Mieux comprendre la Naturopathie

Interview sur Radio Orient, le mercredi 5 février 2014, avec Mr Azais Khalsi, Naturopathe et Micronutritionniste.

Qu’est-ce que la naturopathie ?

La médecine holistique est née aux États-Unis à la fin du 19ème siècle, cette médecine non conventionnelle telle qu’elle est appelé aujourd’hui naturopathie vient de deux mots : nature and path (le chemin), ceci afin d’illustrer le fait que la Santé ne peut se concevoir qu’en suivant le chemin de la nature. C’est-à-dire revenir à sa propre nature.

Voici quelques définitions officielles :

LA NATUROPATHIE, fondée sur le respect des lois de la nature, est la science de la nutrition naturelle, l’art de promouvoir la santé et de prévenir la maladie en éliminant ses causes. La naturopathie, c’est aussi une école de santé qui se singularise par sa philosophie de la prévention, son évaluation de la santé, sa conception positive de la personne, sa science de la causalité des maladies reposant primordialement sur la nutrition, son étiologie fondée sur l’observation des lois biologiques, son interprétation de la maladie comme une perturbation du milieu intérieur et de l’équilibre humoral, sa notion de toxémie, l’attention qu’elle porte à la morbidité fonctionnelle, l’enseignement qu’elle fait de l’hygiène et de la sanitation, le respect qu’elle voue à la nature, l’accent qu’elle met sur l’immunité naturelle et la prophylaxie, son combat contre toutes les formes de pollution et, enfin, par son activité ayant pour objectif d’améliorer la santé de toute la population par l’enseignement des principes d’hygiène de vie.

LA NATUROPATHIE est une hygiène et une médecine naturelle qui fait merveille dans les maladies chroniques; médecine éternelle (…) non violente, elle est avant tout une hygiène, un mode de vie et d’alimentation corrects, seuls moyens de maintenir la santé de l’homme sain et de restaurer celle du malade chronique. Ses trois postulats sont le vitalisme, l’humorisme et le causalisme. (Robert Masson, « Soignez-vous par la nature », éd. Albin Michel 1977).  

Quel est le rôle du naturopathe

L’objectif de la naturopathie est de comprendre le fonctionnement de l’organisme et les véritables causes de la maladie. Une fois ces causes déterminées, le naturopathe pourra intervenir afin de rééquilibrer le « terrain » et rétablir l’état de santé.

« On ne tombe pas malade, on le devient : devenir malade est prévisible. »

Le naturopathe fait œuvre d’esprit de synthèse : il ne se contente pas uniquement d’observer l’homme « malade » ou l’organe qui souffre, mais il prend en compte le contexte général dans lequel vit l’individu dans une vision globale. Il écoute et comprend le corps afin de proposer une solution réelle et adaptée. Par son bilan de vitalité, il va apprécier la force vitale de l’individu, vérifier les rapports de puissance de ses organes, la nature de ses surcharges métaboliques et les voies d’élimination les plus appropriées ainsi que les conditions de vie.

Chaque fois que les rapports de l’homme et de son milieu sont perturbés, l’état de santéest menacé. C’est l’harmonie de l’ensemble des fonctions qui permet de garder la santé. Les conditions d’un individu à un autre sont différentes, ce qui explique que tous les individus ne développent pas les mêmes maladies, chacun ayant un « terrain » particulier, plus ou moins favorable à certaines pathologies.

Il intervient à plusieurs niveaux. En prévention, il donne des conseils d’hygiène de vie qui permettent à son client de gérer sa santé. Chaque individu possède un capital santé qui lui permet, dans certains cas, de s’autoguérir. Par exemple, une plaie va se cicatriser. Le naturopathe va consolider cette force d’autoguérison pour permettre à son client de renforcer son système de défenses. Le naturopathe peut également accompagner des malades suivis par le corps médical. Travaillant en complémentarité, le naturopathe respecte les préconisations du médecin. Il agit sur le terrain du client et personnalise ses conseils en fonction de ses particularités

La naturopathie semble se distinguer de la médecine allopathique, même si elles poursuivent toutes deux le même but, à savoir le bien-être du patient.

