Histoire du jeûne (1/2)

« Ô vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit tout comme il a été prescrit à ceux qui vous ont devancés, afin que vous adoptiez la piété. »[1]

Le jeûne n’est pas une invention des temps modernes. Depuis des milliers d’années, le jeûne se pratique dans les religions et les cultures de tous les continents. A ses origines, le jeûne servait en général à des fins métaphysiques : la purification de l’âme, la pénitence, la dépuration, l’éclaircissement spirituel ou la rédemption sont le noyau du jeûne rituel ou religieux.

Sa pratique signifiait la renonciation totale ou partielle tant aux aliments qu’aux boissons. Aussi, le mot allemand fasten (jeûner) trouve son origine dans le mot gothique “fastan” qui signifie aussi bien s’en remettre, observer que veiller. Le renoncement volontaire est propre au jeûne, le contraire serait souffrir de faim.

Le jeûne, une tradition dans les religions et civilisations

Le jeûne constitue généralement une partie importante de la pratique religieuse. Dans les différentes civilisations, on retrouve beaucoup de règles relatives à l’alimentation et qui prescrivent aux croyants un renoncement, limité dans le temps, aux aliments.

Dans l’hindouisme, en plus du devoir de manger des repas sains et purs, se priver de la nourriture est aussi exigé. Dans le jaïnisme hindou, fondé au VIème siècle avant JC, l’âme doit se purifier par le jeûne et la méditation.  Le jeûne joue un rôle important dans le bouddhisme aussi. Le fondateur religieux Siddhârta utilisa le jeûne comme voie pour atteindre l’illumination et devenait ainsi le Bouddha (l’Illuminé). À l’inverse du jaïnisme, le bouddhisme garde l’équilibre entre le plaisir et l’ascétisme. Des jeûnes précèdent des intronisations, des adoubements de chevalerie, des initiations tibétaines, indiennes, égyptiennes bien sûr, celtes, mayas; on retrouve des traces évidentes dans la Bible et aussi dans la pensée indienne.

Au Japon, dans le shintoïsme, le jeûne sert  à se purifier intérieurement durant la préparation des actes de culte.

Les Hounza, un peuple des confins des hautes vallées de l’Himalaya central vivant pratiquement isolé du reste du monde, n’avait pas toujours de quoi nourrir ses habitants pendant toute l’année, et en attendant que l’orge soit mûre, il jeûnait pendant des semaines tout en travaillant, Il ne connaissait pas la maladie et la vie quotidienne des Hounza n’obéissait qu’à des principes naturels.

L’Islam aussi connaît le jeûne religieux. Au VIIème après JC, le Coran s’est révélé à Mohammed, paix et salut sur lui, après un jeûne. Actuellement, le mois de jeûne du Ramadan (qui signifie retrouver la paix en soi-même) rappelle ce fait. C’est ainsi que le croyant démontre à Dieu son dévouement mais aussi la discipline et la conscience dans la foi. Le jeûne comme l’aumône représentent deux des cinq grands piliers de l’Islam. À ceux-ci s’ajoutent la prière, la profession de foi et le pèlerinage.

En Occident, le jeûne est également un élément essentiel de la pratique religieuse. Dans la Grèce Antique, le jeûne était rituellement pratiqué pendant les mystères éleusiniens en honneur à Déméter, dieu de la fertilité. Nous savons que Sénèque et Cicéron renoncèrent aux aliments afin d’augmenter leurs rendements intellectuels.

Le jeûne est profondément enraciné dans le milieu judéo-chrétien. Moïse a jeûné pendant quarante jours sur le Mont Sinaï. Pednant quarante jours,  Jésus jeûna et pria dans le désert. Durant la période de jeûne avant Pâques, les chrétiens se rappellent la passion du Christ. Les prêtres de l’Église mettent en évidence les effets favorables du jeûne sur le corps et l’âme. C’est aussi à ce moment-là que l’être humain s’ouvre à ses semblables. La charité fait partie de la tradition chrétienne pendant le jeûne. Ce que le jeûneur aurait dépensé ce jour-là pour sa nourriture devrait être offert aux pauvres. Cependant, il est fréquent qu’une autre facette du jeûne soit la mortification du corps. De cette manière, l’homme prétend réprimer son appétit et devenir plus humble.

