Marche Mondiale des Femmes 2010

Tant que toutes les femmes ne seront pas libres nous marcherons…

“Dans la diversité de nos cheminements, de nos vécus, de nos histoires, de nos luttes… nous nous sommes re-trouvées dans la proximité de nos préoccupations, de nos espoirs, de nos combats. La mutualisation de nos expériences, la confrontation de nos approches, à l’aune de notre contexte dans nos pays respectifs, ont permis des débats et des analyses en profondeur sur des questions essentielles pour l’amélioration du sort de toutes les femmes.”

Historique

La Marche Mondiale des Femmes est un mouvement qui a été lancé mi-1998 et qui, tous les 5 ans, organise un événement mondial, une Marche Mondiale des Femmes.

C’est à Montréal en octobre 1998 qu’est décidée la Première Marche avec pour dates de départ le 8 mars 2000, Journée internationale des femmes, et de fin le 17 octobre 2000, Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté.

Pendant toute l’année 99 et courant 2000, des associations féministes, des groupes femmes de quartiers, de villes, des comités de femmes d’organisations syndicales et politiques se sont réunis et coordonnés, par pays et par continent, pour définir leurs revendications et prévoir leurs actions.

Une plate-forme revendicative internationale a été adoptée, contenant 17 revendications concrètes afin d’éliminer la pauvreté dans le monde, de réaliser le partage des richesses, d’éradiquer la violence à l’égard des femmes, et d’obtenir le respect de leur intégrité physique et morale. Cette plate-forme a été appuyée par une pétition qui a recueilli plus de 5 millions de signatures de par le monde et qui fut littéralement portée à bout de bras lors de la manifestation internationale du 17 octobre à New-York vers le siège de l’ONU où une délégation de deux femmes par pays a été reçue.

La Marche en 2005

En France

Pour la Deuxième Marche, fut adoptée le 10 décembre 2004, après un an d’échanges et de débats passionnés, la Charte Mondiale pour l’Humanité qui se proposa de construire «un autre monde où l’exploitation, l’oppression, l’intolérance et les exclusions n’existent plus, où l’intégrité, les droits et les libertés de toutes et de tous sont respectés ». Un monde basé sur 5 valeurs essentielles : l’Egalité, La Liberté, la Solidarité, la Justice et la Paix. La Charte comprend 31 affirmations qui décrivent les principes essentiels de base pour construire ce monde.

Avec cette Charte, fut lancée, le 8 mars 2005, à partir de Sao Paulo, une Marche à relais à laquelle 53 pays des 5 continents ont participé, chaque pays réalisant un carré qui a été assemblé petit à petit en un immense patchwork ou «courtepointe de la solidarité internationale» qui a terminé sa course le 17 octobre à Ouagadougou, au Burkina-Faso.

Avec ce relais mondial, l’envie était plus de s’adresser aux femmes de la base avec un texte complet mais simple qu’il était facile de s’approprier. Un défi qui a plutôt bien marché, sans doute un peu plus difficilement en Europe qu’en 2000. Cependant, la Coordination Européenne, qui avait perduré entre les deux Marches, a aidé la France à organiser une mobilisation européenne de deux jours en mai à Marseille, où se sont retrouvées 2500 féministes pour des débats et une manifestation de 15 000 personnes.

Troisième Action internationale du 8 mars 2010 au 17 octobre 2010

Appel de la Marche

« Être en marche » exprime l’idée d’avancer librement, sans contraintes ni empêchements. Nous sommes en marche pour dire la force des femmes organisées de manière collective, en associations, groupes, mouvements, avec des expériences, des cultures politiques différentes, mais qui poursuivent un objectif commun: dépasser l’ordre actuel, injuste, qui engendre violences et pauvreté. Notre Marche exprime également notre solidarité internationale et le fait que nous sommes vigilantes vis-à- vis des situations vécues par nos camarades dans d’autres régions du globe.

Les thèmes de la Marche

Autonomie économique des femmes

L’autonomie économique des femmes se réfère à leur capacité à pourvoir elles-mêmes à leurs besoins ainsi qu’à ceux des personnes qui dépendent d’elles et à décider de la meilleure façon d’y parvenir. Dans ce sens, l’autonomie économique est une notion plus large que l’autonomie financière dans la mesure où elle comprend aussi l’accès à la sécurité sociale et aux services publics.

Biens communs et services publics

Le bien commun représente des «biens» spécifiques que tous (ou presque tous) les membres d’une communauté déterminée partagent et qui leur apportent des bénéfices. Il s’agit des besoins basiques pour une vie digne telle que la nourriture, l’eau, la terre, le logement, les connaissances et l’accès aux services publics (éducation, santé, énergie, etc.).

Paix et démilitarisation

Les conflits ne sont pas tous de même nature: il y a les conflits coloniaux (l’Angleterre en Inde, l’Afrique de l’Est, le Moyen-Orient; la France en Algérie, en Afrique de l’Ouest, etc.); les conflits d’agression (l’Allemagne contre plusieurs pays tels que la Belgique et la France en 1939); les conflits d’occupation (Israël en Palestine, etc.); les conflits de religion (entre différentes confessions ou différents courants au sein d’une même confession) tel que le communalisme; les conflits menés par des dictateurs contre leur peuple (Batista à Cuba, Pinochet au Chili, Marcos aux Philippines, etc). De nombreux conflits sont justifiés par des conflits ethniques entre tribus ou groupes dans un pays ou région tandis que leurs véritables causes économiques demeurent masquées. En fait, beaucoup de conflits sont rentables ou de nature économique (Irak, Région des Grands Lacs en Afrique, etc.) et ont été provoqués dans le but de contrôler les ressources naturelles (le pétrole en Irak, le coltan pour les téléphones portables dans la République démocratique du Congo) et les richesses qu’elles promettent apporter ainsi que de promouvoir les industries d’armes, les milices privées et les industries locales de sécurité.

