La beauté de la langue arabe

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La rentrée 2018 a été mouvementée par la publication d’un rapport établi par l’institut Montaigne en septembre 2018 intitulé ‘LA FABRIQUE DE L’ISLAMISME’ et proposant, pour lutter contre l’islamisme, l’idée que ‘relancer l’apprentissage de la langue arabe est majeur tant les cours d’arabe dans les mosquées sont devenus pour les islamistes le meilleur moyen d’attirer des jeunes dans leurs mosquées et écoles’.

Le rapport propose donc une alternative aux parents de confession musulmane portant sur le choix de l’apprentissage de la langue arabe pour leurs enfants via l’école publique.

A cette proposition, certaines voix politiques se sont levées pour dénoncer un tremplin au communautarisme ou à l’islamisation de la France.

Ce débat laisse émerger une pléiade de questions : est-ce une première en France que de proposer l’apprentissage de l’arabe en école primaire et en classes supérieures ? Ce projet est-il finalement facteur d’ouverture d’esprit, d’un meilleur vivre-ensemble, d’un lien social plus fort, d’un gage de réussite scolaire ou plutôt d’un repli sur soi, d’une ségrégation, d’un tutorat des parents de confession musulmane en manque de discernement sur les risques que représenteraient les mosquées et autres écoles privées ? Faut-il mettre en concurrence les mosquées de France et l’école publique ? Doit-on marquer une rupture entre les lieux de culte et les institutions françaises ou plutôt encourager le dialogue et la coopération comme c’est déjà le cas dans de nombreuses villes de France ?

Mettons de côté toutes ces questions et laissons-nous emporter dans une courte promenade à la découverte de cette langue qui va nous raconter son histoire et peut-être nous inspirer…

Mon Histoire : la langue arabe

Mon histoire est très ancienne. J’appartiens à la famille des langues sémitiques d’Asie occidentale et d’Afrique du Nord. Nous étions environ trois cents mais une grande partie de cette famille s’est éteinte dans le temps tandis qu’une autre partie fut conservée pour un usage liturgique. De toute cette grande famille, je suis celle que l’histoire a su le mieux conserver et enrichir au fil des siècles pour faire de moi une langue vivante dont les racines sont vastes et profondes à l’image d’un arbre millénaire.

Au milieu des tribus arabes de la péninsule arabique, tel un arbre majestueux, j’attirais sous mon ombre les plus grands poètes qui cultivaient une tradition orale très riche et faisaient de moi leur patrimoine le plus précieux. Je représentais pour ces hommes toute leur richesse. Je portais en moi la mémoire de leurs ancêtres et de leur histoire.

Ces hommes, qui étaient des amoureux de la poésie, avaient institué des concours annuels où se concurrençaient les tribus par le biais de leur poète. Ces concours se déroulaient à Okaz et Nakhla  dans la périphérie de la Mecque. Les pièces de vers (Kasida) les plus appréciées furent suspendues aux murs de la Kaaba. Leurs prouesses m’avaient conféré quelque chose de sacré. Ces poésies furent appelées les Moallakat ou poèmes suspendus qui constituent encore aujourd’hui des éléments de référence linguistiques.

Cette tradition orale des temps anciens fut enrichie par l’écriture qui me fut destinée. Je la dois au script nabatéen qui lui-même émanait du système d’écriture araméen. Mes premières écritures étaient encore peu développées et souffraient d’un certain nombre de lacunes, notamment le manque de lettres pour certaines consonnes et l’absence de tout système d’indication de voyelles.

Je pouvais déjà être fière et m’enorgueillir de ce que j’avais et des honneurs que ces hommes m’avaient accordés. Cette notoriété me suffisait, je pouvais un jour m’éteindre en paix auprès de mes sœurs oubliées.

Mais le destin en a voulu autrement en me préparant à un avenir extraordinaire. Il m’extirpa de ma fierté et de mon innocence juvénile (qui m’allait bien somme toute !) pour me charger d’un lourd dépôt auprès des hommes au-delà des tribus arabes qui m’avaient adoptée et des dunes d’Arabie que j’avais sillonnées. Jusqu’où irai-je dans mon aventure et pour combien de temps encore ?

