L’épreuve de l’adolescence

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« TA, SÎN, MÎM,
Ce sont là des Signes de l’Ecrit explicite,
Peut-être te morfonds-tu qu’ils ne soient jamais des croyants,
Si Nous voulions, Nous ferions contre eux descendre du ciel un signe dont leur col demeurerait subjugué. »[1]

Dans cet article je vous livre une réflexion qui aura pour objectif essentiel d’apaiser un peu le cœur d’une mère ou d’un père confronté aux épreuves de l’adolescence. L’objectif suivant est de chercher l’énergie qui nous permettrait d’accompagner cet enfant en souffrance plutôt que de focaliser sur la propre souffrance de l’accompagnateur. Cet article ne se veut pas un développement nanti de psychologie qui donnerait bonne conscience à tous, mais il s’agit d’une méditation au cœur d’un processus de cheminement qui s’expose au rayonnement apaisant du Coran… Il ne s’agit pas de dévaloriser le formidable apport des sciences humaines dans les relations au quotidien mais plutôt de prendre conscience des limites qu’elles comportent intrinsèquement dans la mesure où elles sont nées exclusivement dans le giron d’une idéologie coupée de Dieu et d’une définition de l’homme circonscrite à sa partie matérielle. C’est donc autour de ces versets de Dieu cités en introduction que mon développement se fera.

« TA, SÎN, MÎM, »

Avez-vous remarqué avec quelle subtilité Dieu S’adresse à l’homme ? Trois lettres de l’alphabet, aucun sens qui ne fasse l’unanimité pour la raison. Les sourates du Coran introduites par des lettres isolées qu’on appelle les lettres liminaires sont toujours suivies par un verset qui pointe du doigt une caractéristique du Livre, ou des versets, ou des paroles de Dieu. Elles sont là, pour certains, pour montrer le miracle de ces versets qui ne sont pourtant composés que de lettres. Pour d’autres, il s’agissait d’interpeler l’esprit arabe qui n’avait pas l’habitude d’entendre cette manière de parler, cela piquait d’emblée sa curiosité et permettait d’avoir toute son attention pour la suite. Une manière de dire aussi que dans ces versets la raison n’est pas seule concernée, mais le cœur a toute sa place pour découvrir le sens de son existence. Trois lettres, dont l’écoute te plonge dans ta vie intérieure, à ta place, pour mieux saisir l’ampleur de Celui qui S’adresse à toi.

Pourquoi parler de l’adolescence ? Parce que celui ou celle, qui comme moi, a des enfants qui grandissent au sein de cette société, sait la souffrance que peut représenter de voir son enfant trébucher, dériver, s’éloigner… Tout petit, il était sur nos genoux, nous le connaissions par cœur, nous savions exactement de quoi il avait besoin. Aujourd’hui nous nous demandons ce qu’il pense, ce qu’il veut, de quoi il a besoin. Parfois même nous avons l’impression qu’il s’agit d’un étranger. On veut pour lui ou pour elle (mais est-ce vraiment le cas ?) un modèle de parcours, les meilleures études, le meilleur comportement, la plus belle foi… Mais commençons par le début.

Le modèle

« Ce sont là des Signes de l’Ecrit explicite, »

Dieu nous rappelle Ses signes dans le verset suivant.  Ils ne sont pas descendus seuls mais ils se sont matérialisés dans le comportement du Prophète (paix sur lui).

« Le comportement du Prophète Mohammad (paix sur lui), c’était le Coran », paroles rapportées par notre mère Aïcha (que Dieu l’agrée). En quelque sorte, les versets du Coran récités par un prophète les intériorisant et les appliquant avec perfection ne suffisaient pas toujours à avoir raison de l’entêtement de certains.

Son adolescent, on a beau lui faire un bourrage de crâne, un sermon qui dure une journée entière, pour lui montrer le danger de telle ou telle attitude, les risques de telle ou telle fréquentation, il est d’autant plus probable que cela puisse ne pas avoir d’effet sur lui. Pourquoi ? Il faut déjà se demander si nous sommes cohérents avec ce que nous lui demandons. L’adolescent voit tout de suite les contradictions et c’est pour lui autant de justifications pour ses propres expériences. Il faut donc prendre conscience que pour mettre toutes les chances de son côté afin d’accompagner un adolescent c’est aussi et avant tout être dans un processus continu d’éducation avec ses frères ou ses sœurs. Bien entendu que nous sommes faibles mais accepter cet état fataliste comme nous y encourage parfois la psychologie n’est pas l’attitude du Prophète modèle pour nous (paix sur lui).