Violences envers les femmes

La violence envers les femmes est structurelle. Il s’agit d’une caractéristique inhérente au système patriarcal et capitaliste dont les hommes, les groupes d’hommes, les institutions patriarcales et les Etats se servent pour contrôler la vie, le corps et la sexualité des femmes. Bien que la violence touche les femmes en tant que groupe social, il faut comprendre ses différentes formes, l’époque où elle a lieu et les raisons qui l’engendrent car chacune des violences commises est insérée dans un contexte différent.

Après l’étape française (le 13 juin à Montreuil), l’étape européenne à Istanbul (le 30 juin)

L’action européenne de la Marche Mondiale des Femmes a débuté le 29 juin sur la Place Gezi au centre d’Istanbul avec la réception par plus de 300 femmes d’Europe de la Caravane des Balkans composée de 40 femmes venues de Macédoine, Serbie, Albanie, Pologne et Grèce.

Un slogan à l’honneur : « So So So, Solidarité, avec les femmes du monde entier » avait été traduit en turc. Plusieurs groupes de femmes turques venant de différentes provinces, ainsi que des femmes Kurdes, des délégations de Majorque, de Grèce, de Belgique, de Suisse, de Chypre, de Roumanie de Barcelone, d’Italie. Un rassemblement très coloré avec des banderoles où les valeurs de la Marche étaient inscrites dans toutes les langues.

Le Forum

Le lendemain 30 juin, plus de 500 femmes de 23 pays se sont retrouvées pour participer au Forum européen de la MMF.

Le matin, lors de la plénière d’ouverture plusieurs interventions ont eu lieu sur : L’histoire du mouvement féministe Turque et sa politisation dans les années 80 ; Le soutien des féministes turques aux féministes kurdes, pour le droit des femmes et pour l’autodétermination des peuples ; Intervention d’une députée kurde en prison lors des élections et qui fut élue. Exposé de son combat pour les droits des femmes, pour la démocratie, l’égalité des droits et pour l’autodétermination du peuple kurde ;
Intervention d’une militante kurde sur la situation du peuple Kurde ; Intervention des femmes de pays de l’Est et des Balkans ; Intervention des femmes Irakiennes ; Intervention sur la situation au Congo où doit avoir lieu, le 17 octobre, l’action finale de cette 3ème Marche mondiale des femmes.

Le reste de la journée s’est déroulé sur deux sessions autour de 13 ateliers dont les thématiques furent aussi diverses que : Femmes en Résistance, Paix et Démilitaris ation, Genre et Education, Femmes et Travail, Droit des Peuples à l’auto détermination, Réunification de Chypre, Femmes, fondamentalisme et nationalisme, Femmes et médias, Femmes et Syndicats…

La plénière de clôture a exprimé sa solidarité avec les femmes kurdes, chypriotes, palestiniennes et irakiennes. La délégation irakienne, qui a partagé avec toutes les femmes présentes l’histoire de sa résistance, a été longuement ovationnée.

Cette journée d’intenses discussions, d’échange et de partage a été rendue possible grâce au travail de plus de 30 interprètes bénévoles qui ont permis de communiquer dans huit langues.

La manifestation

Cette étape européenne de la 3eme Marche mondiale des femmes s’est conclue par une manifestation qui a rassemblé quelque 3000 personnes, essentiellement des femmes. Parties du campus de l’université de Maçka (où se sont déroulés plénières et ateliers de la MMF), les manifestant-e-s ont fait étape sur la place Taksim, où les attendaient de nombreux militants, avant de défiler dans la rue Istiqlal jusqu’à l’université de Galatasaray avec les slogans « jîn, jîjan, azadi » (femmes, paix, liberté).

Bilan personnel :

Venue en représentation de mon organisation (Participation et Spiritualité Musulmanes) et du collectif dont je fais partie (Collectif Féministes Pour L’Egalité) et avec deux copines, Ndella Paye (PSM, CFPE) et M.Laure Bousquet (CFPE, Femmes en Noir), j’ai vécu et partagé des moments très riches et forts dans la rencontre de femmes venues du monde entier.

Dans la diversité de nos cheminements, de nos vécus, de nos histoires, de nos luttes… nous nous sommes re-trouvées dans la proximité de nos préoccupations, de nos espoirs, de nos combats. La mutualisation de nos expériences, la confrontation de nos approches, à l’aune de notre contexte dans nos pays respectifs, ont permis des débats et des analyses en profondeur sur des questions essentielles pour l’amélioration du sort de toutes les femmes.

Ensemble, dans la reconnaissance de nos diversités, de nos appartenances multiples et le respect de nos identités plurielles, [loin, très loin des pseudo féministes donneuses de leçons d’émancipation qui réfléchissent, pensent, prêchent et opèrent uniquement dans -et pour- l’entre-soi] nous avons participé, avec des femmes et des hommes d’Europe et du monde entier, d’horizons divers, à la résistance et à la construction d’alternatives basées sur la paix, la justice, l’égalité, la liberté et la solidarité…

 

 Retrouvez les photos de la Marche Mondiale des Femmes 2010 à Istanbul ICI

 

 

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