Comment exercer l’autorité sur son enfant ? (2/2)

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Au cours de son développement, s’opposer à l’adulte est normal chez l’enfant. Il prend conscience qu’il ne veut plus être soumis. Le non qu’il dit vers 15 mois est une étape importante. Parce qu’il vous a entendu dire non depuis qu’il touche à tout et surtout depuis qu’il marche, et que donc les risques se sont multipliés, il l’a intégré et vous le dit à son tour. Tout est alors occasion de dire non. Ces périodes sont dures à vivre pour les parents mais essentielles au développement psychologique de l’enfant. Ne vous dîtes pas que c’est contre vous, qu’il commence à ne plus vous écouter ou que vous n’avez pas assez d’autorité.

 

Les grandes acquisitions, comme la marche, la propreté, s’accompagnent de ces oppositions. Plus l’enfant gagne en autonomie, plus son désir de liberté est difficile à canaliser. Il veut découvrir ce monde si intéressant, l’explorer et pour lui vous l’empêchez d’agir. En outre, lors de grands changements tels que la naissance d’un bébé ou un déménagement, l’opposition est le moyen de s’adapter à cette nouvelle donnée. Plus grand, lorsqu’il ne veut pas écouter, de façon plus réfléchie, car il sait ce qu’il dit et fait, faîtes preuve d’imagination pour dépasser cela. Il faut donc beaucoup de patience et aussi savoir négocier. 

Des limites à tout âge 

Il est important d’imposer des repères très tôt. La construction psychologique de votre enfant commence alors qu’il est bébé. Vous pouvez parler à un bébé et lui expliquer des choses. S’il ne comprend pas le sens des mots il saisit qu’une explication lui est donnée.

Un bébé de 11 mois pleure la nuit pour que vous restiez près de lui. Vous pouvez lui dire que vous avez besoin de dormir et qu’il ne peut pas vous avoir pour lui tout seul.

Chez l’adolescent les limites sont utiles, car la mesure du danger est encore faible et parce qu’il se construit dans l’opposition. Il faut donc le cadrer en permettant l’essor de sa personnalité. 

Des règles universelles

Expliquez à l’enfant que vous n’avez pas inventé ces règles. Ce sont les mêmes qui régissent le monde et la société. Il faut lui montrer qu’elles ont un sens et à quoi elles servent. Une loi doit être respectée par tous. Ainsi, ce qu’il ne peut pas faire à la maison (comme frapper son frère) n’est également pas permis en société.

Lorsque vous lui avez expliqué une fois vous n’avez pas à recommencer en permanence. L’enfant a besoin d’entendre : « C’est comme ça et c’est tout ! ». Ces réponses fermes rassurent l’enfant sur la capacité de ses parents à le protéger. En lui expliquant tout, cela l’angoisse. En outre, l’enfant vous demandera toujours de justifier vos demandes, ce que vous n’avez pas à faire. Un enfant reste un enfant et c’est l’adulte qui sait mieux ce qui est bon pour lui.

Les punitions

Difficiles à appliquer, elles sont néanmoins indispensables. Lorsque nous brûlons un feu rouge, le gendarme ne dit pas simplement : « Ce n’est pas bien ». Nous payons une amende et cela vaccine de recommencer ! La punition est nécessaire pour apprendre la vie à l’enfant. Les mots prennent sens, pour tout le monde, avec les actes. Et pour l’enfant c’est la punition, cela permet de prendre conscience de la gravité de la chose faite. La forme de la punition peut être variée : envoyer l’enfant dans sa chambre, le priver de dessert, etc. Ceci n’est pas bien grave pour vous, mais a beaucoup d’importance pour votre enfant, car vous le privez d’un plaisir et cela n’est jamais agréable.

Quatre conditions pour que, lorsque l’enfant dépasse les limites, la  punition soit efficace

1- La punition doit avoir un sens. Il est important que l’enfant comprenne la raison pour laquelle il a été puni. Expliquez-lui en quoi son acte est mauvais et mérite une punition.

