Islamophobie, jusqu’où ira l’indifférence ?

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Le 10 février 2015 est une triste date. Shaddy Barakat (23 ans), son épouse Yusor Mohammad (21 ans) ainsi que la petite sœur de Yusor, Razan Mohammad Abu-Salha (19 ans), trois jeunes américains de confession musulmane et d’origine arabe ont été lâchement décimés par un fanatique mu par une islamophobie publiquement assumée.

Ce crime, qui est malheureusement loin d’être un acte isolé, rappelle dans sa barbarie et dans sa cynique motivation une série d’agressions qui ont coûté la vie à de nombreuses victimes dans une indifférence quasi générale, notamment celle de Marwa El Sherbini, jeune maman enceinte de trois mois assassinée de dix-huit coups de couteau en plein tribunal de Dresde, dans l’ex-Allemagne de l’Est.

Une émotion à géométrie variable

Beaucoup d’observateurs ont soulevé l’absence d’une réaction officielle des politiciens à la mesure de la gravité des crimes commis ainsi que leur faible médiatisation. Ces personnes n’étaient visiblement pas de bonnes victimes. Seuls les réseaux sociaux ont relayé l’information et véhiculé l’indignation des citoyens ainsi que leur solidarité.

C’est malheureusement un fait, les attentats et plus généralement les différentes atteintes aux droits de l’Homme, suivant l’origine, la religion, la couleur ou la « race » des victimes, ne suscitent pas le même traitement de faveur de la part des faiseurs d’opinion. Toutes ne mériteraient pas les minutes de silence planétaires, toutes n’auraient pas droit aux deuils nationaux, aux condamnations unanimes, aux unes des J.T et autres émissions spéciales ou commémorations nationales.

C’est que le pouvoir officiel (à ne pas confondre avec les peuples), orchestre, pratique et encourage depuis longtemps une compassion narcissique à visée politique qui va exclusivement à l’endroit des  »semblables ». Il semble avoir perdu cette sensibilité humaniste qui enjoint à la solidarité universelle et spontanée envers tout être humain victime de violence et d’injustice sans arrière-pensée et sans calcul politique.

Ce phénomène de relativisation et d’hiérarchisation de la dignité humaine selon des critères politiques, sectaires et tribalistes est une offense aux fondements mêmes de la civilisation occidentale dans ce qu’elle a de meilleur et d’universel.

Cette tendance est un aveuglement politique et historique qui s’inscrit dans un déclin du système de valeurs occidental et confirme le constat de plus en plus partagé de l’inversion et de la perversion de ses valeurs par ses représentants les plus en vogue aujourd’hui, les vautours capitalistes et leurs relais médiatiques, intellectuels et politiques.

Les voix qui résistent à ce nouvel ordre moral mondial, qui tentent de préserver une certaine intégrité et incorruptibilité, qui condamnent la double éthique, pratiquent la compassion universelle à l’égard de l’injustice et la misère, fustigent la violence sur l’Homme et son environnement, refusent le pillage de la planète et de ses ressources et appellent à un autre monde, sont vigoureusement combattues, poussées à la marginalité et diabolisées.

L’islamophobie est une réalité, non un fantasme

Le spectre de l’islamophobie, qui va du traitement médiatique pernicieux jusqu’au meurtre gratuit en passant par les lois sur mesure et les mesures d’exception, est une réalité complexe, un mouvement en plein essor et un phénomène en voie de banalisation et d’institutionnalisation assez avancée dans nos sociétés européennes.

Il s’agit surtout d’une grande violence quotidienne qui refuse d’accepter l’autre (musulman)  dans sa différence, le déshumanise et le désigne comme l’ennemi intérieur à contrôler voire à déporter le cas échéant, comme l’ont déjà suggéré certains porte-voix d’une islamophobie décomplexée.

Une certaine classe économique politique, médiatique et intellectuelle aux intérêts connivents, entretient inconsciemment ou nourrit pour des enjeux et des agendas complexes ce climat d’islamophobie, de peur, de pression, de tension et de conflit. Elle endosse la responsabilité politique et morale de ce déchaînement de racisme anti-musulman, de violence tant latente que manifeste et surtout de la fragilisation des liens sociaux et la déconstruction de l’universel qui unit les Hommes et fédère les citoyens.

