Eveiller les intelligences, adoucir les cœurs …

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Un vent mauvais souffle sur l’Europe. Celui dont l’intériorité ne sera pas en paix, celui qui ne sera pas unifié, corps, esprit et âme, orienté vers l’essentiel, sera balayé et emporté dans la tourmente des détestations et des haines, des revendications forcenées et des luttes violentes, entraînant dans une spirale funeste et criminelle ses frères et sœurs en humanité.

Les terribles événements de janvier, survenus à Paris, agissent comme un puissant révélateur de ce que chacun, depuis les attentats du 11 septembre, élaborait en lui, au sein de sa famille, de son milieu socioprofessionnel, politique, religieux. Certains déclarent que désormais la guerre est en marche. D’autres que ces attentats, ces crimes, sont la résultante d’un lent processus de déliquescence du vivre-ensemble et que, désormais, plus que jamais, il est nécessaire de réaffirmer les valeurs du dialogue, du respect, et en finir avec les aprioris, les stigmatisations… Ceux qui proclament la guerre ne font que dévoiler la guerre qu’ils portaient déjà en eux et ceux qui appellent à l’établissement d’une paix entre hommes et femmes de convictions différentes,  la chérissaient, la cherchaient, l’espéraient bien avant ces événements. Il ne s’agit pas de dire, ici, que les premiers n’aient jamais eu à l’esprit une volonté de paix. Mais cette paix était, et est toujours, à leurs yeux, conditionnelle, une paix dont l’objectif est la capitulation de l’autre, sa soumission, sa dissolution. La paix est toujours difficile à faire, car elle doit se faire avec l’autre, et non avec les pairs ou les plus proches, elle doit se faire avec celui que l’esprit de guerre a rendu radicalement autre, alors qu’il n’est que relativement autre. Et pourtant une paix, entre citoyens, entre humains, est nécessaire, et urgente.

Afin de trouver le chemin de cette paix, il y a néanmoins un préalable.  Il faut prendre conscience que, contrairement à ce que certains affirment, la ligne de démarcation qui divise aujourd’hui l’humanité ne passe pas entre la foi et la raison, entre la tradition et la modernité, entre une lecture pondérée de la liberté d’expression et une lecture sans limite, entre musulmans (ou autres croyants de manière générale) et athées (ou chrétiens fondamentalistes américains).

Cette ligne de démarcation est une mascarade mise en scène par les chantres du grand clash crépusculaire et leurs alliés objectifs, ces rigoristes littéralistes que la diversité humaine rend fous, un leurre qui détourne les hommes et les femmes de bonne volonté d’une édification en cours, un dressage, au cœur de notre humanité, prélude à une danse macabre et méchante. Oui, de longue date, une vague prédatrice se prépare à dissoudre l’humain dans le non-sens, à l’annihiler durablement dans l’oubli de sa dignité, dans le rejet de l’autre, le mépris de la nature et la négation de l’Absolu, à l’asservir définitivement à l’argent, à ne lui donner pour seul horizon, seul espoir, que la consommation, la jouissance matérielle indéfinie. La haine de l’humain dans sa différence, sa diversité, sa complexité, son irréductible désir de justice et de Transcendance, de Vérité et d’Amour, alimente cette vague assassine. S’il y a une ligne de démarcation, elle ne passe pas là où l’on s’agite aujourd’hui, à grands cris, à coup de slogans, d’anathèmes, d’excommunions en tous genres. La vraie fracture se situe au niveau de la vision, portée par les uns et les autres, quant à l’Humain et son devenir. Et qu’on ne s’y trompe pas ! Ceux et celles qui veulent construire un avenir habitable, serein, partagé, respectueux de l’autre, ouvert sur les questions essentielles, qui cherchent à donner sens à la vie, ceux-là sont de tous pays, appartiennent à toutes les sociétés, toutes les classes sociales, toutes les convictions. Tout comme ceux que n’habitent et ne motivent que la volonté d’asservir, d’humilier, de réduire, d’opprimer, de jouir sans limite. Le véritable et authentique critère, celui qui, d’ailleurs, a toujours été, est celui qui établit la distinction entre ceux qui, sans se renier pour autant, privilégient le bien commun sur eux-mêmes, qui préservent la nature, pensent aux générations futures, font effort pour être en paix avec eux-mêmes et avec les autres, et ceux qui n’ont pour motivation que leurs prétentions égotiques, souillent sans retenue ce berceau de tous les hommes qu’est la nature et vivent sans autre horizon pour l’humanité que leur propre fin.

Mais une sortie s’annonce.

Les manifestations populaires qui ont suivi les attentats de Paris montrent, indubitablement, que des alliances inter-convictionnelles et pour le bien-commun sont possibles. Un esprit de paix a soufflé, fut-ce momentanément. La volonté d’en finir avec les images réductrices, les clichés, les impasses interrelationnelles s’est faite jour. Une porte s’est ouverte. C’est un pré-requis. Nul doute cependant que certains s’empresseront (ils s’empressent déjà…) à la refermer. La détermination doit, donc, être de mise, alliée à la pondération. Il faudra, en effet, continuer à éveiller les intelligences afin de démasquer les subterfuges, travailler à adoucir les cœurs afin que les combats à mener ne se transforment en luttes violentes, éradicatrices, et inlassablement, reconstruire ce que d’autres abattront, tout aussi inlassablement.

C’est l’effort à consentir pour qu’une civilisation fraternelle éclaire enfin, de ses mille et un feux, notre vieille et belle humanité.

1 commentaire

  1. Merci énormément, ce texte apprend, encourage, fortifie les âmes en détresse. Ces âmes victimes de haine, d’indifférence, de rejet dans la société. Maintenant j’ai la force de proclamer la paix afin de dévoiler la paix que je porte déjà en moi.

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