Voyage au cœur du Coran : le terme Qa-Wa-Ma, un modèle familial harmonieux !

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Ce nouveau terme que nous découvrons ensemble transporte un nuage de sens déconcertant pour celle ou celui qui n’en a pas conscience. Que de malentendus et d’incompréhensions lui ou ses dérivés ont pu susciter durant les siècles qui nous séparent du Prophète (paix sur lui). Avec les années, les racines de l’arbre s’enfoncent toujours plus profond toujours plus loin pour pouvoir traverser les difficultés de l’environnement. Retenez bien cet exemple de l’arbre je le reprendrai plus loin une fois mon exposé bien avancé.

Ce terme apparaît 621 fois dans le Coran à travers tous ses dérivés. Nous sommes toujours dans une catégorie de termes dont la compréhension est une clé pour celle ou celui qui souhaite aborder la Parole de Dieu. Plus de 600 fois c’est l’équivalent d’un mot par page du Coran. Bien entendu ce n’est pas ainsi qu’ils sont répartis mais cela nous donne une idée de l’importance de cette racine que Dieu convoque à de nombreuses reprises pour se faire entendre de Sa créature.

Prenez le temps de vous laisser envahir par cette succession de mots qui permettront au nuage de significations d’exister et d’être ainsi mieux outillé pour percer les sens difficiles de certains versets.

Qa Wa Ma[1] : Se lever, se dresser et se tenir debout, être ou rester debout, droit, vertical, s’élever, surgir, être, exister, avoir lieu, s’arrêter, rester immobile, s’implanter, s’installer, effectuer, exécuter, se mettre à, occuper une place, rester en place, s’occuper de, se charger de, assumer, s’acquitter, prendre en charge, surveiller, persévérer, tenir lieu, maintenir, soutenir, appuyer quelqu’un, défendre quelqu’un, triompher, se relever, se soulever, ressusciter, aborder quelqu’un, vouloir (tel prix), pouvoir, savoir-faire.

Pas moins de 39 significations, chacune apportant un sens différent ou complémentaire ! C’est toutes les subtilités auxquelles certains traducteurs ou prêcheurs se ferment pour une compréhension plus proche de leur vision étroite de l’Islam. J’enfonce délibérément les portes de cette prison de l’esprit en le confrontant à cette réalité ! Peut-on accepter des interprétations qui nous éloignent de la douceur du Prophète (paix sur lui) ? Peut-on accepter toute explication qui durcit un peu plus le cœur, développe la violence ou encore isole le croyant du modèle prophétique ? Ma réponse est évidemment non ! Ces élans du cœur peuvent paraître étranges au lecteur qui ne sait peut-être pas encore comment cette racine a pu se charger d’incompréhensions et générer des modèles familiaux déséquilibrés.

Il existe de nombreux dérivés mais nous nous arrêterons à quelques-uns d’entre eux.

Qa Wâ Moun[2] : consistance, stature, taille bien faite, vigueur, existence, juste proportion, juste mesure ou milieu, équilibre, régularité, moyen de vivre, maintien, bon état, état normal, rétribution

Dans le mot suivant incriminé dans les déformations de sens dont nous parlons jusqu’à présent, la deuxième consonne a été dédoublée (Wa : chadda) pour lui donner un sens de répétition, d’intensité, de pérennité.

Qa Wwâ Moun[3] : qui ce cesse d’être debout, droit, vertical, érigé, ferme, solide, consistant, constant, immuable, qui ne cesse de s’assumer, de s’acquitter, ponctuel, exact, de belle taille, etc

On le retrouve dans le fameux verset 34 de sourate les Femmes auxquels je vous soumets délibérément à deux traductions :

1) Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens.[4]

2) Les hommes assument les femmes à raison de ce dont Dieu les avantage sur elles et de ce dont ils font dépense sur leurs propres biens.[5]

D’une traduction à l’autre c’est tout un état d’esprit, une manière d’être dans le couple, un comportement qui se dégagent. N’oublions pas de tourner la tête vers le modèle[6] prophétique à chaque fois qu’un mot se place sur notre chemin comme un panneau de signalisation placé par un plaisantin qui nous ferait prendre un chemin dangereux alors que la voie goudronnée et sécurisée est devant nous.