En naturopathie, l’étude de la biologie et de la chimie du corps humain est très importante. La biologie comprend l’ensemble des sciences de la vie : physiologie, pathologie, microbiologie, morphologie, anthropologie, écologie, cosmologie… La biologie en naturopathie ne s’arrête pas à l’étude scientifique, l’étude en laboratoire, mais elle va au-delà et s’interroge sur la vie elle-même : son origine, ses conditions d’existence, son influence sur la matière, sa finalité.

Le naturopathe est-il un médecin ?

Non, le naturopathe n’est pas médecin. Il n’établit pas de diagnostic et ne prescrit aucun traitement. C’est un praticien de santé. Il collabore avec les autres types de médecines comme la médecine allopathique ou homéopathique.

Comment le naturopathe définit la Santé ?

Selon la définition retenue depuis 1946 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé, c’est l’« état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ». En naturopathie, comme l’a retenu la fédération française de naturopathie (FENAHMAN), la santé est appréhendée autrement : « fondée sur le principe d’énergie vitale de l’organisme, la naturopathie rassemble les pratiques issues de la tradition occidentale et repose sur dix agents naturels de santé. Elle vise à préserver et à optimiser la santé globale de l’individu, sa qualité de vie, ainsi qu’à permettre à l’organisme de s’auto-régénérer par des moyens naturels ».

Vous travaillez de façon naturelle avec toutefois une sensibilité pour différentes médecines. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Le naturopathe est un chercheur dans le domaine des médecines non conventionnelles. Il ne s’arrête pas à l’utilisation des plantes uniquement, mais sa vision est globale puisqu’il reste attentif aux différentes méthodes qui peuvent être utiles. C’est ainsi que le naturopathe tiendra compte de l’hygiène nutritionnelle (alimentation et diététique : nutrition, diététique, cures saisonnières…), de l’hygiène comportementale (psychologie : gestion du stress et des émotions, relaxation, relation d’aide, sophrologie…), de l’hygiène musculaire et émonctorielle (exercices physiques : culture physique, gymnastique douce, stretching…).

Il devra se spécialiser dans les différentes approches thérapeutiques traditionnelle, telles que la MTC, la médecine ayurvédique et la Médecine arabo-islamique, la médecine quantique, etc….

Il proposera alors un accompagnement en recourant à un ensemble de techniques manuelles, respiratoires, phytothérapiques, aromathérapies, etc. La vision globale qu’il porte sur la maladie et le malade lui permet d’adapter ces différentes techniques selon l’état de santé et l’évolution de cet état de l’individu.

La naturopathie est une médecine non conventionnelle qui a pour objectif de permettre à tout à chacun de rester en bonne santé et de se sentir en bonne santé par des méthodes naturelles.

Comment se déroule une visite chez le naturopathe ?

Le naturopathe procède à l’anamnèse de son client pour connaître ses antécédents de santé et son état actuel et ainsi mieux cerner le motif de sa visite. À partir d’observables physiques, le visage, les mains, les yeux…, le naturopathe va estimer le capital santé. Il va prendre en considération la manière de fonctionner et le mode de vie de son client pour adapter ses conseils. Son approche est globale et intègre tous les paramètres d’un individu : physiques, psychologiques, sociologiques… Une visite dure environ 1h30, pour les premières, puis 1h.

Quels outils utilise-t-il ?

Le naturopathe ne prescrit aucun médicament. Il établit un programme d’hygiène de vie qui intègre des conseils en alimentation (préconisations individualisées), hydrologie, relaxation si nécessaire. Il peut conseiller certains exercices physiques et/ou de respiration. Il peut aussi suggérer des compléments alimentaires, plantes, oligo-éléments, vitamines…

Le naturopathe peut le cas échéant proposer une pratique réflexologique (réflexologie plantaire ou nasale, auriculothérapie). 

A quels types de problématique peut-il répondre ?