Dans le judaïsme, le jeûne s’étale sur six jours répartis tout au long de l’année. Le plus connu et important est Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon. Dans l’Eglise orthodoxe, l’on observe quatre périodes de jeûne durant plusieurs semaines échelonnées sur l’année. Ce n’est que dans les dernières décennies que les chrétiens évangéliques ont redécouvert le jeûne comme expérience spirituelle volontaire.

Médecins et guérisseurs étudient le jeûne

Parallèlement au jeûne religieux, les effets du jeûne médical ont aussi fait l’objet d’études.

Les êtres humains et les animaux partagent la même prédisposition physiologique au jeûne. Depuis très longtemps, des médecins et guérisseurs en ont observé les capacités. Leurs expériences ont permis de formuler des théorèmes comme le démontrent les exemples suivants :

– Le médecin grec Hippocrate (vers 460-375 avant JC) affirmait à propos du jeûne: «Il faut être mesuré en tout, respirer de l’air pur, faire tous les jours des soins de la peau et de l’exercice physique et soigner ses petits maux par le jeûne plutôt qu’en recourant aux médicaments.»

– Six cents ans après, le médecin romain Claude Galien (131-201 après JC), fondateur de la pathologie sur l’humeur, prescrivait le jeûne comme thérapie afin de maintenir l’équilibre entre les humeurs et le corps.

-Dans son œuvre principale, le médecin et investigateur perse Avicenne (980-1038 après JC) exposait les conséquences les plus importantes du jeûne sur la santé. Il avait une méthode particulière, qui consistait à prescrire, dans de nombreux cas de maladies, trois semaines de jeûne.

– Hildegarde Von Bingen (1098-1179 après JC), religieuse bénédictine, naturopathe, recommandait de renoncer à la nourriture afin de traiter quarante maladies différentes comme une espèce de « panacée »[2]– Au XVIème siècle, le médecin Paracelse (1493-1541) met l’accent sur le terme d’Archaeus ou « médecin intérieur », qui dirige l’autorégulation du corps et qui est activée par le jeûne.

– Friedrich Hoffmann (1660-1742), médecin de famille du premier Roi de Prusse, écrivit un livre sur le jeûne, « Wie man schwere Krankheit durch Mäsigung und Fasten kurieren kann » (Comment soigner des maladies graves par la modération et le jeûne) et utilisa les cures de sérum de lait.

Le jeûne médical

A partir du XIX, de plus en plus de médecins et chercheurs se consacraient à étudier les effets du jeûne. La décodification de la physiologie du jeûne et le développement du jeûne traditionnel constituent la pierre angulaire de la reconnaissance de cette forme de traitement en médecine naturelle. À partir de ce moment, le jeûne est redécouvert et utilisé comme thérapie pour les maladies chroniques et la prévention de pathologies.

Grâce à plusieurs médecins et réformateurs sanitaires d’Europe et des États-Unis, le jeûne a connu une renaissance.

– Le premier jeûne expérimental de longue durée, surveillé et rigoureusement contrôlé par des commissions médicales fut entrepris par un médecin anglais, le Dr. Tanner, à New York, en 1880. A l’époque, l’enseignement officiel dans les facultés de médecine affirmait qu’il était impossible pour l’homme de s’abstenir de nourriture. En peu de jours, la mort devait fatalement arriver. Henri Tanner s’est soumis à un jeûne de quanrante-deux jours dans le Medical College de New York. Les convictions jusqu’alors bien établies au sujet du jeûne en furent ébranlées et on se mit à étudier la question de plus près. Le Dr. Tanner entreprit par la suite de nombreux jeûnes jusqu’à sa mort en 1919, à l’âge de 91 ans. Il avait l’habitude de proclamer que “la cure de jeûne était la vraie cure d’eau de Jouvence”.

– En Allemagne, Sebastian Kneipp (1821-1897) recommandait tout spécialement le jeûne dans le cas de maladies infectieuses aiguës.

