsqu’on voit aussi des dockers italiens refuser d’assurer les services portuaires à un bâtiment naval israélien, lorsqu’on voit que pour la 1ère fois, on introduit des plaintes auprès du Tribunal International, lorsqu’on voit aussi ce qui se passe à l’intérieur de la Palestine même, on ne peut que se dire que le vent est en train de tourner et que l’Histoire se met dans le bon sens.

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