Avant tout massacre, il y a une idée : le « Grand remplacement » tue en Nouvelle-Zélande

Dans son manifeste de 73 pages, le terroriste de Christchurch fait référence à l’écrivain français Renaud Camus et à sa thèse du Grand remplacement qui inspire les suprémacistes blancs. Camus rejette l’idée qu’il ait pu inspirer le tueur.

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On a beaucoup parlé du Manifeste de 73 pages publié par Brenton Tarrant, le suprémaciste blanc australien de 28 ans qui a attaqué deux mosquées de Christchurch, et tué 50 personnes. 

Comme Anders Breivik, le tueur des jeunes socio-démocrates à Oslo en 2011, Brenton Tarrant a lui-même donné les clés de sa radicalisation ; Un texte ouvertement raciste et haineux envers les musulmans, et dans lequel on trouve une référence qui résonne cruellement en France puisque c’est une thèse développée par un sulfureux écrivain français : Renaud Camus et son « Grand remplacement ». 

Renaud Camus a certes écarté d’un revers de la main l’idée que sa thèse aurait pu inspirer ce geste criminel, mais dans une interview au Washington Post ce weekend, il persiste et signe et appelle à la « révolte » contre ce qu’il qualifie de « colonisation de l’Europe » par l’immigration. Hier encore, ses tweets ne montraient pas vraiment de retenue malgré la tuerie de Christchurch. 

Que des démographes comme Hervé Le Bras qualifient ce « Grand remplacement » de « fantasme » importe peu à ses adeptes, on est ici dans le domaine de l’idéologie.

« Avant tout massacre, il y a une idée », disait il y a quelques années le cinéaste cambodgien Rithy Panh, qui a travaillé sur le génocide commis par les Khmers rouges. « Et, comme dans tout projet idéologique, ajoutait-il, il faut manipuler le langage puisque les mots sont le support des gestes ».

Qu’il s’agisse des Khmers rouges, des djihadistes, ou des suprémacistes blancs, tout part en effet du verbe, répété comme un mantra, sacralisé, et qui, avec la force actuelle des réseaux sociaux, formate des esprits en quête d’absolutisme.

Ces dernières années, cette idée s’est propagée dans plusieurs coins du monde. Les neo-nazis qui défilaient en 2017 à Charlottesville, aux États-Unis, criaient « les Juifs ne nous remplaceront pas »… Remplacer, le même verbe. Et un an plus tard, à Pittsburgh, un autre suprémaciste blanc, Robert Bowers, attaquait une synagogue et tuait onze fidèles juifs. Ce weekend, les victimes de Pittsburgh ont symboliquement collecté de l’argent pour les victimes de Christchurch.

La même logique contre juifs et musulmans ? Une logique d’exclusion de l’autre, oui, une logique de supériorité dite raciale ; c’est donc le même mécanisme de haine qui est à l’œuvre dans certaines formes d’antisémitisme et d’islamophobie, avec la même matrice idéologique.

Ca peut sembler paradoxal car on oppose régulièrement ces deux formes de discriminations, au point parfois de nier l’usage même du terme d’islamophobie, ou d’opposer une communauté à l’autre. 

Dans le flot rapide des informations et des indignations, nous ne parvenons parfois plus à voir les logiques à l’œuvre, jusqu’à ce qu’un acte plus insensé que les autres ne révèle le piège dans lequel ces idéologues veulent nous conduire, celui de la haine, celui de la guerre civile. Pensons-y avant la prochaine polémique pavlovienne aux relents de Grand remplacement. Avant tout massacre, il y a bien une idée.

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