L’après Charlie Hebdo, ou le défi du vivre-ensemble actualisé

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En dépit des zones d’ombres qui les entourent, les événements tragiques qui ont récemment secoué l’hexagone, ont réactualisé la question du vivre-ensemble et d’une certaine manière, la gestion politique et sociétale de la diversité religieuse et culturelle en France et en Europe.

Malgré la transversalité de la question, c’est autour de l’Islam et de l’Islam seulement, que se sont une fois de plus polarisés les idées et les sentiments de peur, d’inquiétude, de panique voire de haine, empêchant ainsi le déploiement serein d’un débat utile et urgent pour notre société.

L’analyse rapide des différentes réactions suscitées par cette conjoncture confuse fait émerger deux grandes tendances, présentes d’ailleurs de façon permanente dans le débat public français dès lors qu’il est question de l’Islam :

– D’une part une tendance minoritaire et ostracisée, qui s’efforce d’analyser les problématiques sociales dans leur complexité en soutenant l’idée que le vivre-ensemble devrait être in fine, un effort collectif librement consenti par des citoyens égaux en droits et en devoirs. Il s’agit d’un projet permanent qui se nourrit tant du volontarisme étatique que d’une citoyenneté critique et active conjuguant le respect des différences de chacun dans l’adhésion aux valeurs communes.

Ce qui sous tend cette approche n’est autre que la conviction que nul n’a le monopole de la nation et de ses valeurs, et qu’aucune force ne peut prétendre détenir seule les clefs d’une solution aux crispations et au malaise profond d’une société désormais plurielle et multiculturelle, au risque de trahir ses valeurs et de sombrer dans un totalitarisme arrogant et dangereux.

– D’autre part, une tendance dominante qui dans son obsession de communautariser les problèmes sociaux, se trompe (non sans arrière-pensée) de diagnostic et désigne le musulman dans sa représentation essentialiste comme l’ennemi intérieur. Elle juge de ce fait la présence musulmane comme une « altérité radicale », une menace au vivre-ensemble et un danger pour la sécurité et l’identité des sociétés européennes.

Dans cette perspective, la citoyenneté et le vivre-ensemble se réduiraient à un acte d’allégeance et de soumission qu’une partie de la population issue de l’immigration post-coloniale (de surcroît sans poids politique ni économique) devrait sans cesse renouveler à l’adresse d’une avant-garde  »républicaine » s’octroyant le droit de parler au nom d’une majorité apeurée et désinformée.

Le vivre-ensemble, dans cette vision de la société, devient une adhésion exigée d’en haut à un modèle républicain pourtant discrédité par ses propres promoteurs et manquant cruellement de crédibilité et de cohérence, tant dans sa politique intérieure que dans son action internationale. Il n’en est aujourd’hui que tristement réduit au contrôle social et sécuritaire d’une population suspecte et suspectée.

Si rien n’est plus dangereux pour la cohésion d’une société que la critique manichéiste et démagogique de ses maux, l’approche qui s’impose et qui domine malheureusement le débat public, est loin d’apporter des solutions intelligentes aux problèmes collectivement et objectivement diagnostiqués.

Bien au contraire, elle ne fait que creuser le fossé d’incompréhension entre les différentes composantes de la société, fragiliser les liens qui transcendent les particularismes et exacerber les pires sentiments de frustration et d’humiliation au profit de quelques victoires électoralistes et lobbyistes.

N’en déplaise aux adeptes de la théorie du choc des civilisations et contrairement à ce que préconisent les bonnes volontés paternalistes, ni les lois sécuritaires et juridiques ni les mesures budgétaires ne peuvent apaiser les tensions qui minent notre société et qui nécessitent un travail de fond et des réponses partenariales, globales et intelligentes.

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