Réplique à Tareq Oubrou : arrêtons d’exiger un « islam à la carte »

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Dans un entretien au Point, Tareq Oubrou est intervenu sur la place qu’occupe l’islam dans l’espace public. L’imam de la mosquée de Bordeaux souhaite ainsi que les musulmans se fassent « presque »oublier en abandonnant certaines pratiques qu’il qualifie d’archaïsmes religieux, au profit d’une intégration au sein de la République. Ainsi, il préconise d’arrêter de se focaliser sur les produits halal et sur la pratique du voile qui n’est pas, selon lui, obligatoire dans le Coran. 

Il va de soi, que nous ne discuterons pas – eût-elle été contestable – la position religieuse de l’imam dans le présent papier. Nous irons davantage discuter, voire même réfuter, la position qu’il prétend avoir sur la question de la représentation des musulmans en France, au sein de la République. 

Car, d’abord, on ne peut intégrer que des « corps étrangers » à la France ou à la République. Ainsi, peut-on parler volontiers d’intégration pour les ressortissants étrangers bénéficiaires d’une disposition du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) ou encore de ceux qui se sont vu consentir le bénéfice de l’asile. Les musulmans en France sont Français, alors pourquoi parler d’intégration ? A moins de considérer que l’islam, en tant que religion, est un corps étranger à la République. Et c’est ici que le bât blesse.

Contester des restrictions nouvelles pour les musulmans en France

En réalité, depuis plusieurs années désormais, on distille dans l’opinion publique que les quelques millions de musulmans en France vivraient en contrariété avec le pacte républicain alors que la radicalisation n’est le fait que d’une minorité. On prend ainsi le paradigme d’une minorité afin de l’assigner à une majorité et en faire subir les conséquences (sociologique, juridique, médiatique) à cette même majorité. Alors que la radicalisation était vue comme une radicalisation de comportement, on vient désormais attaquer la pratique en tant que telle. 

Lorsque l’imam de la mosquée de Bordeaux soutient que les musulmans devraient ajuster leurs prières, ajuster leur compatibilité alimentaire, ajuster leur foi, cela revient à contredire les fondements même de la liberté de conscience et de la liberté de religion. La question n’est pas ici de revendiquer des droits nouveaux pour les musulmans, mais de contester des restrictions nouvelles, qui seraient appliquées ad hominem que pour les musulmans en France. Car ce n’est pas en sommant les musulmans de changer leurs pratiques religieuses que l’on va résoudre les défis qui se dressent devant nous. C’est en comprenant que les musulmans pratiquants sont aussi, en réalité, des alliés dans la lutte contre le fanatisme. Rien ne transparaîtra de cette sortie de Tareq Oubrou à part la volonté de faire renoncer aux musulmans l’identité même de leur foi. Or, un tel renoncement ne ferait que conforter un sentiment de délaissement des musulmans en France. 

Imaginons un instant qu’un rabbin demande aux juifs d’arrêter de manger de casher et d’adapter leur pratique religieuse pour s’intégrer en France. Cela rappellerait les heures sombres de l’histoire de France au cours de laquelle des juifs se sont vu assigner une étoile jaune et ont été exterminés parce que juifs. N’oublions pas que notre République ne peut tenir debout que si elle reconnaît les droits de tous, sans distinction. 

La République ne peut pas inverser le raisonnement qui a précipité l’adoption de la loi de 1905. Alors qu’avant 1905, le pouvoir spirituel intervenait dans la partition politique et sabordait les droits des non croyants ou d’autres croyants, l’Etat ne peut pas intervenir, aujourd’hui, dans la pratique religieuse des musulmans afin de décider de quel type de musulmans il souhaite ou de quel type de prière il souhaite. L’islam n’est pas une carte présentant les plats d’un restaurant que l’on choisit à la carte. Il est grand temps d’en prendre conscience.

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