Orage(s)

Aux hommes de bonne volonté, aux mécontents de tous les horizons, aux insoumis, aux révoltés, aux progressistes, aux acteurs de la société civile, à tous ceux qui ne se satisfont pas du monde tel qu’il est et qui le manifestent…

A mes contemporains, ma famille, mes amis, mes voisins, mes collègues.

Volées d’éclats. Cœurs scellés

A l’abri des visières

Pétrifiés dans la poussière rouge
A l’angle des rues, les enfants de Ramallah,  plus vite qu’un souffle, convoquent les pierres d’un trottoir à l’autre contre des pierres de chair.
Compressées. Aux aguets. Scellés dans la haine
Je me suis levé J’ai pris mon petit déjeuner
Je me demande de quoi sera fait demain et je finis par ne plus rien vouloir
Contre TOUT, je ne trouve que les petits riens de la vie de tous les jours
Et je referme le journal avec un goût de riche dans la bouche

L’humanité est une promesse. Elle n’est pas une déchéance
Une bestialité de plus dans l’ordre du monde

Il y a de lointains hurlements que l’indignation ne fait que voiler
L’immensité de la douleur est devenue la citadelle des assassins
Et la rébellion n’est plus qu’un poème bien fade. Qui retombe. Lourd. Voile sur voile
« Résiste ! » dit l’ancienne voix En jurant par Tobbin Par Marcos et Bourdieu
Mais David renversera-t-il une seconde fois Goliath ?
Combien de temps allons-nous encore défiler dans les labyrinthes de ce monde ? Affirmant les connaître. Cloîtrés dans nos rituels de lutte. Emmurés. Avançant le nez dans la poussière. Comme des chiens. Dressés à fuir le ciel. Adorateurs de nos ombres. De nos traces. Ne jurant que par la brèche et tétanisée par elle

Qui franchira le seuil ?
Pierres sur pierres

Le siècle passé a chanté les renversements, glorifié la radicalité, s’est contemplé dans le miroir des révolutions des plans quinquennaux des grands bouleversements.
Tout n’était (disait-on) qu’affaire d’organisation de systèmes de structures.
A quoi sert-il aux hommes de renverser d’autres hommes si le tué est à l’image du tueur ?
Le paysage est abrutissant de monotonie et les prétendus visionnaires ont du plomb dans l’œil. La voix des hérauts de l’anti se heurtent aux cœurs de pierre.
Nul écho que médiatique. De la neige vite fondue. De l’image vite enchaînée
L’indignation est un oiseau solitaire abusée par ses ailes que seul porte le vent là où le vent veut. La vague des charniers n’en finit pas de battre sous nos fenêtres. Le clapotis de la honte berce nos songes. L’espoir s’est pétrifié

O nous, les avancés, les développés, les éduqués, les citoyens démocrates nous nous pressons dans la moiteur des boites de nuit.
Qu’espérons-nous ? Que notre avenir s’éclate ? Comme une pierre dans le gel il se fendra. Et rien n’en sortira
Pierres noircies de nos cœurs. Enlisées dans la tourbe de nos ego gardiens zélés de mère modernité chantres de nos reflets adorateurs effrénés du tangible défenseur acharné du règne de la satiété
Sommes-nous prêts à vivre les rêves que nous rêvons pour notre humanité ? Nos cœurs ne voleraient-ils pas en éclat si ce que nous désirons se manifestait ? Comme la montagne donnée en exemple à Moïse ?

Pluie de pierres. Sommes-nous prêts ?
La citadelle de nos ego se dresse et veille sur ce que nous croyons être nos cœurs
Une seule guerre contre elle ne fut-ce que d’un jour vaut mieux que mille rébellions
Quand nous saisirons-nous de l’épée à double tranchant pour le dehors bien sûr mais surtout pour le dedans ? Celui qui ne sait se gouverner est-il apte au gouvernement des hommes ?

Défilés de coups de cœur. Manif de coups de gueule. Poésie d’appartenance.
Prométhée assis sur son rocher tire sur sa pipe. Contre quoi se rebeller aujourd’hui ?
Dans les Conseils d’Administration  » J’ACCUSE  » amuse. Les grands rassemblements font désormais partie du paysage. Une coutume singulière mais globalement bien acceptée. Fête des fous contemporaine.

Quand saurons-nous de la science la plus pure que la plus dure des pierres est déjà poussière aux yeux du Temps ?

Nous parlons de justice, d’engagements, de solidarité,  de fraternité dans la lutte Ignorants
Nous sommes ignorants. Tranchants comme silex. Enonçant des lois dans la méconnaissance des cœurs précipités. Notre horizon est saturé de mots d’ordres lancés à nos consciences fatiguées  d’illusions sur l’origine et le sens de nos sursauts
Ce n’est pas notre intelligence sociale ou politique, ce n’est pas la fidélité à nos principes qui nous secoue et nous arrache à notre mort éveillée. C’est Le Vrai qui se cherche un chemin à travers nous déchirant le voile de notre catatonie

L’occident néo-libéral va encore rouler son horreur à travers le monde quelques années mais c’est la fin. Son enlisement est proche. Une sortie s’annonce. Loin de tout ce que nous rêvons. De tout ce que nous élaborons. Et si nous persévérons, cloîtrés dans nos mirages, nous n’aurons aucun rôle à y jouer. Nous serons écartés. Obsolètes.

La vitalité des spermatozoïdes du sujet masculin des sociétés postindustrielles s’est grandement dégradée. Signe que nous sommes finis. Une nouvelle humanité va nous pousser par la fenêtre. Et aucun viagra ne nous rendra la vie. C’est le cœur qui est malade. Notre intériorité est un champ de ruines calcinées. Un amoncellement de pierres fumantes. Elles assombrissent notre ciel. Sur les côtes siciliennes, des sacs lourds comme des pierres pleins de routes et de regards, de montagnes et de sources, de gestes et de rêves, de prières, de mots et de couleurs creusent le sable.

Et les concerts de musique ethnique font salle comble. Les produits artisanaux de Bali, du Niger, de Marrakech, de Singapour, de Colombie ornent nos salons. Le Sud est devenu un zoo humain pour les tours opérateurs du Nord. Passionnants Masaïs. Fascinants pygmées. Etranges mongols. Insaisissables touaregs. Surprenants indiens. Nous voilà pris d’une boulimie sans précédent. Le sauvage, disaient nos ethnologues, espère par l’anthropophagie s’attribuer le pouvoir de son ennemi. Serait-ce donc vrai ? Notre monde s’abreuve de l’esprit des autres et rejette les corps à la mer. Cérémonie sociale inopérante. Le mal est incurable. Il ne sert à rien de danser sur des rythmes du Sénégal, de fredonner une chanson cubaine, de claquer les mains sur un air tzigane. Gesticulations pathétiques. Vaines séductions. Nous attendons la pluie sur le mauvais versant de la montagne

Que la Paix soit sur le serviteur de la Paix qui œuvre dans le secret des cœurs à la pacification du monde. Pierre après pierre. Avec la patience de ceux qui ont l’éternité devant eux et qui savent que peut jaillir du sein des pierres l’eau douce et fraîche de notre humanité reconquise.

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