– Le médecin américain Edward Hooker Dewey (1840-1904) est l’auteur du livre « Le Jeûne qui guérit-La méthode des deux repas » (The No-Breakfast Plan and the Fasting Cure), qui eut un grand écho dans toute l’Europe. Il explique : « Le cœur tire un grand profit du jeûne. Car, pendant le jeûne, il ne dépense que cinquante pourcents de son énergie. La raison en est que les cellules faibles disparaissent et leur nombre diminue : seules restent les cellules saines et fortes. Ainsi, le débit sanguin diminue progressivement, soulageant l’activité du cœur. Le passage du sang dépourvu de nutriments dans le cœur est d’un grand repos pour ce dernier. » Le docteur ajoute par la suite : « Nul n’ignore que pendant le jeûne, la circulation sanguine est purifiée des gaz, des acides et autres toxines dont l’élimination revitalise le cœur et renouvelle son énergie, ce qui lui permet de pomper le sang d’une manière plus pure et plus saine. »

– Herbert Shelton, disciple de Dewey, a fondé le mouvement hygiéniste “Natural Hygiene”, une médecine non conventionnelle qui prône l’autoguérison, le crudivorisme, le jeûne et la naturopathie.

– À la fin du XIXème siècle, le médecin autrichien Franz Xaver Mayr (1875-1965) devenait célèbre. Il développa une méthode de dépuration intestinale dans laquelle il prescrivait autant le jeûne à base d’infusion qu’une diète avec du lait et du pain blanc.

– En Allemagne, au commencement du XXème siècle, Dewey exerçait une influence sur les médecins Siegfried Möller, et Gustav Riedlin, en faveur du jeûne. Otto Buchinger était proche de ceux-ci. Il guérit aussi bien de son rhumatisme articulaire aigu (avec Riedlin) que de son problème biliaire chronique (avec Möller) durant des cures de jeûne sous leur surveillance. Le Dr. Otto Buchinger se fit une place dans l’histoire du jeûne médical avec le développement de la méthode du jeûne thérapeutique. Aujourd’hui, le jeûne thérapeutique fait partie de la médecine intégrative. Ses disciples Heinz Fahrner et Helmut Lützner, de même que les médecins des cliniques Buchinger, ont poursuivi son œuvre. En 1986, la Ärztegesellschaft Heilfasten und Ernährung (ÄGHE), (Association Médicale Jeûne et Nutrition) est fondée. Elle se consacre à la recherche et à la divulgation du jeûne thérapeutique. « L’Europäische Gesellschaft für Naturheilverfahren » (ESCNM : Association Européenne pour la Médecine Naturelle), créée en 1996, poursuit le même objectif.

A suivre…

 


[1] Coran : La Vache, V184

[2] Remède universel capable de guérir tous les maux aussi bien corporels que mentaux.

 

3 commentaires

  1. Merci pour cette article très interressant que je souhaite compléter par une référence, non américaine et non allemande, mais française cette foi-ci: le Docteur André GERNEZ à reçu dernièrement la Grande Médaille d’Or 2012 de la Société d’Encouragement au Progrès au Sénat à Paris.
    Le docteur André GERNEZ, agé de 90 ans aujourd’hui, a démontré dès 1968 comment prévenir les maladies dégénératives dont le cancer avec le jeune.
    Le 4 avril 2013 la chaîne de télévision Arte a diffusé un documentaire intitulé « Secrets de longévité » qui confirme les travaux du Docteur André Gernez.
    Je vous invite a aller découvrire sont site internet : http://www.gernez.asso.fr
    Il nous parle non seulment du cancer mais de toutes les maladies dégénératives tel l’Alzheimer, les maladies auto-immune, la sclérose en plaque, Parkinson,…

  2. Etant assez attiré par la science et ces effets, je pense que probablement le jeune médical de plusieurs jours peut apporter un bienfait pour l’organisme.
    Néanmoins, quand on voit le gaspillage d’aliment et la frénésie d’achat chez les musulmans durant le mois du jeune “ramadan”, et quand on voit le manque de rendement des cadres administratifs à cause des veillées tardives voire du manque d’aliments, et quand on voie que le jeune est obligatoire de grès ou de force (fermeture obligatoire des cafés et ds restaurants), on se pose des questions est-ce que le jeune apporte plus de bien que de mal au vue des aberrations de gaspillage et rendement de travail, et des frustrations.

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