Ces signes de Dieu étaient donc doublement explicites à la fois dans leur simple énonciation mais aussi dans la matérialisation du modèle prophétique. Disparaître face à des épreuves terribles vécues avec son ou ses adolescents n’est donc pas la solution pour trouver les moyens d’y remédier.

La culpabilité

« Peut-être te morfonds-tu qu’ils ne soient jamais des croyants, »

Derrière le mot traduit par ‘croyant’ il y a tout un modèle épanoui de vie équilibrée, en harmonie avec Dieu, Sa création, sa propre personne. C’est ainsi que le Prophète (paix sur lui) disait : « L’imane (la foi) comporte plus de soixante-dix affluents, le plus élevé étant l’affirmation qu’il n’y a point de divinité si ce n’est Dieu, le plus immédiat étant d’enlever la nuisance du chemin et la pudeur fait partie des affluents de l’imane ».[2]

Être musulman c’est pratiquer un ensemble de rites mais ça ne garantit en rien la sincérité de la personne. Il se conforme, bon gré, mal gré, à une attitude. C’est toute la superficialité de la vie que nous offre notre société actuelle. Ma fille qui a passé une journée au bureau de la vie scolaire de son lycée a été frappée par les propos méprisants d’un responsable pédagogique qui, quelques minutes plus tôt, affichait vis-à-vis de la personne concernée l’image d’un responsable respectueux. Tu as le droit de mépriser l’homme, tu as le droit de vouloir le mal pour ton prochain, tu as le droit de ne penser qu’à toi, tant que les apparences sont sauves. Le domaine de la vie intérieure est un jardin abandonné, or toute la violence contenue à l’intérieur de notre société part de cette vie intérieure…

C’est tout le modèle extérieur et intérieur auquel ce verset fait référence. Mais ce que Dieu met en lumière dans ce verset c’est la tristesse du Prophète (paix sur lui) à ne pas pouvoir libérer l’homme de ses entraves. Il a peur pour la destinée de cet homme, il s’inquiète, il se torture l’esprit, il culpabilise de ne pouvoir rien faire.

Cher père, chère mère, ressens-tu cela quand ton enfant se détourne de tes précieux conseils ? Ta poitrine se serre-t-elle lorsque tu apprends brusquement que ton enfant a dérivé loin de ce chemin tranquille dans lequel tu pensais qu’il se trouvait ? Ton horizon s’assombrit-il après l’appel du commissaire pour venir chercher ton garçon ? Qu’est-ce que j’ai raté ? Qu’est-ce que je n’ai pas fait ? Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Te tortures-tu l’esprit toute la nuit en te disant : Que se passe-t-il ? Ou pire, cette idée te traverse-t-elle : « Pourquoi ai-je fait des enfants pour devoir supporter leur souffrance, pour m’attrister de leur errance ? »

Sache alors que le Prophète (paix sur lui) a supporté cela pour toute l’humanité.

Un jour le Prophète (paix sur lui) récita cette Parole de Dieu au sujet d’Abraham : « Ô mon Seigneur ! Elles (les idoles) ont égaré beaucoup de gens. Quiconque me suit est des miens. Quant à celui qui me désobéit … c’est Toi, le Pardonneur, le Très Miséricordieux ». (S.14, 36) et cette autre au sujet de Jésus : « Si tu les châties, ils sont Tes serviteurs. Et si Tu leur pardonnes, c’est Toi le Puissant, le Sage ». (S.5, 118). Quand il termina la récitation de ces versets, il leva ses mains et dit : « Ma Communauté ! Ma Communauté ! » Après quoi, il pleura. Selon certaines interprétations la communauté du Prophète Mohammed (paix sur lui) est constituée de toute l’humanité de son vivant jusqu’à la fin des temps à l’exclusion de celui qui en sera sorti explicitement par son refus et avec son dernier souffle.

