Les tiroirs de l’amour du Prophète ﷺ

Nous sommes nombreux à aspirer aux hauts degrés de la foi.

Nous aimerions goûter davantage à la présence de Dieu, renforcer notre certitude, renouveler notre foi et ressentir plus intensément notre lien avec le Messager de Dieu, paix et salut sur lui.

Nous lisons les versets, les hadiths et les paroles des hommes de Dieu qui nous invitent à multiplier l’évocation de Dieu, à répéter abondamment la parole sublime : « Nul n’est digne d’adoration que Dieu », et à appeler les grâces divines sur le Prophète, paix et salut sur lui.

Tout cela nous paraît beau.

Tout cela nous paraît vrai.

Mais une question demeure :

Le faisons-nous réellement ?

Car il existe une différence entre admirer un chemin et l’emprunter.

Nous savons que l’évocation renouvelle la foi.

Nous savons que l’appel des grâces divines sur le Prophète, paix et salut sur lui, nourrit l’amour que nous lui portons.

Nous savons que la langue qui évoque abondamment Dieu finit par entraîner le cœur avec elle.

Mais ces effets ne se manifestent pas par la simple connaissance. Ils apparaissent lorsque la répétition devient une réalité quotidienne.

C’est pourquoi les éducateurs spirituels ont toujours insisté sur ce que l’on pourrait appeler un programme spirituel quotidien : un rendez-vous régulier avec le Coran, avec l’évocation, avec l’appel des grâces sur le Prophète, paix et salut sur lui et avec la parole sublime : « Nul n’est digne d’adoration que Dieu. »

Non parce que les nombres seraient une fin en soi.

Mais parce que l’ego a besoin de régularité pour se reformer.

Au début, la langue semble lourde.

Puis elle se délie.

Puis elle s’habitue.

Puis elle poursuit son évocation presque naturellement.

Encore faut-il franchir le premier obstacle : dépasser quotidiennement un seuil de répétitions.

C’est là que la raison doit prendre les rênes.

Si je me fixe chaque jour un objectif d’appels des grâces sur le Prophète, paix et salut sur lui ou de répétitions de la parole sublime, comment vais-je concrètement y parvenir ?

À quel moment ?

Dans quel lieu ?

À l’aide de quels repères ?

Je vous livre ici une petite expérience de mon quotidien, non pour proposer une méthode à reproduire, mais dans l’espoir qu’elle suscite chez d’autres leurs propres idées.

Dans mon environnement de travail, une simple colonne de quinze tiroirs est devenue un discret compagnon de route. Chaque tiroir correspond à une série de 10 appels des grâces sur le Prophète, paix et salut sur lui. Les particularités de certains d’entre eux me servent de repères pour savoir où j’en suis sans interrompre mon activité.

Pendant que les mains travaillent, le cœur poursuit son rendez-vous.

Je continue à servir les patients, à préparer les ordonnances et à accomplir mes tâches habituelles. Rien n’est visible. Mais l’objectif avance, série après série, jusqu’au nombre que je me suis fixé comme seuil : 300 dans ce cas précis. Pour cela, il suffit de parcourir cette colonne deux fois.

Plus que la forme elle-même, c’est l’idée qui me paraît intéressante.

Chacun peut trouver ses propres repères.

Certains les trouveront dans leurs trajets quotidiens.

D’autres dans les marches d’un escalier.

D’autres encore dans les allées d’un entrepôt, les rayonnages d’un magasin, les temps d’attente, les déplacements habituels ou les gestes répétitifs de leur métier.

L’essentiel n’est pas la méthode.

L’essentiel est de transformer une aspiration en organisation.

Car tant que l’évocation demeure un souhait, elle finit souvent par s’évaporer avec les préoccupations du quotidien, au point que l’on peut se retrouver à attendre sur le quai de l’évocation de Dieu, l’esprit vide, et à regarder partir le train de la foi sans réagir.

Lorsque cette évocation devient un rendez-vous quotidien, elle commence à façonner notre être.

Et c’est souvent après des centaines de répétitions fidèles, jour après jour, que la langue finit par poursuivre seule ce qu’elle accomplissait auparavant avec effort. C’est la montée dans le train de la foi. Et à l’intérieur de ce train, l’état normal est la présence à Dieu, l’appel des grâces sur le Prophète, paix et salut sur lui., la remémoration de tout ce qui nous attend après la mort.

Là, l’évocation cesse d’être une tâche.

Elle devient une compagnie.

Et le cœur découvre peu à peu que les plus grands changements spirituels naissent souvent de ces actes simples, discrets et répétés que personne ne voit, sinon Dieu.

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