2- La punition doit être immédiate, pour que l’enfant saisisse la raison de cette punition. Si la punition vient plus tard et que l’enfant est jeune il ne comprend plus son sens. Plus l’enfant grandit, plus la punition peut être éloignée dans le temps si cela est nécessaire.

3- La punition doit faire réfléchir. Envoyer l’enfant dans sa chambre est une bonne solution : il va se calmer et réfléchir à son acte. Priver de sortie votre adolescent, c’est lui faire comprendre que lorsque quelque chose a été discuté, il ne doit pas le faire dans votre dos.

4- Les punitions doivent être cohérentes et modérées. Sinon cela risque d’être contre-productif. Pour éviter la punition votre enfant risque de mentir sur ce qu’il a réellement fait.

Arrêtez de culpabiliser !

Il y a les parents qui se culpabilisent tout seuls : « Je n’aurais pas dû le punir, après tout ce n’est pas grave ! » Et, il y a ceux que les autres se chargent de faire se culpabiliser : « Comment tu l’as privé, tu exagères, ce n’était pas bien grave ! » Et si on ne vous le dit pas on vous regarde bizarrement. Cela met mal à l’aise et nous renvoie l’idée que nous ne sommes pas à la hauteur. Vous n’êtes pas de mauvais parents parce que vous ne répondez pas au moindre caprice ou parce que vous confisquez les jeux après une bêtise. Fixer des règles, ce n’est pas torturer, être injuste ou abuser de votre autorité. C’est au contraire apporter protection, sécurité et préparer à vivre en société. Les limites sont vitales pour la construction psychologique de l’enfant. Il n’y a donc pas de raison de culpabiliser. Vous avez non seulement le droit mais aussi le devoir d’agir ainsi.

Conclusion

L’éducation est très certainement la chose la plus difficile qu’il soit, d’autant que nous n’avons eu aucun cours pour cela. Nous apprenons véritablement au jour le jour. Et si des conseils ou des aides sont parfois nécessaires, l’essentiel est surtout le rapport privilégié et unique que vous avez avec votre enfant. Personne mieux que vous ne peut savoir ce qu’il y a de mieux pour votre enfant. Privilégiez très tôt, avant tout l’amour, le dialogue et combinez-les à la fermeté. Lorsqu’un cadre a été posé, l’enfant doit le respecter. Et vous devez expliquer et éventuellement punir (en fonction de son âge) si l’enfant ne respecte pas le cadre. J’entends par cadre que le moment du sommeil n’est pas le moment du jeu, le moment du repas n’est pas celui de la lecture ou le moment des devoirs n’est pas celui de la télévision. Si vous arrivez à bien positionner les différents moments vous aidez votre enfant à les vivre pleinement à chaque fois et à se structurer psychologiquement. Ces repères sont essentiels pour faire de lui un enfant, puis un adolescent et enfin un adulte épanoui, mais aussi pour qu’il comprenne le respect qu’il doit accorder à chaque chose et à chaque temps.

Mais vous pouvez faire le constat que vous n’y arrivez pas. Si vous vous sentez dépassé par des situations complexes, par des soucis insurmontables ; si vous avez un adolescent trop difficile, si vous élevez seul vos enfants et que cela devient très pénible pour vous, si votre enfant a un trouble psychologique même minime, mais compliqué à gérer, vous devez penser à vous faire aider par la famille, les amis, les voisins, etc. Et si le problème est trop complexe, il n’est pas dramatique ou honteux de voir un psychologue, un pédopsychiatre, etc. Les choses peuvent parfois se dénouer rapidement et ainsi vous permettre de vivre plus paisiblement.

Que Dieu vous aide dans cette dure tâche qu’est l’éducation de vos enfants !

 

1 commentaire

  1. Salam,

    C’est un très bon sujet. J’aurais néanmoins une remarque. En éducation, nous parlons plutôt de « sanction » que de  » punition ». En effet, sanction va dans le sens de purification alors que punition va dans le sens d’humiliation. Pour s’en assurer, Il suffit pour cela de voir du coté de l’étymologie des deux mots.
    Et seul ALLAH sait.