Le naturopathe accompagne l’individu à toutes les étapes de sa vie. Il apporte des réponses concrètes à de nombreux inconforts de la vie qui ont tendance à s’installer dans la durée. Les pathologies lourdes et les états lésionnels sont du ressort des médecins. Le naturopathe peut soutenir en accompagnement la force vitale du client et lui permettre notamment de mieux supporter ses traitements. 

Qu’est-ce que pour vous, manger halal ?

Sans entrer dans le débat jurisprudentielle auquel d’autre plus spécialiste que moi pourront mieux le faire, je souhaiterai faire un pont entre « manger halal » et « manger sainement ».

Car avouons-le, ce qui se cache derrière cette notion de manger halal c’est la qualité des aliments et le bien-être que cela peut nous procurer et la santé que nous souhaiterions préserver.

À ce titre revenons sur la définition du terme « saine » en référence à une alimentation saine. On trouve parmi les nombreuses définitions du dictionnaire, celle-ci : « D’une manière raisonnable et normale »

Si vous le permettez, je souhaiterai rappeler cette noble parole du prophète Mohammed, paix et salut sur lui, sur la mesure alimentaire, comment un homme a pu poser les fondements de la nutrition santé, il y a 14 siècles : « L’homme n’a pas à remplir de vase plus malencontreux que son ventre. De petites bouchées suffisent à le maintenir robuste. Si ce peu ne devait convenir alors la règle suivante sera à appliquer : un tiers pour le manger, un tiers pour le boire, un tiers pour respirer. Ceci est une des voies qui sauvegardent la santé »

Car au-delà de la partie mercantile que nous connaissons, la mesure doit être le but de tout être doué de raison. Voici ce que disait un homme de Dieu sur l’intérêt de garder la santé : « La vie terrestre est une étape du voyage vers Dieu, et le corps en est le véhicule. En tant que tel, il incombe au voyageur de maintenir le corps en un état optimum, pour que le malaise et la douleur ne détournent l’attention de la concentration vers le but. »

Le rôle du naturopathe : il est préventif avant toute chose. Son principal objectif sera de comprendre les grands mécanismes du corps humain et les spécificités de chacun quant à son terrain, en donnant un conseil individualisé sur l’alimentation, l’hygiène de vie et la gestion des facteurs émotionnels.

Qu’est-ce que la « hijama » ?

La hijama ou cupping thérapie ou « thérapie par les ventouses » est une thérapie connue depuis l’antiquité. Toutes les médecines traditionnelles la pratiquent à sa façon depuis la médecine ayurvédique, chinoise et arabo-islamique. Il est important de souligner que cette technique est un outil utile et utilisé par les médecines non conventionnelles, mais elle s’inscrit dans le cadre d’une démarche globale et non spécifique. Pour information, cette technique ne représente que 10% de sa pratique dans la médecine arabo-islamique, comme l’acupuncture pour la médecine chinoise.

Il ne faut pas confondre outil et démarche globale. Par rapport à votre question sur le fait que beaucoup proposent ce type de démarche sans connaissance préalable de l’anatomie et de la physiopathologie. Je vous répondrai par un discours bienveillant, cette démarche partant d’une bonne intention doit s’inscrire dans une expertise globale et non spécifique.

Il faut étudier et être à l’honneur de ce que nous recommande l’islam, l’étude de la science dans sa profondeur et sa globalité est primordiale afin de proposer une approche digne de ce que nous proposaient nos savants prédécesseurs il y a quelques siècles.

La médecine prophétique est une expression composée de deux mots : médecine et prophétique.

Je laisse le soin à chacun de prendre les deux mots distinctement afin d’en chercher la définition et d’en comprendre l’importance.

Je terminerai par cette lumineuse parole du Prophète Mohammed, paix et salut sur lui : « Quiconque s’adonne à la médecine sans en connaître les enseignements assumera l’entière responsabilité des conséquences fâcheuses de ses actes »[1]

Peut-on remplacer un médicament par une plante ?

