Message au peuple syrien

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L’histoire de notre planète a connu à travers les temps une succession d’états prédateurs qui sévissent dans le monde, afin d’alimenter et d’asseoir leur influence, au-delà de leurs frontières géographiques et culturelles. Ce désir est souvent alimenté par des sentiments de nationalisme excédentaires, de supériorité civilisationnelle ou encore des envies des conquêtes religieuses.

Ces prédations sont systématiquement accompagnées par la soumission contrainte d’une population et d’une nation envers une autre ; sujette au tutorat des nations dominantes. Les exemples dans l’histoire se sont tellement succédés, que cet équilibre de dominant/dominé est devenu l’une des règles de ce qu’on appelle la diplomatie internationale.

Dans cette réalité déjà inquiétante, remettant en cause le principe de la souveraineté nationale, le cas de la Syrie représente une réalité terriblement extraordinaire. C’est l’histoire d’une nation qui est passée, en l’espace de quelques années d’un berceau culturel, une référence dans la région en termes de savoir, à un ennemi public n°1, pointé du doigt partout.

L’histoire est connue de tout le monde, même si chacun y prête sa propre lecture. Le printemps arabe n’était pas le début, mais l’élément déclencheur de tout ce qui va arriver par la suite. Ce mouvement populaire qui a amené quelques populations à se soulever contre les pouvoirs politiques, réclamant ce qui est dans certains cas des évolutions, dans d’autres des révolutions. En Syrie, le terrain politique conduit par une dictature sanguinaire, était fertile pour le soulèvement de la population, sous l’égide du slogan « égalité, dignité, justice sociale ».

Si la majorité des pays ayant été atteints par ces mouvements populaires se réclame être des exceptions, la Syrie l’aurait été davantage pour plusieurs raisons, j’en énumèrerai deux essentielles :

Le fait d’avoir des frontières étendues à 600 Km avec l’Irak, un pays totalement dévasté suite à une intervention militaire américaine ratée. Une intervention menée sous motifs militaires (présence d’armes nucléaires), dont les séquelles étaient politiques (participation à la destitution du président, d’une façon qui augure de la démocratie qui se mettait en place), mais également sectaires (avec la genèse d’un phénomène quasi-absent jusqu’alors, le conflit entre chiites et sunnites). Cette intervention avait pour conséquence l’apparition de ce qui va bientôt prendre la forme de l’Etat Islamique en Irak et au levant, communément appelé « Daech ».

La 2ème raison qui fait de la Syrie une exception par rapport aux pays ayant connu la vague du printemps arabe, c’est l’aspect international du conflit syrien. S’il est connu que le régime de Bachar avait été soutenu militairement et économiquement par d’autres pays, un soutien pas moins important aurait été prodigué aux « armées rebelles ». Il y a même eu des vagues d’immigration, souvent tolérées, voire encouragées par les pays de migration, visant à soutenir les forces rebelles dans leur lutte contre le régime en place. Ces migrations et militarisations d’un côté, ces soutiens de l’autre, ont participé à la formation d’un nouvel « équilibre de la terreur », avec des forces toutes aussi équipées pour mener un combat à la mort.

Le plus grand oublié dans toute cette histoire est le peuple syrien. Ce peuple syrien qui, contrairement à ce que peuvent penser ou véhiculer certains, est loin d’être animé par un sentiment belliqueux, réclame juste d’avoir la paix intérieure, militaire et sociale. Cette population se retrouve coincée, à l’intérieur de son pays, entre le marteau d’un régime de dictature sanguinaire, et l’enclume d’une organisation terroriste naissante qui a pris en peu de temps des dimensions terrifiantes. Et comme si cela n’était point suffisant, ils devraient se confronter également aux frappes aériennes étrangères, qui mélangent souvent sur le même fleuve, le sang des innocents, avec celui des criminels. L’ambiance en Syrie est devenue invivable, l’air respiré devient mélangé avec du sang.

Ces laissés pour compte sont à peine mieux accueillis ailleurs. Ailleurs où le métal des munitions et des bombes est remplacé par celui des barbelés, quand ce ne sont pas les lames des vagues des mers et océans qu’ils traversent. Ces barbelés sont installés en rempart dans certains pays qui ne souhaitent pas voir la réalité de ce qui se passe en dehors de leurs frontières. Ces barbelés qui rappellent aux syriens la guerre qu’ils ont eu tant de mal à fuir.

Pour ceux qui arrivent à braver toutes les entraves et arriver en terre d’accueil quelconque, ils seront retranchés dans des coins où ils manqueront des conditions minimales pour vivre en dignité. Ils sont par la suite pourchassés, par simple coup de tête, d’un camp à un autre, et sont de surplus accusés de tous les maux d’un monde dans une situation déplorable.

C’est ainsi que la Syrie est devenue une nation soumise aux velléités internes et externes, perdant toute souveraineté dans sa gouvernance, tributaire de calculs politiques ou de tyrannies idéologiques, livrée à son sort de décadence et de destruction.

Je profite donc de ce climat d’indignation qui a accompagné la fin de cette année fin de l’année 2015, suite aux tristes événements de Paris de Novembre dernier, du grand élan de solidarité au profit des familles des victimes et à la ville de Paris dont la lumière s’est trouvée assombrie, je voudrai avoir une pensée particulière à la population syrienne qui, avec ces événements, s’est retrouvée plongée encore plus dans le gouffre du déni international.

Que l’année 2016 soit une année de paix pour la population syrienne, qu’elle soit une année où la vie revient à meubler les rues de ce beau pays, pour remplacer les chars et la peur, que la population syrienne retrouve la dignité et le respect dont elle s’est trouvée privée pendant ces derniers temps.

P.S : J’ai eu l’idée d’écrire cet article en mangeant dans un restaurant syrien. La majorité du personnel était syrienne. Dans un climat actuel tendu, armés d’un sourire rassurant, ils paraissaient ravis de nous faire découvrir que la tradition syrienne est loin d’être celle des armes et de la guerre, mais celle de la culture et de la générosité. J’ai été pris d’une grande envie d’exprimer leur ressenti, d’être un porte-parole de leur angoisse.

 

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