L’art du mariage : de la beauté des textes à la beauté vécue

Au terme de ces premiers articles de la chronique L’art du mariage, il s’agissait simplement de se réapproprier le chemin royal : celui emprunté par le Prophète, paix et bénédictions sur lui, et par nos pieux prédécesseurs, ce chemin d’où jaillit la lumière du couple et qui a fondé notre communauté. Car, si beaux soient les textes que l’on peut lire sur l’amour, si raffinés soient les concepts, les films ou les romans qui le décrivent, le refuge auquel j’invite n’est pas celui de l’imagination, ni celui d’une théorie séduisante : c’est celui de la réalité, du terreau du couple, de cette vie quotidienne où l’on se façonne l’un par l’autre. Toute beauté écrite reste inférieure à la beauté vécue. Lorsque je lève les yeux de mon texte et que je trouve dans ces pages plus de splendeur que dans ma propre vie conjugale, c’est simplement le signe qu’il me reste un chemin à parcourir, un chemin accessible, un chemin ouvert.

Ce dernier article de cette première étape ne veut donc pas refermer le sujet, mais ouvrir davantage le chemin. Car il existe des couples pour lesquels aucun texte ne pourrait traduire l’amour qu’ils vivent ; et cette réalité-là est à notre portée. C’est à elle que j’appelle : devenir un signe, ce signe de Dieu mentionné dans le Coran : « Parmi Ses signes, Il a créé de vous, pour vous, des épouses, afin que vous trouviez auprès d’elles tranquillité et sérénité. » [1] 

Cette sérénité (sakîna) ne se cherche pas dans les livres, elle se construit entre deux êtres qui se choisissent, qui se protègent et qui se reçoivent, quelles que soient les saisons, les événements, les vents contraires. Elle est ce refuge que les épouses du Prophète ont trouvé auprès de lui, et qu’il a trouvé auprès d’elles : un foyer où l’amour se fond dans la miséricorde, et où la miséricorde devient un témoignage. Mon ambition n’est donc pas de multiplier de beaux concepts ; elle est de rappeler que ce que nous lisons doit devenir une réelle aspiration, jusqu’à ce que nos vies — dans l’esprit de l’invitation divine : « Et quant au bienfait de ton Seigneur, parle-en » [2] — deviennent elles-mêmes un discours, un témoignage éclatant et réel.

Pour ceux qui ont souffert… et ceux qui commencent à peine

Je sais que ces lignes pourront sembler idéales ou naïves à ceux dont la vie conjugale n’a pas ressemblé à leurs espérances, et pour qui j’invoque Dieu afin qu’Il leur accorde, pour chaque manque, un accroissement de Son amour. Mais je m’adresse aussi à ceux qui n’ont pas encore commencé le chemin : qu’ils sachent qu’il existe des exemples réussis, épanouis, lumineux — même si ceux qui les vivent n’en parlent pas, par pudeur ou par peur de dévoiler le trésor qu’ils ont trouvé. Ces exemples existent. Et mon souhait est qu’ils se multiplient, jusqu’à ce que le discours dominant dans nos communautés ne soit plus la plainte, la résignation ou la séparation, mais le témoignage tranquille d’un foyer heureux.

Alors nous redeviendrons des signes vivants pour ceux qui ont perdu espoir, pour ceux qui doutent encore de la possibilité d’un mariage solide, dans une époque où le foyer a été méthodiquement fragilisé, où les liens se défont sans que l’on s’en rende compte. Comment, au milieu de ce paysage brisé, être la preuve vivante que le verset du Coran est vrai ?

Entrer dans la suite : un chemin éclairé

Retrouver confiance dans l’existence de ce chemin est la première étape. Les approches modernes, les coachings, les thérapies peuvent parfois aider — et je n’en dénigre aucune : tout ce qui permet de préserver un couple mérite d’être encouragé. Mais j’affirme aussi que beaucoup pourraient s’en passer si, dès le début, ils empruntaient un chemin éclairé.

Les articles qui suivront entreront donc dans la description des moyens qui permettent de bâtir ce chemin.

Nous chercherons, dans le Coran, dans l’héritage prophétique (sunna) et dans l’expérience vécue, les mots, les gestes, les attitudes, les priorités qui ont permis à tant de couples — dans notre histoire et autour de nous — de connaître une vie heureuse. Nous tenterons de faire émerger ce dénominateur commun, cette architecture intérieure qui n’a rien d’imaginaire et qui, lorsqu’elle est comprise et pratiquée, conduit réellement à devenir un signe de Dieu.

Puisse Dieu nous accorder Son soutien. Âmîn.


Lire les précédents article de la même chronique :

Art du mariage Archives – Participation et Spiritualité Musulmanes

[1] Coran, sourate les Byzantins, 30 : 21

[2] Coran, sourate Ad-Duhâ, 93 : 11

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