Communautarisme et séparatisme sont les deux mamelles de la France des contempteurs de l’islam

La pandémie de Covid-19 que nous vivons actuellement et qui a conduit à de nombreuses semaines de confinement a décidément prouvé une chose : les accusations portées contre les religions, et l’islam en particulier, qui seraient le ferment d’un « communautarisme » ou d’un « séparatisme », sont totalement fausses.

Un travail parlementaire objectif à saluer

En effet, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), sous la présidence de Gérard Longuet et la vice-présidence de Cédric Villani, a publié une note intitulé « Les cultes religieux face à l’épidémie de Covid-19 en France » (rapport ici) Ce travail parlementaire, qui s’est penché sur le comportement des religions durant cette longue et difficile période, en a fait le constat net : toutes les religions ont facilité l’action de l’État et ont communiqué positivement auprès de leurs fidèles, qui se sont comportés comme les autres Français en privilégiant la vie et la santé sur toute autre considération.

Nous avons bien écrit : toutes les religions, l’islam comme les autres. Et les sempiternelles imprécations, les sermons quotidiens des Zemmour, Onfray et de leurs affidés ne peuvent occulter la réalité : les musulmans, les imams, les responsables du culte au niveau national comme local, ont tous appliqué totalement la loi. Ils l’ont même largement devancée, car les lieux de culte musulmans, dans leur grande majorité, étaient clos plusieurs jours avant le confinement décrété par notre gouvernement.

Mais où sont donc passées ces foules musulmanes soit disant réfractaires (un peu gauloises finalement) à la loi ? Mais où étaient ces prétendues hordes de sauvages islamisés qui, soi-disant, rejettent les lois de la République ? Alors figurez-vous que, durant ce long confinement, ils faisaient les courses pour les personnes âgées, ou en situation de handicap, dépannaient les appareils électro-ménagers (car il est dur pour une famille d’être sans réfrigérateur ou sans lave-linge), faisaient des collectes de denrées alimentaires pour les livrer aux familles en détresse financière, confectionnaient et livraient des repas, organisaient des ateliers de confection de masques, s’occupaient des étudiants coincés loin de leurs familles… Le rapport parlementaire constate que cette solidarité s’est manifestée partout en France.

Beaucoup d’associations fondées par des musulmans ont participé avec cœur et enthousiasme aux côtés de toutes les bonnes volontés. Bien sûr, cet élan humaniste ne va surprendre que les monomaniaques de la caricature de l’islam, qui est en fait une religion profondément humaniste dans laquelle la solidarité est une valeur cardinale.

Il y a aussi tous les autres. Parlons de tous ces musulmans français ou non, hommes et femmes, à leur poste dans tous les métiers indispensables : médecins, brancardiers, aide-soignants, infirmiers, policiers, militaires, pompiers, fonctionnaires, éboueurs, caissiers, employés des supermarchés, techniciens de surface, aides à domicile… Ils ont fait leur métier sans se ménager, certains l’ont payé de leur vie.

Curieusement, les chaînes d’information en continu n’ont que peu relaté ces actions positives. Toujours présents pour faire mousser tout problème, ils sont absents du terrain quand des événements sont positifs. Occupées à recevoir des médecins s’écharpant sur les traitements du Covid-19 (ou plutôt sur leur absence), elles n’ont pas pris le temps d’aller dans les quartiers voir ce qu’il s’y passait. Elles n’ont pas eu beaucoup de temps non plus pour nous informer des morts entassés car il n’y a pas assez de carrés musulmans dans les cimetières français.

Les musulmans emprisonnés dans un « communautarisme » fabriqué par les politiques

Après le confinement, le monde d’avant reprend ses droits. Dans une société française apaisée, il ne serait pas nécessaire de rappeler le fait que les musulmans sont des Français comme les autres et qu’ils ont fait leur devoir au même titre que leurs concitoyens. Mais, là, nous sommes obligés de le faire. Car, au lendemain de cette séquence où l’islam a montré, encore une fois, qu’il était totalement compatible avec la République, voilà qu’on nous annonce une loi sur le « séparatisme » et le « communautarisme », deux concepts particulièrement brumeux, pour lesquels les définitions se font attendre depuis des décennies.

Il est fort peu probable qu’une loi puisse nous éclairer. Car enfin, ce qui semble s’esquisser dans cette affaire, c’est qu’on va considérer comme réels ces regards faussés, ces projections de fantasmes et de préjugés qui placent l’autre, le musulman, dans une « communauté » hostile à la France, à la République. En gros, certains « penseurs », hommes et femmes politiques, emprisonnent les musulmans dans un « communautarisme » qu’ils ont eux-mêmes fabriqué. Ils vendent un prêt-à-porter de la stigmatisation à partir de quelques faits divers et enferment les musulmans dans une « communauté » qui serait une construction sociale établie et solide, qui dicterait des comportements anti-républicains.