La pédagogie divine

« Si Nous voulions, Nous ferions contre eux descendre du ciel un signe dont leur col demeurerait subjugué. »

Chère sœur, cher frère, Dieu nous a confié des enfants que nous devons accompagner de notre mieux. Ce ne sont pas nos créatures mais celles de Dieu[3]. Ils sont un dépôt chez nous. Quelle loi a décrété que les enfants devaient être les copies des parents ? Si cela était vrai, le fils de Noé (paix sur lui) aurait suivi son père dans l’arche. Il faut plutôt essayer de les accompagner dans les difficultés et ne jamais baisser les bras, ne jamais cesser de les aimer, ne jamais cesser de les conseiller. Quand ils ont commis une erreur ils ont aussi eu cent attentions positives. Fi ! de ce que peuvent penser les autres, le chemin que Dieu choisit pour eux est forcément une voie bénéfique qui contribuera à les construire. Si tu cherches malgré tout à forcer l’apparence, à sauver l’image que tu te fais de l’enfant modèle, tu t’exposes à des dérèglements dangereux à l’intérieur de ce futur adulte.

Dieu ne dit-Il pas Nous ferions « contre eux » descendre du ciel un signe ou un prodige selon certaines traductions. Faire descendre un signe ne leur rendra donc pas service, court-circuiter le chemin que Dieu veut pour Ses créatures et qu’Il a minutieusement préparé ferait perdre en route certaines vertus essentielles pour le croyant. Là où tu vois un mal il y a un bien. Efforce-toi d’expliquer les choses avec douceur. Combien de personnes ayant eu une adolescence difficile ont été apparemment préservées, enfermées, frappées, humiliées, détruites par leur propre famille. Mais les apparences étaient sauves ! Cette fille n’a pas dévié, ce garçon n’a pas commis de fautes. Le mal est fait, cette personne aurait pu s’en tirer avec tellement moins de séquelles en étant accompagnée avec douceur ! La douceur n’est pas laxisme, elle n’est pas non plus contradictoire avec la fermeté, mais jamais la violence, non jamais, qu’elle soit physique ou verbale. Ne dévalorise jamais ton enfant.

Enfin, l’adolescence est la période dans laquelle il faut beaucoup communiquer, lever les tabous et ne laisser aucune zone d’ombre, car c’est de là que les pires erreurs peuvent se commettre dans le silence général. Il faut se méfier des longues périodes de silence et venir sans cesse vers son adolescent, qualité et quantité sont de mises. Il faut s’armer de patience et invoquer Dieu en leur faveur quotidiennement. L’invocation de la mère, l’invocation du père, c’est autant de soulagements dans le parcours de notre enfant. Puisse Dieu les préserver de tout mal, puisse Dieu faire de nos enfants des modèles pour les générations à venir. Amine.


[1]BERQUE Jacques, Le Coran, Essai de traduction, éditions Albin Michel, 2002, (sourate Les Poêtes, verset 1 à 5) P 389.

[2]Rapporté par Boukhari et Muslim (puisse Dieu leur accorder Son infinie miséricorde). Ce précieux hadith est passé par ces grands hommes, sans eux nous aurions perdu une richesse inestimable pour l’humanité…

[3]Je dois cette phrase à un grand homme que j’ai rencontré et qui se reconnaîtra. Puisse Dieu lui accorder la plus grande récompense pour son accompagnement et sa bienveillance vis-à-vis de ses frères et sœurs.

2 Commentaires

  1. salam aleykoum
    qu ALLAH te récompense pour cette réflexion et ces conseils
    J ai des enfants qui sont adolescents .
    nous avons essayé la discussion ,les conseils ,la douceur mais parfois rien ne sert;ils sont de mauvaises foi,toujours raison;tout ce qu on dit est contre eux;on dirait que nous parents ,nous sommes leurs ennemis.
    et ils nous poussent à être dur ,sévère car ils désobéissent à Dieu ,le tres haut.
    Nous sommes responsables devant ALLAH.
    il est difficile d avoir la bonne attitude
    ils nous restent plus que les invocations et on espère qu avec la maturité ,ils comprennent

  2. Merci pour ce bel article

    Il y a parfois aussi une sœur qui souffre pour son frère qui se perd dans cette vie, un frère pour sa sœur, une tante pour son neveu ou sa nièce etc…

    Avoir les bons gestes, les bons outils pour accompagner quelqu’un qui dévie n’est pas facile et j’ai même l’impression que l’on ne veut pas en parler ni écrire sur ces sujets là alors que nous en avons fortement besoin!

    Que Dieu nous guide et guide veux que nous aimons.

    Amine

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