Le sens profond de la création

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Le Coran source de méditation 

Les versets du Coran sont une source inépuisable de méditation pour le croyant. Chacune et chacun s’efforce de surmonter les obstacles pour libérer sa méditation de la tendance à la mise sous tutelle du Coran à son rôle de source de fondement des jurisprudences. En effet, notre relation à lui ne se limite pas à l’extraction de lois et de règles juridiques. Sinon le Coran ne sortirait pas des cercles intellectuels réunissant les moyens à cette extraction. Pourtant, la sunna du Prophète (paix sur lui) pousse tous les croyants, sans exception, à développer une relation personnelle avec le Livre de Dieu. Apprendre l’arabe n’est-ce pas le premier pas pour avoir un accès direct avec le Coran ?

Un programme quotidien de lecture attentive du Coran, d’apprentissage de quelques versets et la révision des passages appris n’a-t-il une autre signification que de mettre le croyant en relation directe avec la Parole de Dieu, de s’exposer aux effluves de Sa miséricorde ? Les appels innombrables du Coran à le méditer sont-ils destinés à une minorité de la communauté ?

« [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent !»[1]

S’il existe visiblement plusieurs niveaux d’approche et de compréhension du Coran, tout le monde est éligible pour parcourir son propre chemin dans ses allées parfumées et passer de la délégation passive de cette méditation (à travers la consommation excessive de vidéos et de fruits de cette méditation) à un rôle actif.

Le Coran, indémodable et généreux 

Le Coran est qualifié de « Majid », sa racine pouvant signifier « surpasser en gloire, en illustration, être illustre, exalté, honoré, grand, splendide, magnifique, rassasier ses troupeaux, se trouver dans de grands pâturages »[2]

Docteur Ramzi Saoudi, que Dieu lui accorde la meilleure récompense, rappelait le sens de « toujours nouveau, indémodable » contrairement à l’ancien et au démodé. Il n’est pas archaïque, il n’est pas derrière nous mais devant nous, à nous montrer le chemin, quelle que soit l’époque que nous vivons. De grands pâturages à perte de vue où tout le monde trouve sa place.

Il est qualifié de « karim », « noble, généreux, fertile, abondant, illustre, magnifique, honorable, distingué, éminent, libéral, respectable, chevaleresque, excellent, bienfaisant »[3]

Cette générosité signifie qu’il peut donner à tous, sans exception, à toutes époques et nos prédécesseurs n’ont pas épuisé ses trésors, Louange à Dieu !

La création, une simple distraction ?

« Ce n’est pas par divertissement que Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre eux.

Nous ne les avons créés que dans le Vrai. Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. »[4]

Ces deux versets du Coran tirés de sourate « La Fumée » ont fait pleurer Oweys El Qarni[5] (que Dieu lui fasse miséricorde).

« -Ô mon frère ! Lis-moi alors des versets du Livre de Dieu afin que je les entende de toi et donne-moi un conseil que j’apprendrai de toi. Je t’aime en Dieu.

– Je demande refuge, dit-il en me[6] prenant la main, auprès de l’Entendant, le Connaissant, contre Satan le lapidé. Mon seigneur, Béni et Très-Haut, a dit, et la plus vraie des paroles est celle de mon Seigneur et le plus authentique discours est celui de mon Seigneur. Il récita : « Ce n’est pas par divertissement que Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre eux… « Jusqu’à la fin du verset : « Il est le Puissant, le Miséricordieux. »

Il se mit à sangloter fortement. Je l’ai regardé pensant qu’il s’était évanoui. »[7]

J’ai souvent lu ces versets et les ai toujours compris ainsi : « Les cieux, la terre et ce qui nous entoure n’ont pas été créés pour que nous nous perdions en divertissement mais une vérité et un sens profond se trouvent derrière tout ça. » Cependant, ni le texte originel en arabe, ni la traduction française n’appuient cette compréhension.

En réalité, à travers ces versets, c’est de l’intention du Seigneur dont il est question. Dieu nous livre Sa raison qui explique la création. Il nous dévoile tout d’abord cette bonne nouvelle que nous ne représentons pas une distraction pour Lui, ce qui aurait pu l’être puisque Dieu n’a aucun compte à rendre à qui que ce soit et qu’Il est « El Qayyum » Celui qui se suffit à Lui-même. L’Enfer, le Paradis, les épreuves, les difficultés, les souffrances, les bons sentiments, tout ceci n’aurait pu représenter qu’un simple divertissement auquel assisterait le Tout Puissant mais qui engagerait, pour nous, notre devenir éternel…

Pendant la retraite spirituelle des dix derniers jours du Ramadan, alors que j’étais plongé dans la lecture du Coran et que je m’interrogeais sur ce sens de la création, je suis tombé sur ces versets, et ce fut comme une porte qui s’ouvrit devant l’évidence !