  2. Salam,mere de plusieurs enfants , trouver la bonne methode pour avoir de l’autorite est difficile ;mon mari et moi avons tout essayé.je ne suis pas pour frappé l’enfant mais on a constaté que selon la gravité des « betises »,comportement de l’enfant,il etait necessaire de lui mettre une fessé.par exemple mettre une fessé sur le derriere. je ne parle pas de violences physiques mais malheureusement,quand le papa frappe ,qu’il est en colere ,il frappe violemment;ca arrive tres rarement,mais quand c’est le cas c’est insupportable pour la mere .En discutant avec d’autres mere j’ai constaté ce comportement,reaction de la part de leur époux,qui sont pourtant musulmans ,pratiquants.Nos epoux savent tres bien qu’il est interdit de frapper violement,de toucher le visage,que notre prophete(,paix et benediction sur lui) etait misericordieux.comment les faire changer,.connaissez vous des écrits qui décrivent le comportement de notre prophete avec ses enfants .

  3. Wa ‘alaykoum assalam wa rahmatou Allah,
    Pour ma part, mère de plusieurs enfants, je suis contre toute violence, surtout physique, faite à un enfant. Cela par peur
    d’être injustes, et de marquer ainsi l’enfant de manière très négative, et de porter cette responsabilité devant Dieu.
    Et si on est en colère, les débordements arrivent facilement, puisque le chaytan va alors amplifier le problème à nos yeux.
    D’après ‘Amr Ibn Shu’ayb, d’après son père, d’après son grand-père , le Messager d’Allah a dit :
    « Ordonnez à vos enfants de faire la prière lorsqu’ils atteignent l’âge de sept ans, et frappez-les pour les y contraindre à l’âge de dix ans ; et séparez-les dans les couches ».[ Rapporté par Ahmad ]
    Ce hadith ne concerne donc que le frapper pour la prière, et ce terme en arabe ‘daraba » a plusieurs sens, il est possible
    que ce ne soit pas le sens de frapper physiquement, mais d’être ferme à ce sujet.

  4. Il faut que l’enfant comprenne ce qu’on attend de lui, et pourquoi il y a sanction ou punition en cas de transgression de l’interdit. Ne pas oublier que le cerveau de l’enfant n’atteint sa maturité qu’à l’âge de 10 ans environ, et que la personne n’est responsable juridiquement parlant devant Dieu qu’à l’âge de la puberté.
    Les meilleurs pédagogues sont ceux qui punissent le moins, parce qu’ils donnent de leur temps,
    de leur réflexion pour résoudre les problèmes, qu’ils ne sont pas attachés à des futilités etc…, qualités du croyant.
    On a l’obligation d’être miséricordieux envers nos enfants, si l’on veut que Dieu STA soit miséricordieux envers nous.
    A l’époque du Prophète SAW, il y avait bien sûr différentes personnes, avec des degrés de foi plus ou moins élevés,
    et certains plus violentes que d’autres, que ce soit envers leurs épouses, ou leurs esclaves, ou leurs enfants, …

  5. Il serait intéressant de connaître le contexte de ce hadith. A mon humble connaissance, le Prophète SAW a toujours été
    bon et miséricordieux envers les enfants en général, et je ne connais aucun texte disant qu’il en aurait frappé un.
    On a le hadith dans lequel Aïcha RA, la mère des croyants, dit : l’Envoyé d’Allah n’a jamais frappé de sa main aucune
    chose, ni femme, ni serviteur, sauf quand il combattait dans le chemin d’Allah » [Rapporté par Muslim].
    Beaucoup de textes en islam sont en faveur du pardon, de la tolérance envers les enfants.
    D’après ma compréhension, déjà il n’y a aucune obligation de frapper ses enfants, et il y a par contre l’interdiction
    d’être injuste, de manquer de compassion, de patience etc…
    Dieu est le plus savant.
    Que Dieu illumine notre cheminement vers Lui, nous pardonne nos erreurs dans l’éducation donnée à nos enfants,
    et nous permette de nous réformer.

    Baraka Allahou fikoum

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