Nous n’en avons pas fini avec les dérivés de ce mot. Mais nous reviendrons sur ce début[7] de verset dans la suite de notre exposé pour y livrer notre propre réflexion.

Nous ne pouvons pas passer à côté de ce dérivé qui apparaît dans chacune de nos unités de prière et sans lequel notre prière ne serait pas valide. Il s’agit de la grande demande faite dans la sourate l’Ouverture : « Guide-nous sur la voie de rectitude »[8]

Moustaqîm[9] : Qui demande à s’exhausser, à se dresser droit, à se tenir vertical, qui exige la rectitude, orthodoxe, rectiligne, régulier, juste, exact, correct, direct, droit, intègre, etc

Pour dire quelques mots sur ce dérivé avant de revenir au verset 34 de sourate les femmes, je citerai cette sagesse du professeur Abdessalam Yassine, puisse Dieu l’accueillir dans Son infinie miséricorde : « El Istiqama Kheyroun Min Alfin Karamate » « Être régulier, persévérer sur la voie de la rectitude est meilleur que mille prodiges ! »[10]

La longueur de notre article ne nous permet plus d’aller plus loin dans les digressions. Je reviens donc sur le terme Qa Wwa Mun et je laisse libre ma plume dans les lignes qui suivent, m’affranchissant des carcans conceptuels contemporains. La question de la femme est un sujet hautement sensible. En effet, elle constitue le cheval de bataille de toute l’évolution d’une idéologie moderne au service du matérialisme. Que de ravages pour les familles ! Les repères ont été floutés intentionnellement. Les finalités du profit ne servent malheureusement pas toujours le bien-être de l’être humain, et certainement pas le bien-être intérieur. Ainsi, je lisais[11], par exemple, que la séparation d’un couple était positive pour la croissance économique puisque d’un foyer, un logement, une facture d’électricité etc, on passait à deux foyer, deux logements, deux factures d’électricité etc. Mais même sans cette information lugubre des coulisses de ceux qui façonnent le monde, le lecteur se rend bien compte qu’il est seul, dans ce monde moderne, à porter le souci de la réussite conjugale,  familiale, de l’éducation de ses enfants etc.

C’est tout l’intérêt du terme Qa Wwa Mun qui pointe du doigt le rôle et le devoir de l’homme au sein du couple. Il est comme ce pilier, droit, qui ne bouge pas quelque soit les épreuves traversées. Sa simple présence est rassurante. Sa sérénité, sa persévérance et son maintien permanent des principes d’épanouissement de l’ensemble de la famille permet à la femme de jouer son rôle pleinement. Ses atouts psychologiques et surtout son avantageuse capacité[12] à aimer lui donne toute la légitimité dans son rôle de Hafidiya (préservation et amour attentionné comme le jardinier qui prend soin de ses fleurs aux milles couleurs). La Hafidiyaexiste grâce à la Qi Wwa ma, n’en déplaise aux détracteurs et aux détractrices sans direction, errant sans but si ce n’est dissoudre le tissu familial… Ces particularités de l’un et de l’une ont été mises à découvert par la révélation divine. Tout le monde souhaite réussir ce qu’il entreprend, que dire alors de la vie de famille ! Cette révélation devient donc incontournable pour réunir les conditions de la réussite familiale. Une fois encore ce modèle est à construire ! Un homme sans consistance qui n’aurait que l’apparence de la qiwwama est à l’image d’un pilier en carton. Rien ne peut s’y poser. La femme à ses côtés développera, malgré elle, une manière d’être qui contredit son être spirituel.