« Ce n’est pas par divertissement que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre eux.

Si nous avions désiré prendre une distraction, Nous l’aurions tiré de Nous-mêmes, si vraiment Nous avions voulu le faire.

Bien au contraire, Nous lançons contre le faux la vérité qui le subjugue, et le voilà qui disparaît. Malheur donc à vous pour vos allégations mensongères. »[8]

A travers ces versets, une fois de plus, comme pour insister, mais cette fois-ci en nous livrant des informations supplémentaires, Dieu Tout Puissant nous indique ceci :

« Si nous avions désiré prendre une distraction, Nous l’aurions tiré de Nous-mêmes, si vraiment Nous avions voulu le faire. »

Tout d’abord Dieu est au-dessus de toute distraction puisqu’Il dit « si vraiment Nous avions voulu le faire », donc, Lui, Le Parfait, Le Tout Puissant, L’Omniscient ne descend pas au niveau de la distraction.

Enfin, en s’inspirant de l’ensemble de l’enseignement qui nous est parvenu du Coran et de la Sunna, on se rend bien compte que Dieu accorde de l’importance à Ses créatures. Il descend[9] chaque nuit et appelle celles de Ses créatures qui souhaitent être pardonnées, exaucées… Ou encore Il est plus heureux[10] du repentir d’une de Ses créatures que l’homme qui, se croyant perdu dans le désert, se laisse mourir, puis qui retrouve et sa monture et les provisions qu’elle transportait. Ces rappels sont nécessaires pour comprendre une subtilité du verset : Dieu nous dit que s’Il avait vraiment désiré une distraction Il l’aurait prise « auprès de Lui ». Le message qui me semble éclatant dans ce verset c’est qu’Il ne nous utiliserait pas pour Sa distraction, loin de Lui une telle attitude vis-à-vis de cette création qu’Il a voulue pour une toute autre raison, celle de la vérité, Glorifié soit-Il !

Il en découle un sentiment d’amour et de respect plus profond pour le Créateur qui nous accorde de la valeur alors que nous ne pesons rien dans Sa création, que nous sommes insignifiants. Notre disparition est oubliée dans l’histoire en quelques milliers d’années, que dis-je, quelques jours… Et Lui c’est « El Qayyum »[11] !

Le sens profond de la création

« Nous avions proposé aux cieux, à la terre et aux monts la amana[12]. Mais tous refusèrent d’en assumer la responsabilité et en furent effrayés, alors que l’homme, par comble d’ignorance et d’iniquité, s’en est chargé. »[13]

Ce dernier verset clôt ma réflexion.

Ce dernier verset est à la fois bouleversant mais nécessaire pour que l’homme se rende compte dans quelle situation il se trouve. Ce dernier verset vient éclairer les versets précédents. Le Vrai, la raison profonde pour laquelle la création est. L’événement que ce verset décrit se situe, visiblement, bien avant la création de notre père Adam (paix sur lui). Ce verset nous décrit comment Dieu fit un appel à candidature pour le rôle principal au cœur de Sa création. Nous parlerons un peu plus de ce rôle plus loin mais il est intéressant de s’arrêter un peu sur la manière dont les choses se sont faites.

Dieu n’impose pas le rôle central mais Il le propose. Ce rôle central implique des responsabilités et un enjeu énorme dont les conséquences s’inscrivent dans l’éternité. Cela explique que les cieux, la terre et les monts en furent effrayés. Il est donc évident que Dieu ne Se contenta pas de le proposer mais Il expliqua très clairement ce que cette responsabilité, ce dépôt du Vrai, cette amana, signifiaient et les conséquences positives ou négatives qu’il pouvait y avoir. Dieu le proposa-t-Il à tous les êtres humains ou ne le fit-Il qu’à un être humain représentant l’humanité ? Ou encore l’espèce humaine était-elle représentée par une unité spirituelle avant la création physique des hommes et des femmes ? Dieu seul sait, mais ce qui transparaît dans le début du verset c’est que les cieux et les montagnes sont au pluriel et ont donc été tous informés, pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’ensemble des humains ? Afin de prendre conscience de ce choix que nous avons fait dans le monde céleste voici une manière de le présenter à nos esprits terrestres :

