RAMF 2018 : l’apaisement prôné à la lumière du Coran depuis Le Bourget

« A la lumière du Coran : lire, comprendre, vivre », tel est le thème choisi pour le 35e Rassemblement annuel des musulmans de France (RAMF), qui intervient quelques jours après les tragiques attentats dans l'Aube et le meurtre de Mireille Knoll, sources d'une grande émotion générale. Le président de Musulmans de France Amar Lasfar fait part à Saphirnews de son sentiment sur le climat général dans lequel se déroule cette année le Salon du Bourget, s'insurgeant contre ceux « qui veulent créer les conditions d’une guerre civile » contre les musulmans. L'occasion pour lui également de revenir sur la réforme de « la structuration de l’islam de France » voulue cette année par Emmanuel Macron.

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Cette année, c’est avec le Coran pour thème que Musulmans de France (MF) – l’ex-Union des organisations islamiques de France (UOIF) – a choisi de centrer le programme du Rassemblement annuel des musulmans de France (RAMF) du vendredi 30 mars au lundi 2 avril, à moins de deux mois du Ramadan. Il s’agit, pour Amar Lasfar, de « revenir sur l’essentiel, ce qui fait de nous ce que nous sommes. Beaucoup de choses ont été dites sur ce livre, sur ses lectures, ses enseignements… Nous avons besoin de présenter nos fondamentaux », n’excluant pas, pour la RAMF 2019, que le thème puisse être « la Sunna, la tradition prophétique ».

Quelques informations ont filtré sur le programme, dans lequel sont notamment prévus samedi 31 mars Tareq Oubrou (« Pour une lecture et une pratique de réconciliation »), Ahmed Jaballah (« Les finalités du message coranique »), ou encore Ahmed Miktar et Mgr MichelDubost (« L’altérité dans les textes religieux »), dans un Bourget où seul un podium sur cinq habituellement, dans le forum Génér’action, sera mobilisé tout au long de la RAMF pour les conférences, afin de mieux optimiser l’espace.

Les attentats dans l’Aube et le meurtre de Mireille Knoll fermement condamnés

Le Salon du Bourget est aussi une nouvelle opportunité pour MF de marteler le refus des musulmans de voir l’islam – et le Coran en l’occurence – pris en otage par des terroristes qui instrumentalisent une religion à des fins criminelles. Un hommage aux victimes des attentats dans l’Aube devrait, en ce sens, être rendu. « Musulmans de France s’associe aux hommages de la Nation envers un homme (le gendarme Arnaud Beltrame, ndlr) dont l’engagement pour son pays n’a jamais failli jusqu’à son sacrifice ultime », fait-on savoir dans un communiqué.

Quant au meurtre de Mireille Knoll, reconnu comme antisémite par la police, MF s’est dite « choquée par la barbarie dont (elle) a été victime ». « Elle qui avait pu échapper à la barbarie en 1942 a perdu la vie dans des circonstances abominables qui nous heurtent tous. Musulmans de France tient à exprimer toute sa solidarité à la famille de Madame Knoll ainsi qu’à la communauté juive de France face à ce drame intolérable », fait-on savoir.

Haro à ceux « qui veulent créer les conditions d’une guerre civile »

Globalement, aux yeux d’Amar Lasfar, « nous vivons un climat apaisé depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle majorité. Il y a une volonté de créer les conditions d’un climat serein… ce qui a sans doute mis en colère les signataires de la tribune » des 100 contre le « séparatisme islamiste ». Un texte aux relents « nauséabonds », signé par des personnes qui « veulent créer les conditions d’une ségrégation, d’un climat comme celui des années 1930 dans notre pays » et qui « persistent à présenter l’islam comme un éternel problème pour la République française ».

« Ce qui pose problème à la République, c’est Valls, Finkielkraut… ce sont toutes ces personnes qui veulent créer les conditions d’une guerre civile et c’est très grave », lance Amar Lasfar. « A eux, nous leur disons : Vive la République et vive la loi de 1905. Nous leur disons que les lois de la République nous vont très bien, nous sommes demandeurs d’aucun amendement sur la laïcité. Qu’ils cessent de nous (les musulmans) réduire à notre islamité dans la rue. Dans la sphère publique, il n’y a que des citoyens. »

Refuser « la pression et la précipitation » face à la structuration de l’islam de France

Quant à la réforme de la « structuration de l’islam de France » – « des structures musulmanes et de leur représentativité, pas de l’islam, c’est un gros mot », précise Amar Lasfar – pour lequel Macron s’est engagé, Amar Lasfar plaide pour que les musulmans dans leur ensemble soient pleinement intégrés dans le processus.

Durant les années Hollande-Valls, il estime qu’un « un mauvais diagnostic » a été posé « en liant les sujets islam et terrorisme » au travers d’instances de dialogue qui n’ont, pour lui, « pas engagé un travail de fond pour perdurer dans le temps ».

La Fondation de l’islam de France ? « C’est une structure de plus qui ne fait rien », répond-t-il, dézinguant aussi au passage le Conseil français du culte musulman (dont MF n’est plus membre, malgré des tentatives, depuis 2013), une structure « au point mort ». « On nous a habitué à cette logique verticale où le changement se fait par le haut. Demandons maintenant aux musulmans de France de faire des propositions sur la structuration de leur propre culte. Il ne revient qu’à eux d’entamer cette réflexion et de prendre le temps qu’il faut et non dans la pression et la précipitation ».

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