L’entrée dans la vieillesse

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Je vieillis ! Je ne sais plus à quel moment j’ai pris conscience de mon âge. Le temps est passé tellement vite. J’ai l’impression que c’est hier que j’ai donné naissance à mes enfants. Ils m’ont apporté du souci, mais aussi tellement de bonheur. Je les ai aidés à grandir en leur donnant la meilleure éducation possible. Je voulais être fière d’eux et montrer ma reconnaissance à Dieu de m’avoir confié Ses créatures. Je pense avoir  fait du bon travail.

C’est toujours avec fierté que je parle de mes enfants à mes amies, en leur expliquant qu’ils exercent tous un travail qui leur plait et que surtout ils ont leur petite famille en charge. Cependant, j’avoue que de les avoir vus partir un à un m’a fait de la peine. J’étais heureuse bien-sûr mais c’est comme s’ils avaient pris une partie de moi. Certains ont dû aller vivre un peu loin mais heureusement, le téléphone existe afin de toujours rester en contact. Et puis, l’arrivée de mes petits-enfants me comble de bonheur. J’ai la chance de pouvoir serrer dans mes bras la chair de ma chair, rien ne peut égaler une telle bénédiction.

Toutefois, une chose me tracasse. Il y a un an, j’ai perdu ma propre mère (que Dieu lui fasse miséricorde), sa disparition a été terrible pour moi. Heureusement j’ai été bien entourée, cela m’a beaucoup aidée à surmonter sa perte. Ce qui me tracasse, c’est de me dire que maintenant c’est mon tour ! La roue tourne, c’est normal, mais c’est angoissant. Je crois en la vie éternelle, je prie Dieu tous les jours. Pourtant, parfois quand je pense à la mort j’ai une boule au ventre. D’autant que mon corps et mon esprit me montrent les premiers signes de l’âge.

J’ai toujours été une personne très coquette, cela a donc été très difficile pour moi d’accepter l’apparition de cheveux blancs, de rides sur mon visage, et de sentir ma peau moins tonique. J’ai dû prendre un rendez-vous chez un ophtalmologue parce que j’ai de plus en plus de difficulté à lire le Coran. Pour éviter d’être trop proche de la télévision, j’ai augmenté le volume sonore. Mon médecin m’a demandé de faire plus attention à mon alimentation, car ma mère ayant été diabétique, cela augmente le risque que je le sois aussi. De plus, j’ai des douleurs articulaires qui ont poussé mon médecin à me recommander d’être plus vigilante lors de mes déplacements. Mon corps porte le poids des années et ce n’est pas tous les jours facile à vivre.

Entre mes enfants, mon mari, ma maison, ma famille et mes activités associatives, j’ai toujours été active alors que  je n’ai jamais travaillé. Maintenant que mes enfants ont grandi, je me vois forcée de ralentir mon rythme de vie. J’ai encore envie de faire plein de choses, bien que mon corps ne puisse suivre. Je sens que j’ai perdu confiance en moi en même temps que j’ai perdu le contrôle total de mon corps. C’est pourquoi je peux me montrer irritable avec mon entourage. Je ne peux pas expliquer toute la frustration que je ressens à mes proches parce que je ne veux pas les inquiéter pour rien, ni leur faire de la peine. Même si j’ai bien conscience qu’ils ont dû remarquer, qu’avec le temps, mon comportement a changé. En effet, j’accepte moins facilement d’aller passer quelques jours chez eux du fait de la fatigue que le voyage engendre, et il est vrai je me sens mieux chez moi avec mes habitudes et mes petites affaires. Comme je l’ai indiqué, la famille s’est agrandie et je suis heureuse quand nous sommes tous réunis, mais j’ai maintenant plus de difficultés à gérer le bruit que cela occasionne. Je ne peux suivre correctement une discussion sans demander de répéter. De plus deux choses me gênent un peu : la première est que mes enfants évoquent des épisodes de notre histoire de vie dont parfois je ne me souviens pas et j’ai honte de leur avouer cet état de fait. Et la deuxième chose, est qu’il m’arrive d’oublier certains mots, ce qui m’oblige à devoir trouver des termes équivalents. Cela me perturbe beaucoup.

Je suis une personne âgée avec ses avantages et ses inconvénients, et je dois l’accepter. D’ailleurs, mes enfants le comprennent très bien. Ils prennent soin de moi, veillent à mon bien-être, me contactent et viennent souvent me voir. Sans oublier la visite de mes amies. Il est très important pour moi de garder du lien social, car je me suis aperçue que de parler, d’échanger, stimulent ma mémoire, me permet de sauvegarder un maximum de vocabulaire et surtout m’empêche de me sentir seule et/ou abandonnée.

Certes je suis moins autonome qu’auparavant, certes ma mémoire me fait parfois défaut, et cela peut m’inquiéter étant donné toutes les maladies dont j’entends parler autour de moi, mais lorsque je sens l’angoisse monter, je prie Allah afin qu’Il me protège et je place mon destin entre Ses mains. Je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait, mais me savoir entourée me rassure. Un adage très connu dit « kama tadinou toudane  كما تَدِينُ تُدَان» qui signifie entre autre que tout l’amour et le respect que tu as  donnés à tes parents et à tes enfants, te seront un jour donnés en retour. Et sur ce point-là j’ai l’esprit tranquille. Grâce à Dieu !

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