Voyage au cœur du Coran : Le terme ‘A-LI-MA (Partie 2)

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‘A Li Ma : 1/ Marquer, distinguer par une marque, un signe, fixer, fendre, 2/ discerner, signifier, établir un lien entre différents signes, savoir, connaître, être savant, savoir distinguer une chose d’une autre, être instruit, informé, avoir conscience de, surpasser quelqu’un en science.

Après avoir parcouru les sens généraux auxquels cette racine renvoie, il est intéressant de les confronter à certains dérivés de la même racine. Le dérivé suivant ne diffère que par une voyelle, la fatha (A) au lieu de la kisra (I).

‘A La Moun : signe, marque distinctive (qui sépare deux ou plusieurs choses), tout repère (que l’on distingue de loin), indice, montagne, étendard, drapeau, borne, signe qui indique les limites, jalons, bannière, bordures, balafre.

‘Â La Mî Na : Tous les signes (de Dieu) qui permettent de discerner les créatures entres elles, univers, mondes, domaines, sphères, ensemble des choses créées, état dans lequel on se trouve, les êtres (de l’univers), les humains, les gens, règnes, domaines – pluriel sain qui s’applique en principe aux êtres humains ou aux choses ou réalités personnifiées.

Ce terme nous permet de plonger dans le monde de la pensée. Il est intéressant de voir comme les mots ont le pouvoir d’emprisonner la raison comme ils peuvent la libérer. A partir des mots, nous construisons notre vision du monde. Tout petits nous absorbons les mots de notre environnement et notre représentation du monde s’établit. Il devient très difficile de se sortir de ce paradigme. Surtout lorsqu’il prend ses racines dans une idéologie qui a intentionnellement asphyxié le cœur comme moyen de compréhension et d’accession à la connaissance ainsi que tous les livres révélés. La raison est établie comme unique moyen de réflexion légitime et le rationalisme a accouché de cet homme moderne, perdu dans l’immensité de l’univers, perplexe dans l’absurdité de son existence, et égaré dans l’absence de destination claire. Ainsi, ce consommateur, privé des sens de son cœur, devient malléable à souhait, ballotté d’une direction à l’autre, en fonction des besoins des propriétaires de nouveaux produits.

L’Envoyé de Dieu, Mohammed ibn Abdallah (paix sur lui), est venu avec une lumière, une connaissance qui a libéré les cœurs et les consciences. La révélation du Coran est un fondement éternel qui a rétabli les notions de vérité et d’absolu, totalement légitimes puisque le Coran vient du Créateur Lui-Même. De là, les savants purent hiérarchiser les connaissances. Cette approche est inexistante dans le monde moderne puisque les connaissances sont toutes acceptables et équivalentes dans la mesure où elles respectent une voie scientifique dans laquelle la raison (faillible et corruptible) est toute puissante. Ainsi, il m’est arrivé de lire un article scientifique sur la cigarette électronique via mon logiciel pharmaceutique où l’on mettait en garde sur ses dangers et, quelques jours plus tard, trouver un nouvel article, tout aussi scientifique et recevable qui ventait au contraire les mérites et l’absence totale de danger de celle-ci. La connaissance est devenue un bien matériel ouvrant à des avantages sociaux et en fonction du client qui commande un article, on peut faire dire tout et son contraire au sujet d’une question.

Être à l’écoute du Coran, sur les pas du modèle complet (paix sur lui) c’est se donner les chances de comprendre le monde qui nous entoure et distinguer le vrai du faux. En effet, changer de paradigme ne signifie pas en inventer un nouveau mais plutôt revenir au paradigme original à travers lequel les compagnons du Prophète (paix sur lui) ont pu percevoir le monde et cheminer. C’est toute la conception cyclique de l’histoire qui s’oppose à la conception linéaire moderne. En effet, dans la conception linéaire de l’histoire, on trouve la notion de progrès humain continu qui a franchi tout au long de l’histoire de l’humanité des paliers qualitatifs qui le rendraient plus intelligent et plus évolué que l’homme des siècles précédents. Foutaises ! François Clarinval pointe du doigt ces progrès technologiques qui, s’ils apportent une sécurité et un confort dont l’homme a évidemment besoin, restent un écran de fumée qui masquent la dégénérescence spirituelle criante de l’homme moderne emprisonné de ses passions. A contrario, la vision cyclique de l’histoire montre une histoire humaine plus réelle, celle d’apogée et de déclin. Il y eut des êtres humains s’étant réalisés spirituellement, quelle que soit l’avancée des progrès de leur époque, ayant une vision du monde équilibrée et cultivant les vertus appréciées de Dieu, et il y eut des hommes qui préférèrent se tourner complètement vers les plaisirs éphémères de ce monde, se détournant ainsi du sens de leur existence.

Pour conclure, ces mots que nous avons choisi de faire parler aujourd’hui, soulignent bien les repères qu’ils représentent dans la vision et le cheminement de l’homme. Cette vision d’un monde, bien plus large que ce que le regard et la raison peuvent percevoir, se nourrit évidemment de l’écoute attentive de la Révélation et grandit dans le cœur par le parcours spirituel du croyant. Cette réalité intérieure est alors naturellement projetée sur le monde. Ses racines sont saines puisqu’elles se nourrissent du Coran. Voilà donc une subtilité, d’après moi, qui existe entre les mots « savoir » et « univers ». Le savoir projette la vision de ton environnement puisque tes cinq sens ne peuvent pas te permettre d’accéder à tout. En effet, de la même manière que les télescopes et les moyens modernes d’observation de l’univers ont façonné différemment notre représentation de ce monde, les Révélations et la prophétie nous permettent d’élargir notre perception et notre compréhension de ce monde dans lequel nous évoluons.

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