Au sujet de cette responsabilité que Dieu a déchargé de la femme pour la faire porter à l’homme, malheureusement l’histoire musulmane témoigne de dérives dans cette compréhension et « la femme a été humiliée après avoir été honorée. […] elle a été humiliée et contrainte au silence par la tyrannie des hommes dans l’exercice de leur « degré » de responsabilité, dont ils avaient fait un « degré » de domination. »[13]

Je conclue, frustré mais conscient que le lecteur du XXIème siècle n’a plus la patience des longues lectures. « Ce « degré » que Dieu, exalté soit Son Nom, a accordé à l’homme sur la femme dans un texte explicite du Coran, fait en apparence pencher la balance en faveur de l’homme. Toutefois elle ne fait en réalité que l’alourdir d’une responsabilité supplémentaire, tout en allégeant la charge de la femme à qui la Loi divine délègue une immense responsabilité mise clairement en évidence dans les prescriptions relatives à la répartition des devoirs et des responsabilités entre l’homme et la femme. »[14]

On ne peut donc ni qualifier le rôle de la femme, ni la condamner en l’absence du pilier masculin. Un jour un prêcheur a dit : « Tu veux que ta femme soit comme notre mère Khadija (que Dieu l’agrée) ? Sois comme notre Prophète Muhammed (paix sur lui) ! » En l’absence de la qiwwama, c’est l’immunité ! C’est l’excuse valable qui sera opposé à l’homme par la femme au jour du jugement. C’est là tout le sens du lourd fardeau que nous devons porter, nous les hommes, avant de juger trop promptement l’éventuelle attitude désagréable de notre deuxième moitié. Puisse Dieu nous accorder une vie saine, dans une famille épanouie et source d’amour. De là émanera toute l’attitude à déployer dans la vie en société, mais c’est là un autre sujet que nous ne pourrons pas aborder.

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[1]GLOTON Maurice (que Dieu lui accorde Sa Miséricorde), Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, édition Al Bouraq, sept 2002, Beyrouth Liban. P638

[2]Idem

[3]Idem

[4]Il s’agit, malheureusement, de la traduction la plus répandue. Celle-ci, par exemple, est la première proposition faite en tapant les mots de recherche suivant « sourate les femmes verset 34 » sur le moteur de recherche le plus utilisé, google : www.islam-fr.com/coran/francais/sourate-4-an-nisa-les-femmes.html

[5]BERQUE Jacques, Le Coran, Essai de traduction, Albin Michel, Oct 2002, Sourate 4, Les Femmes, verset 34, p100. Ce qui est étonnant, c’est que l’auteur de cet essai de traduction n’était pas officiellement musulman. Il était certes croyant mais surtout amoureux de la langue arabe. Il ajoute d’ailleurs une note de fin de page à la traduction choisie « assumer » : sous-entendre : « la protection, les besoins des femmes ». […] Une lecture plus insistante de la partie de la sourate relative aux femmes est donc possible ; elle ferait grand cas de ce segment. P101

[6]Je ne peux pas citer ce mot sans apporter une clarification sinon mes propos ne seraient pas moins superficiels et dépourvus de méthodologie que d’autres qui foisonnent dans les prêches à la mosquée ou sur le web. En effet, quand un prêcheur nous dit, sur sa chaire, le visage empourpré, le regard sévère, parfois les larmes aux yeux : « Il faut construire! Il faut s’unir ! Il faut ! Il faut ! » Quelle frustration pour l’auditoire quand le prêcheur semble se libérer de sa charge et de sa responsabilité en balançant ces mots magiques sans aucune portée méthodologique ! Pourquoi s’unir ? Comment s’unir ? Sont autant de questions laissées dans le flou. Pourtant la modernité s’est beaucoup attelée à la question de méthode de changement, notamment dans le cadre des grandes entreprises et de la croissance. Ainsi, il est très à la mode, aujourd’hui, de parler des TOC. Les grands éléments d’un TOC étant : – L’ultime changement, – Les différents changements pour y arriver, – L’explicitation des hypothèses et des valeurs sous-tendant le raisonnement et – Préciser l’articulation entre le raisonnement et l’intervention. (Source IESI, module « le changement de paradigme », professeur Clarinval François). Quand je conseille donc de nous tourner vers le modèle prophétique il s’agit en réalité d’une invitation à emprunter sa voie (paix sur lui) de manière complète (spiritualité et engagement dans la société, la communauté et l’humanité) à travers une éducation éprouvée, constante et vivante à travers les siècles. Ainsi, ce n’est pas seulement la raison qui se confronte aux difficultés de compréhension des Révélations du Coran mais c’est l’être spirituel tout entier qui réceptionne la révélation, par le cœur et par l’esprit. Cet article n’a lieu d’être qu’au sein de ce site (psm-enligne.org) au sein duquel l’internaute trouvera le complément du cadre et du référentiel méthodologique nécessaire permettant à ces mots de se poser sereinement et invitant à un changement global plus qu’à une joute intellectuelle sur des raisonnements que la communauté musulmane traînent dans ses bagages depuis trop longtemps.

