L’art du mariage : le modèle prophétique pour une vie de couple épanouie

On n’a jamais autant parlé du mariage… et pourtant, beaucoup ne voient plus autour d’eux que des couples épuisés ou brisés. Cette chronique ouvre un chemin : retrouver, à la lumière du Coran et de la Sunna, la possibilité réelle d’un foyer apaisé — un foyer qui devienne un signe vivant de Dieu.

Ce troisième article de la chronique L’art du mariage s’inscrit dans la continuité des précédents et propose un retour aux sources à travers l’exemple prophétique.

Après avoir évoqué les limites des approches purement conceptuelles et l’importance de la fitra, il devient naturel de revenir à ce qui éclaire vraiment la vie du couple : le modèle prophétique.

Elle devient pleinement lisible lorsque l’homme et la femme ont sous les yeux un modèle vivant, hérité du Prophète, paix et salut sur lui, un modèle qui a traversé les siècles, s’est incarné dans les familles croyantes et continue de rayonner dans ceux qui en ont reçu l’éducation. Quand un croyant ou une croyante a la chance de connaître, dans sa propre maison ou dans son entourage proche, un foyer qui respire cette tradition prophétique — un foyer où l’amour, la pudeur, la loyauté, le respect et le don de soi se conjuguent naturellement — alors le Livre de Dieu et l’héritage prophétique (sunna) prennent vie. Les versets s’ouvrent, les hadiths deviennent intelligibles, et l’on trouve dans les textes les mots exacts pour décrire ce que l’on pressent déjà, ce que l’on commence à vivre au sein de son propre couple. Le modèle vécu précède la compréhension intellectuelle, et la compréhension confirmée par le Coran et l’héritage prophétique vient ensuite comme une lumière qui éclaire ce que l’on pressentait du cœur.

Sans ce modèle prophétique — je ne parle pas d’un modèle théorique ou d’une compilation de citations sorties de leur contexte — certains se retrouvent à construire leur vision du mariage comme on assemble un meuble sans plan, en bricolant des « morceaux » de religion. Cela mène parfois à des discours qui posent des plafonds, qui réduisent l’amour à une étape passagère censée « s’éteindre » pour laisser place à la miséricorde, alors que les versets décrivent une affection profonde (mouadda) et une miséricorde (rahma), ensemble, de manière constante, complémentaire et ascendante.

Le modèle prophétique n’est pas un idéal inatteignable : c’est une pédagogie éducative et spirituelle qui, appliquée au cœur humain d’aujourd’hui — même fragile, même cabossé — transforme la compréhension du couple, bouleverse les habitudes et révolutionne les relations et les sentiments. Puiser dans ce modèle, c’est devenir soi-même un modèle dans son foyer et contribuer à réensemencer la société d’une compréhension juste, vivante et heureuse de la famille.

C’est dans ce sens que le hadith déjà mentionné dans l’introduction nous montre le sommet de la vie conjugale. Le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont les meilleurs envers leur époux(se),
et je suis le meilleur d’entre vous envers mes épouses. »
[1]

Dans son foyer, il participait aux tâches domestiques, réparait ses vêtements et riait avec ses épouses. Aïcha — que Dieu l’agrée — disait : « Il était, parmi les hommes, celui qui était le plus souriant et le plus doux avec sa famille. » [2]

Et lorsque le Prophète, paix et salut sur lui, dit : « Les meilleurs d’entre vous sont ceux qui sont les meilleurs envers leur époux(se)… », il ne fixe pas seulement une règle morale : il indique le lieu décisif où se vérifie la qualité réelle d’un être humain.

Car le témoignage de l’épouse pour son mari — ou du mari pour son épouse, réciprocité que la richesse de l’arabe nous laisse supposer — possède un poids incomparable. On peut être apprécié dehors : apprécié dans la communauté, respecté au travail, honoré dans les assemblées… Mais si la personne qui partage notre vie dit : « Il n’est pas à la hauteur », alors ce témoignage intime vaut plus que tous les éloges réunis.

Pourquoi ? Parce que c’est dans le foyer que tombent les masques. C’est là que la sincérité, la douceur, la patience, la loyauté — ou leur absence — apparaissent avec le plus de clarté. Le conjoint est le témoin le plus proche, celui qui voit ce que les autres ne voient pas, celui qui perçoit les intentions derrière les gestes, les nuances derrière les paroles.

Le sommet à atteindre dans la vie conjugale n’est donc pas une façade sociale, mais l’épanouissement réel de celui ou celle qui marche à nos côtés. Le respect mutuel, l’écoute profonde, la capacité de rendre l’autre heureux : voilà les balises qui orientent vers cette excellence. C’est dans cette quête que la parole prophétique devient vivante, qu’elle se transforme en pédagogie, en éducation du cœur, en actes quotidiens qui tissent un amour vrai.

Être « le meilleur » ne se mesure pas aux regards extérieurs, mais au sourire de celle — ou de celui — qui partage notre maison. Et ce sommet-là, humble et magnifique, est à la portée de tous les couples qui désirent marcher à la lumière du Coran et de l’héritage prophétique.

[1] Rapporté par Tirmidhî et Ibn Mâjah

[2] Musnad Ahmad

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