L’islam ainsi conduirait à ne pas accepter certaines lois. Ce qui est curieux, c’est qu’on ne nous dit jamais lesquelles. Ce qui est curieux, c’est que nous n’entendons jamais un journaliste poser cette question simple : quelles sont les lois que les musulmans n’appliquent pas ? On verrait alors se dégonfler les baudruches du « communautarisme », du « séparatisme ». On pourrait également s’interroger sur cette relégation des Français les plus pauvres, parmi lesquels un bon nombre de musulmans, dans des quartiers périphériques des villes où près de la moitié des jeunes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cette situation est-elle choisie ou subie ?

Pauvre laïcité, que de bêtises dites en son nom !

On nous ressort régulièrement la tarte à la crème de la laïcité pour combattre le « séparatisme » et le « communautarisme ». Pauvre laïcité ! Elle consiste dans son essence à proclamer que l’État doit être neutre dans sa relation avec ses citoyens, qu’il n’a pas à leur imposer une croyance ou une idéologie et qu’au contraire, il doit les respecter. Ce qui implique que, durant leur temps de travail, les fonctionnaires et assimilés sont soumis à la laïcité et à la neutralité qu’elle exige et qu’ils redeviennent ensuite des citoyens avec leurs opinions et leurs croyances.

Par ailleurs, la laïcité est là pour garantir la liberté de conscience et l’égalité de traitement de tous les citoyens et citoyennes, non pour discriminer. Mais qui n’est pas d’accord avec ça ? Qui conteste ça ? Qui conteste que l’État doit être neutre et que le citoyen ne l’est pas, ne peut pas l’être, ne doit pas l’être ?

En fait, il est malheureux que la laïcité soit prise en otage par une masse hétérogène de « penseurs », de « philosophes », d’associations « laïques » (comprendre athées), de personnalités politiques plus ou moins furieusement antireligieuses qui se cachent derrière ce mot pour leur combat contre les différentes confessions, avec bien souvent l’islam en cible prioritaire. Pourquoi ne le font-ils pas en pleine lumière ? Pourquoi se cacher derrière la laïcité alors qu’il serait si simple d’annoncer la couleur et de se présenter comme des militants antireligieux? Parce que ce serait sans doute moins efficace pour eux. Tous les textes, toutes les conventions internationales sur les droits de l’être humain, garantissent la liberté de croire, de ne pas croire, de changer de religion et d’exprimer ses croyances ou ses opinions en public et en privé dans le respect de l’ordre établi.

En finir avec l’affirmation absurde « laïcité = neutralité du citoyen dans l’espace public »

En faisant croire aux Français que la laïcité s’applique dans le champ du citoyen, on leur fait croire qu’eux aussi doivent être neutres, ce qui revient à faire disparaître les religions ou, plus généralement, tout sujet du débat public entre les citoyens… Seuls les journalistes et hommes politiques seraient donc autorisés à s’écharper entre eux selon leurs conventions bien établies et leurs « punchlines » improvisées, par ailleurs soigneusement répétées. Cette mouvance antireligieuse imprime sa marque par cette affirmation absurde « laïcité = neutralité du citoyen dans l’espace public ».

Une anecdote nous semble particulièrement représentative de cet état d’esprit où les religions sont rejetées au troisième sous-sol du droit à l’expression. Alors que Notre-Dame de Paris brûlait, que des croyants priaient, pleuraient, chantaient des cantiques devant le spectacle affligeant de notre splendide cathédrale en partie détruite, certains badauds parisiens, venus au spectacle s’interrogeaient : « Ils ont le droit de prier comme ça dans la rue ? » Tout est dit.

Pour finir, merci donc aux parlementaires de l’OPECST pour leurs constats objectifs, cela n’arrive pas tous les jours concernant l’islam… Il est toutefois positif que, de temps à autre, on constate que les musulmans sont des Français comme les autres, ni meilleurs, ni pires, et que l’islam est une religion qui s’inscrit sans difficulté dans la Ve République.

Mais, une hirondelle ne fait pas le printemps. Soyons sûrs que les mauvaises saisons vont revenir avec les élections présidentielles. Soyons sûrs que les diatribes anti-immigration et anti-islam vont fleurir partout. Les petits commerces électoraux ont besoin de faire peur. Pour ça, on peut leur fait confiance ; pour combattre les injustices et promouvoir la liberté, beaucoup moins.

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Pierre Sicard est responsable associatif.

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