[7]Alors que j’écris cet article, mes promenades sur le net pour y voir ce qui s’y dit au sujet de ce verset me laissent pantois. Je pense notamment à la fin du verset dont la traduction la plus répandue est la suivante : « Alors frappez-les » parlant des femmes rebelles. Ma réflexion et donc mon explication de cette partie ne se trouvera pas au sein de cet article. Nous ne pouvons pas tout traiter c’est la raison pour laquelle je me lance sur toute une rubrique d’articles qui, j’espère, trouvera écho ne serait-ce que chez une personne attentive et patiente. Elle aura justifié mes heures passées à lire et à écrire, demain, devant Le Tout Puissant. En attendant, l’article que j’ai trouvé le plus intéressant (mais pas forcément le plus convaincant) sur cette question et afin de ne pas laisser le lecteur sur sa faim est celui-ci : http://musulmane.com/le-coran-ordonne-t-il-de-frapper-la-femme-par-le-frre-malik/ Il a l’avantage d’éclairer l’approche du verset à travers l’ensemble des enseignements du Prophète (paix sur lui). Vous l’avez compris, cette question n’a pas fini d’être traitée. Déjà, au sein des élèves de l’iesi, un échange fourni se prépare autour de la question de la qiwama (terme qui intéresse notre article présent) et de la hafidiya, notions qui découlent de ce verset et desquels la méconnaissance explique « bon nombre de dysfonctionnements dans la famille et donc dans la société » (Siham Lamti, élève de l’iesi et auteure d’articles psm).

[8]BERQUE Jacques, Le Coran, Essai de traduction, Albin Michel, Oct 2002, Sourate 1, verset 6, p24

[9]GLOTON Maurice (que Dieu lui accorde Sa Miséricorde), Une approche du Coran par la grammaire et le lexique, édition Al Bouraq, sept 2002, Beyrouth Liban. P639

[10]Les prodiges font allusions à ces encouragements divins à travers des rêves pieux ou des signes qui sortent de l’ordinaire et dont certains disciples soufis raffolent comme un enfant raffolerait de friandises. Il est bon de rappeler que si les prodiges existent, ils ne sont qu’un encouragement à poursuivre ses efforts. Ainsi dit-on, au sujet des rêves pieux, qu’ils t’encouragent mais qu’ils ne te plongent pas dans l’illusion !

[11]Malheureusement je n’ai plus la référence du livre en tête. Il me coûte de devoir emprunter une information sans exprimer ma reconnaissance envers son auteur quelque soit son opinion et le citer est pour moi une reconnaissance. Le Prophète (paix sur lui) ne dit-il pas : « Quiconque n’est pas reconnaissant envers les hommes ne l’est pas envers Dieu » (Boukhari, Ahmad, Abu Dawud).

[12]Dieu lui a donné l’insigne honneur de porter la vie en elle. La relation avec Dieu est avant tout une relation d’amour. (« Et pourtant il s’en trouve parmi les hommes pour, en place de Dieu, adopter de Ses égaux (prétendus) et les aimer d’un même amour… – (Non!) ceux qui croient aiment Dieu intensément! » Sourate 2 verset 165, trad Jacques Berque) Et la femme possède indiscutablement un avantage certain dans ce domaine.

[13]YASSINE Abdessalam. Femmes Musulmanes, Traité sur la Voie. Tome 2. Traduction de Nadia Yassine. Alter Editions. Août 2013, Paris. P49

[14]Idem. P50. Le degré dont il est fait référence renvoie au verset 228 de la sourate 2. Il rejoint, toutefois, pleinement le sujet de notre article.

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