Qu’est-ce que s’engager pour Dieu ? (3/4)

Comment s’engager ?

La sourate La Cité nous servira de guide pour répondre à cette question cruciale. Après avoir situé le Prophète, et à travers lui tout croyant, dans l’espace social de la cité (la Mecque, en l’occurrence), « et tu es un habitant de cette cité », après l’avoir inscrit, ensuite, dans l’Histoire, à travers la référence à un ancêtre commun, « Par celui qui engendre et ce qu’il a engendré » (une exégèse fait de ce géniteur le Prophète Ibrahim), Dieu rappelle à l’homme son humaine condition, « Nous avons créé l’homme pour l’affliction » , ses prétentions, « s’imagine-t-il que nul sur lui n’aura pouvoir ? » , « s’imagine-t-il que nul ne le voyait ? » , en regard du don divin, « Ne lui avons-Nous pas donné deux yeux ? – une langue et deux lèvres ? – Ne l’avons-Nous pas guidé vers la double rampe ? ».

La sourate La Cité comporte 20 versets et c’est très exactement au 10ème verset, soit au cœur de la sourate, que Dieu pose cette question cruciale : « Ne l’avons-Nous pas guidé vers la double rampe ? » Cette guidance de Dieu vers « la double rampe », correspond exactement à ce point nodal qu’est la prise de conscience. Cette « double rampe », selon la traduction de Jacques Berque, est constituée de la route du bien et de celle du mal et qui se présentent à l’homme à certains moments de sa vie, le plaçant dans cette lumière morale qui le renvoie à lui-même. Placé, par Dieu, devant ce choix de l’une ou l’autre route, l’homme est ensuite interpellé par son Créateur : « Que ne fonce-t-il vers le sommet ? » . Cette interpellation divine, qui est tout à la fois invitation, encouragement, autorisation, est un appel à l’engagement par-delà les obstacles pour obtenir Sa satisfaction et parvenir à Sa connaissance. A cette invite divine, fait suite les recommandations qui permettent d’y répondre. Les versets qui suivent (il s’agit des versets 13 à 17) répondent à cette question de la méthode que doit suivre le croyant dans son engagement pour Dieu : « Et comment sauras-tu ce qu’est cette voie montante ? – C’est d’affranchir un captif – ou bien, par un jour de famine, nourrir – l’orphelin proche-parent – ou le pauvre dans l’extrême misère – C’est ensuite être parmi ceux qui ont la foi, qui font bonnes œuvres et qui se conseillent mutuellement la maîtrise de soi et la bonté ». Ces quelques versets sont d’une grande portée quant à la question de l’engagement pour Dieu. Ils fixent le cadre de cet engagement. Après la prise de conscience de la nécessité d’un choix moral, après l’invitation divine à prendre la voie montante, celle du bien, vient la méthode pour foncer vers le sommet. Cette méthode s’appuie sur deux conditions : celle de l’action dans le bien et celle de la bonne compagnie.

La première condition, énoncée par les versets « C’est d’affranchir un captif – ou bien, par un jour de famine, nourrir – l’orphelin proche-parent – ou le pauvre dans l’extrême misère », demande du croyant un engagement pour autrui. Je ne puis espérer être de ceux qui foncent vers le sommet, si je ne suis pas de ceux qui visent la libération de l’homme ainsi que sa dignité. Mais ces versets ont deux niveaux de lecture. Le premier est le niveau le plus évident, et que nous venons d’exposer : libérer le captif (littéralement « une nuque », c’est-à-dire un esclave et, de manière plus large, l’humain pris dans toutes les formes de servitude qui nuisent à sa dignité adamique) et subvenir aux besoins des plus démunis. Le second niveau relève du domaine de l’éducation spirituelle individuelle. Le captif (ou « la nuque »), l’esclave, ici, c’est moi-même en ce que je suis, au départ de mon engagement spirituel, esclave de mon égo, de mes habitudes, des mentalités propres à mon groupe d’origine (social, culturel,…), etc. L’éducation spirituelle passe donc par un travail de désaliénation. Quant à l’orphelin et le pauvre, il faut y voir une autre figure de cet homme ou de cette femme qui vient de découvrir la nécessité du cheminement vers Dieu. Orphelin en ce sens où il se découvre seul, sans cette famille spirituelle qui l’aidera à répondre à l’invitation divine de foncer vers le sommet, et pauvre, en ce sens où il découvre qu’il n’est rien et que ce qu’il pensait détenir ne lui est que de peu d’utilité pour cette « grande affaire » qu’est la recherche de la satisfaction de Dieu.

La deuxième condition, constituant la méthode de « foncement » vers le sommet, est la fréquentation de la « bonne compagnie ». Le verset suivant, déjà cité, nous le rappelle : « C’est ensuite être parmi ceux qui ont la foi, qui font bonnes œuvres et qui se conseillent mutuellement la maîtrise de soi et la bonté ». Pas d’engagement vers le sommet, sans présence au sein d’un groupe de croyants dont les caractéristiques sont données par Dieu dans le même verset. Les croyants qui constituent ce groupe doivent faire les bonnes œuvres (exposés notamment par les versets précédents), se conseiller mutuellement la maîtrise de soi (maîtrise de l’égo, des passions, ce qui constitue la voie royale de l’éducation spirituelle) et la bonté (l’amour est la clef de voute de toute entreprise collective pour Dieu).

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– « Le Coran. Essai de traduction » Jacques Berque, Albin Michel, 1999.
– Idem supra.
– Idem supra.
– La traduction, ici, est d’Abdessalam Yassine (« La révolution à l’heure de l’Islam », 1990). Elle permet de donner le sens profond de ce verset, que Jacques Berque traduit comme suit : « Or il ne s’est pas lancé sur l’ascendante ».
– Nous continuons avec la traduction d’Abdessalam Yassine.

 

 

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