Le rejet des musulmans et de l’islam est loin d’être un phénomène spontané qui ne se nourrirait que d’une actualité violente ou d’une certaine religiosité frustre et réactionnaire de la part de certains musulmans. Bien au contraire, il représente aujourd’hui un projet politique à part entière, une stratégie globale appuyée par des thinks tanks, des mécénats et des budgets conséquents[1].

Ce mouvement vise un certain nombre d’objectifs :

– Convaincre l’opinion publique que la présence musulmane en Occident constitue une menace démographique, culturelle, économique et sécuritaire selon le schéma du « choc des civilisations ».

– Déconstruire un « Nous » universel potentiellement menaçant pour les intérêts d’une minorité dominante au profit d’une vision binaire de la société et du monde qui s’ouvre sur des logiques de confrontation et de violence.

– Faire diversion en diffusant les fantasmes que les relais médiatiques et politiques se chargent de faire imposer comme vérités sacrées.

– Délégitimer tout soutien aux causes justes et aux mouvements de libération qui transcende la solidarité tribaliste primaire, notamment le soutien à la cause palestinienne.

La victimisation n’est pas un projet

Ce climat de tension permanente rend le travail de compréhension/communication extrêmement périlleux et complexe, quelle que soit son échelle.

Il est certes important de dénoncer l’injustice et les discriminations dont sont victimes les musulmans et de ce fait, abandonner une attitude de fatalisme et de passivité fustigée d’ailleurs par l’enseignement de l’islam. L’explosion de ces discriminations n’est que le résultat de l’insignifiance politique et économique des populations issues de l’immigration et du déficit d’investissement dans les affaires publiques.

Mais il ne s’agit aucunement de se complaire dans une posture de victime, ni de rentrer dans une compétition victimaire pour arracher un statut qui nous est refusé, ni de culpabiliser une population désinformée et apeurée.

C’est une démarche stérile qui pourrait nous emprisonner dans une posture subtilement dictée par d’autres volontés, nous enfermer dans une spirale de violence contraire à nos principes, nous détourner de notre mission réelle dans la société et nous réduire à une existence (politique) de survie, de réaction et finalement, de non-projet.

Il ne s’agit donc pas de riposter mais de répondre sereinement avec un projet global de participation qui dit notre message dans sa positivité, témoigne de nos valeurs universelles et cherche dans ce contexte de tension, de méfiance et de confusion, une vérité commune, une fraternité commune, et des combats communs pour le bien commun. Sur ces valeurs universelles que nous partageons, nous pourrons prendre le temps et le recul nécessaires afin de mieux comprendre nos conflits, accueillir mutuellement nos inquiétudes, collaborer et cheminer ensemble pour une société juste, solidaire et fraternelle enrichie de ses différences.

 


[1] http://www.courrierinternational.com/article/2010/09/09/quand-la-droite-joue-a-faire-peur)

http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/GRESH/8182

1 commentaire

  1. On a été colonisés car était colonisables écrivait Maleck Bennabi. Aujourd’hui tous les musulmans pleurent sur l’islamophobie mais lorsqu’il y a une manifestation il y a… 30 personnes. Pendant ce temps-là, tout le monde se déplace dans les centres commerciaux ou dans des mosquées transformées en centre d’animation où durant des conférences-opium des imams-blédards y prêchent un islam archaïque et immigré où l’on entend des sectes dire que les manifestations sont harams.
    De plus, la plupart des musulmans sont kafirophobes, ils dénigrent et méprisent tout ce qui n’est pas eux. A tel point que certains disent que ce n’est pas grave de voler un non musulman !! Enlève la poutre qui est dans ton oeil disait Jésus. Il est temps que les musulmans comprennent qu’ils sont occidentaux, que l’altérité a du bon et redécouvrent l’islam éternel et non l’islam de papy-le-blédard ou du barbu-barbant-intégriste.
    Le jour où lorsqu’une manifestation sera organisée sur la Palestine ou l’islamophoie nous serons 500 000 personnes cela bougera.( en région parisiene nous sommes plusieurs millions). D’ici-là arrêtons de pleurer, nous sommes nous-mêmes les artisans de notre propre déchéance

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