LE PLUS BEAU DES LANGAGES

Et qui profère plus belles paroles que celui qui appelle à Dieu, fait bonne œuvre et dit : ‹ Je suis du nombre des Musulmans › ? (1)

Le langage, une faculté chez l’Homme

La parole de Dieu est une source intarissable de lumière, il y aura toujours une sagesse à puiser. Ce verset commence par mentionner « la parole » et ce qu’elle renferme de beau. On peut faire référence à la dimension artistique de la langue qui jaillit dans la parole, lorsque les gens parlent. Elle est un moyen de transmettre ce qu’il y a de plus beau. Le principal outil de communication est la parole avec laquelle l’Homme se distingue des autres créatures. Cette faculté pour l’Homme à articuler et développer le langage lui confère un degré de supériorité par rapport au monde animal dont le langage est limité aux besoins de survie.

L’usage de la parole doit être orienté de sorte à plaire à Dieu et agir pour laisser une trace positive après sa mort.

D’ailleurs on dit souvent que le langage est la base des civilisations ; il est un indicateur du niveau de développement de la civilisation : plus il est riche et développé (en poésie, en artistique, en morale…) et plus le niveau de la civilisation est développé. A contrario, plus il s’appauvrit, plus il indique un déclin de la civilisation.

Mais au sein de notre société d’aujourd’hui, on assiste à la starification du médiocre et de légèreté, plus on « dit n’importe quoi », plus on devient une star. Cela se retranscrit dans la qualité grammaticale des langues, en raison d’une dégradation de l’utilisation des langues exacerbée par les réseaux sociaux qui ont véritablement accéléré l’appauvrissement des langues. Or il nous faut élever le niveau du langage pour transmettre de nobles idées, c’est un moyen de nous préserver des vulgarités et des bassesses de l’être humain.

Ces constats sont des signes qui ne trompent pas !

L’éloquence du cœur et du discours

L’Appel à Dieu est une voie qu’on emprunte avec une invitation à l’islam, Imane, Ihsane (2). Le travail d’Appel est le support du message de Dieu et demande la plus grande attention. Il faut donc être connecté avec la source (Révélation) pour assumer cette mission.

Il faut voir l’Appel comme une entrée en relation avec l’autre, c’est donc une forme de communication. Il faut par conséquent être à la hauteur de cette communication en lui accordant la plus haute éthique. La Foi exige de nous une certaine discipline dans le langage dont le registre doit s’enrichir jour après jour. Le croyant puise la parole à la fois dans son registre [sémantique] et dans le cœur où il intériorise l’aspiration à plaire à Dieu en s’accommodant quotidiennement au bien par le biais du Dhikr et de l’invocation.

Le croyant doit surveiller sa langue et avoir une certaine discipline à l’image du Prophète (Paix et bénédictions sur lui) dont le hadith rapporté par abû Hurayrah (que Dieu l’agrée) est explicite : « Celui qui croit en Dieu et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou qu’il se taise. Celui qui croit en Dieu et au Jour dernier, qu’il honore son voisin. Celui qui croit en Dieu et au Jour dernier, qu’il honore son invité ». (3). Cette discipline était acquise chez les compagnons du Prophète comme sidna Abou Bakr qui mettait un caillou dans sa langue pour mesurer ses mots.

Les hommes sages nous disent que les langues puisent dans le cœur. La parole est le fruit de l’intériorité de chacun. Il faut purifier cette intériorité et la soigner en répétant inlassablement le vocable la ilaha illa Allah… (Il n’y a point de dieu si ce n’est Dieu). Le Professeur Abdessalam Yassine était souvent silencieux et ne parlait que quand c’était nécessaire. Et lorsqu’il parlait, chaque mot était mûrement réfléchi et pesé telle une boussole orientée par le désir de plaire à Dieu.

Les moments de silence sont importants. Ce sont des moments où le cœur y travaille la méditation, l’invocation et le Dhikr. Et les fruits n’en sont que plus bénéfiques. Le Prophète (Paix et bénédictions sur lui) qui était d’une éloquence sans commune mesure avait de longs moments de silence, ses mots étaient dénombrés comme des perles.

Il faut chercher à toujours purifier notre langage tout en étant connecté à Dieu et Son prophète et pouvoir résister aux flots communicationnels de notre époque qui nous pousse au verbiage.

Quelle approche dans le langage qui porte la Parole de Dieu ?

La parole qui domine dans les médias et la culture ambiante est dégradante et avilissante. Elle vise à infliger une image de l’Homme insignifiant animé par le seul souci d’assouvir ses désirs. On essaie au quotidien de construire une image de l’Homme la plus proche de la bestialité. Plus il est dans la futilité et dans l’insignifiance, plus il est résigné et se laisse mener dans le troupeau. C’est un moyen de garder les masses sous contrôle, ce qui a pour conséquence que le langage vulgaire s’est généralisé dans toutes les sphères (au travail, à la radio, à la télé, dans la rue, sur Internet…).

Or il est important de rappeler que nul ne pourra tuer en l’Homme son humanité et son aspiration pour le bien qui peut parfois être enfouie sous les décombres. L’éthique du langage doit emprunter une approche respectueuse des gens et bienveillante. Il s’agit d’un travail patient (voire d’archéologie) en parlant avec douceur pour susciter un éveil et des souvenirs d’une humanité cachée en son for intérieur. Il faut donc aussi chercher les bons mots dans cette noble entreprise.

Notre conviction qui nous donne l’énergie de résister et d’aller de l’avant est d’emprunter cette voie de la bonne parole qui nous nourrit au quotidien (Dhikr, prière…) et nous pousse à l’extérioriser et la partager de la manière la plus sage. L’écueil à éviter est de se laisser vaincre et désespérer par le spectacle ambiant : l’échec commence quand la défaite est intériorisée !

Chacun de nous est invité à expérimenter et apprendre en fréquentant les gens, comme nous invite à le faire le hadith rapporté par Abdallah Ibn Omar (que Dieu les agrée) où le Prophète (que la prière de Dieu et Son salut soient sur lui) a dit : « Le croyant qui se mélange aux gens et patiente à leur mal est meilleur que celui qui ne se mélange pas aux gens et ne patiente pas à leur mal ». (4).

Mais comment extérioriser cette parole ? Nous devons exercer la parole bénie (La ilaha illa Allah) au quotidien dans la simplicité pour rester accessibles et éviter la vanité. Si je suis sincère avec un cœur orienté vers Dieu (Dhikr), avec mon sourire et une apparence agréable, je me donne les moyens de tisser le lien et de rassurer mon interlocuteur avec qui je souhaite partager quelque chose.

Ce travail de communication est un acte spirituel en recherchant à plaire à Dieu, en invitant à redécouvrir en soi et chez les gens un trésor perdu.

(1)   Coran : Sourate 41, verset 33

(2)   D’après le hadith de Djibril (paix sur lui), « Islam, Iman, Ihsan » représente les trois niveaux de la religion musulmane.

(3)   Rapporté par Al-Boukhari

(4)   Rapporté par l’imam Boukhari

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