Tu peux choisir de porter la Amana, et si ce dépôt reste intact durant les quelques années sur terre jusqu’à ton retour à Dieu alors c’est la grande réussite éternelle, par contre, si tu échoues, c’est la damnation éternelle. Attention, lorsque tu arriveras sur terre tu oublieras tout de cette discussion, tu n’auras qu’un vague souvenir dans le fond de ton cœur qui pourrait s’évanouir totalement avec les tentations de ce monde et les efforts incessants de Satan, ton pire ennemi. « …alors que l’homme, par comble d’ignorance et d’iniquité, s’en est chargé. »[14]

Les cieux, la terre et les monts apparaissent tellement plus majestueux que l’homme, tellement plus raisonnables, tellement plus conscients de la gravité de la situation qu’ils préférèrent avoir un rôle secondaire dans la création et disparaître ensuite à la fin de celle-ci. L’homme, toi et moi, nous fîmes un choix tellement plus dangereux, tellement plus grave, et sans se donner beaucoup de temps à la réflexion, au point que Dieu nous qualifia d’ignorants, sachant que parmi nous, forcément il y aurait ceux qui échoueraient, et Dieu aime Sa création…

Mais alors qu’est-ce qui nous a décidés dans cette voie ? La raison ? L’amour ? La folie ?

Quel est ce trophée ultime qui a décidé l’homme à mettre son éternité en jeu et qu’il semble avoir oublié aujourd’hui ? Lorsque Dieu a voulu cette création Il a proposé à qui voulait porter la amana en échange d’une place éternelle à Ses côtés.

Alors oui nous avons été fous d’accepter mais l’amour est une belle folie que la raison ne saurait comprendre.

Nous sommes si faibles dans cette création et nous n’avons que Dieu pour nous soutenir, peut-être est-ce là le secret de notre espèce, la raison de notre rôle central dans cet univers.

« Le jour où Nous rassemblerons les pieux sur des montures et en grandes pompes, auprès du Tout-Miséricordieux »[15]

« A ceux qui croient et font de bonnes œuvres, le Tout-Miséricordieux accordera Son amour. »[16]


[1]Sourate 38 Sad, verset 29

[2] Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, Gloton Maurice, puisse Dieu l’accueillir dans Son infinie miséricorde. p 682

[3] Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, Gloton Maurice. P 646

[4]Sourate 44 La fumée, versets 38 à 40

[5]https://www.psm-enligne.org/islam/figures-de-lislam/1665-ouways-al-qarani-quelques-instants-autour-dune-histoire

[6]Ibn Hayyan (que Dieu lui fasse miséricorde)

[7]Extrait du livre de muwafiq al din ibn quddama al maqdisi

[8]Sourate 21 Les Prophètes, versets 16 à 18

[9]Il a été rapporté dans les deux recueils de hadiths authentiques, selon Abû Hurayra, que Dieu l’agrée, que le Prophète (paix sur lui) a dit : « A partir du dernier tiers de la nuit, notre Seigneur descend au ciel le plus proche de la terre et dit : « J’exauce les invocations de celui qui M’invoque, Je donne à celui qui Me demande et pardonne à celui qui Me demande le pardon ». Rapporté par Bukhâri N° 1145 et Muslim N° 758

[10]Selon Ibn Mas’oud (que Dieu l’agrée), le Prophète (paix sur lui) a dit : « Dieu est plus heureux du repentir de Son serviteur qu’un homme se trouvant dans un désert périlleux et ayant avec lui sa monture qui porte sa nourriture et sa boisson, qui, s’étant endormi, se réveille pour constater la perte de sa monture et qui en s’employant vainement à sa recherche jusqu’à éprouver une soif intolérable, se dit: « Je vais retourner au même endroit où j’étais pour y dormir jusqu’à ma mort », retourne et met sa tête sur son coude pour dormir dans l’attente de la mort, et qui une fois réveillé, trouve sa monture auprès de lui avec ses vivres, boisson et nourriture. Dieu, en effet, se réjouit du repentir de Son serviteur croyant plus que cet homme qui a retrouvé sa monture et ses vivres » {Rapporté par Mouslim}

[11]Celui qui subsiste par Lui-Même

[12]Amana : dépôt, dépôt de foi, dépôt du Vrai, responsabilité…

« Sécurité, fidélité, loyauté, probité, bonne foi, pacte assurant la sécurité, dépôt sûr, objet confié en dépôt » (p 252, Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, Gloton Maurice).

[13]Sourate 33 Les coalisés, verset 72

[14]Sourate 33 Les coalisés, verset 72

[15]Sourate 19 Marie, verset 85

[16]Sourate 19 Marie, verset 96

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