On ne remplace jamais un médicament par une plante sans une expertise en phytochimie. Certains compléments alimentaires sont reconnus scientifiquement comme des phyto-médicaments, mais la connaissance en phytothérapie et en chimie est importante afin d’éviter tout accident. De plus ce genre de pratique doit être fait en accord avec le médecin traitant de la personne qui vient consulter le naturopathe. Enfin tout ne se remplace pas comme on le voit écrit partout, on parle d’accompagnement et non de substitution.

Vous êtes micro-nutritionniste, pouvez-vous nous dire ce qu’est la micro-nutrition ?

Je suis diplômé de troisième cycle en micro-nutrition. La micro-nutrition consiste à satisfaire les besoins en micronutriments de l’individu, par une alimentation diversifiée, associée si nécessaire à une complémentation personnalisée. Elle trouve ses fondements dans les recherches effectuées sur les liens avérés entre alimentation, santé et prévention.

Cette discipline s’intéresse à l’impact des micronutriments sur la santé et vise à optimiser le statut en micronutriments de l’organisme de manière individualisée. Elle choisit donc de regarder les précieuses molécules qui se trouvent dans notre assiette et la façon dont notre organisme les utilise. Elle prend toute sa dimension aujourd’hui avec une alimentation qui se caractérise par l’augmentation de l’apport calorique au détriment de la densité en micronutriments. C’est ce qu’on appelle d’ailleurs « les calories vides ».

Chacun être est unique : nous n’avons pas le même métabolisme, ni les mêmes besoins. Il faut partir de l’individu et de son état de santé, et pas seulement de son assiette. Il est intéressant d’adapter l’alimentation d’un individu à son profil personnel. Une alimentation, même équilibrée, peut ne pas répondre de manière adaptée aux besoins spécifiques d’un individu.

Je souhaiterai terminer par une étude de chercheurs qui se sont posés cette question : « Mais qu’est-ce qui provoque la guérison, oui, quelle démarche améliore le mieux ? » : l’allopathie, l’homéopathie, la psychanalyse, la thérapie généalogique, etc… ?

Le résultat était surprenant, la meilleure thérapie, la plus efficace, la plus durable, la plus profonde… : la relation.

La qualité de la relation. Relation entre patient et thérapeute, relation qui permet une autre relation, celle qui est entre conscient et inconscient, entre problème et ressource, entre passé et futur.

Mais qu’est-ce qu’une relation de qualité ?

C’est une relation intense, émotionnelle et confiante avec une personne aidante, empathique. Un thérapeute qui explique le modèle théorique qu’il utilise et qui permet au patient d’intégrer ces nouvelles conceptions. Un thérapeute qui éveille l’espoir en faisant expérimenter une amélioration. Et surtout, un thérapeute expérimenté, en perpétuel quête du savoir qui expérimente sur lui-même, qui sait de quoi il parle avant de proposer ou d’accompagner.

Le thérapeute est comme un jardinier, il met en place les conditions optimales afin de permettre germination, floraison, fructification ; arrosage, élagage, travail du sol sont ses tâches. Mais en aucun cas il ne se prend pour le Soleil ou la Pluie ! Pas plus ne se prend-il pour le responsable du vent, de la pollinisation, de la croissance. Il bine et, si cela est le moment, cela pousse, cela donne ce que peut donner : fruits, fleurs, graines, ombrage, parfums…

Cette humilité nous éloigne de l’orgueil et de cette tension à devoir tout guérir, guérir tout ce qui bouge. En effet, croire et faire croire à la guérison à tous les coups, par notre fait, est un délit répréhensible et réprimé par les lois HUMAINES, car ce n’est pas du tout humain.

Ceci dit, je laisse le soin à une réflexion sur l’expression « Médecine Prophétique » où le terme Prophétique nous lie à Dieu et tout ce qui se cache derrière ce « LIEN », sans oublier le lien avec notre noble Prophète Mohamed, paix et salut sur lui.

 


[1] Hadith bon rapporté par Abu Dawud, Ibn Majah et d’autres, cité par cheikh Al-albani dans As-sahiha(635)

 

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