Installée à la Mecque, lieu de pèlerinage ancestral, bâti par Abraham et son fils Ismaël, où vivaient désormais leurs descendants arabes, je devins un jour, à l’issue d’une naissance bénie, la langue maternelle d’un de ces enfants d’Ismaël que l’on nomma Mohammed – Le loué. Pour parfaire son éducation et l’apprentissage de la langue, il séjourna comme la plupart des enfants de son âge à l’extérieur de la Ville en compagnie des tribus du désert. Sa compagnie qui était d’une agréable douceur m’enseigna la sagesse, la profondeur, la force du silence, la véracité, l’amour et la bienveillance. Ses propos étaient pondérés et pleins de vigueur. Je vivais dans un havre de paix en sa présence. Tout au long de sa vie, il m’épargna de la duplicité, de toute forme de violence ou de mensonge. On l’appelait Al Amine – le digne de confiance.

Sa noblesse de caractère me libéra de la vanité des poésies anciennes, qui au-delà de leur finesse, n’avaient d’autre dessein que d’alimenter les rivalités et exacerber le tribalisme. Digne de confiance auprès des hommes, il l’était également auprès du Créateur qui lui confia le lourd dépôt d’adresser le dernier message divin à l’humanité, Le Coran. Nos chemins se sont croisés en ce VIème siècle et nos destins furent liés. C’est une lourde parole qui fut déposée dans le cœur de cet homme incarnant les plus nobles vertus humaines et qu’il m’incombait de rendre intelligibles.

L’expansion rapide du message en quelques décennies, a exigé d’apporter des réformes à mon écriture, née modestement, pour lui conférer une architecture lui ouvrant les perspectives d’une formidable émancipation. Ce sont vingt-huit lettres représentant des consonnes qui me composent pour s’écrire de droite à gauche. Trois d’entre elles sont également utilisées pour représenter les voyelles longues. Les voyelles courtes sont représentées à l’aide de signes diacritiques au-dessus ou au-dessous d’une lettre pour donner le son a / ou / i.

De nombreux peuples m’ont adoptée avec l’islam, ce qui a donné naissance à des dialectes régionaux en Afrique et en Asie.

Au fil des générations, ma terminologie dans différentes disciplines (sciences, philosophie, art, littérature…) s’est enrichie par le biais des traductions et de recherches universitaires. Au VIIIème siècle, j’étais utilisée par de nombreux chercheurs, arabes et non arabes, musulmans, chrétiens et juifs dans les milieux intellectuels et scientifiques. J’ai pu offrir d’innombrables mots aux langues du monde. 2 000 mots pour l’anglais, plus de 400 pour le français, 10 000 pour l’espagnol.

Si des fractures de l’histoire des hommes ont freiné cet élan de partage culturel et scientifique, je conserve néanmoins ma vocation première d’offrir à qui est animé de questions intérieures et veut redonner du sens, les outils pour prêter l’oreille et comprendre le dernier message divin.

Mon espoir et ma joie, en tant que langue du monde, se trouvent dans l’amour et la simplicité dans lesquels je suis enseignée. Je termine par le témoignage de deux enfants (7ans et 3 ans) que je rencontre dans une école de l’Est parisien les mercredis après-midi et dimanches matin :

«  L’école arabe on apprend plein de mots comme Chamsun, Qamarun, Matarun, Kitabun, ainsi que les couleurs… Quand on arrive, c’est comme à la maison, on range nos chaussures dans les tiroirs et on met nos chaussons. On fait plein d’activités comme le dessin, le coloriage, des jeux, on construit une tour… les deux maitresses nous parlent qu’en arabe et c’est très amusant. J’aimerais apprendre à dire une phrase, à comprendre toutes les phrases en arabe et aussi à lire un livre. Mon frère aimerait faire de la pâte à modeler… »

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