L’Islam et le développement personnel

4
315

L’occident est inondé de thérapies brèves et d’outils de développement personnel, mêlant les techniques qui marchent et les pseudo-théories aux effets plus que douteux. Néanmoins le constat est le suivant : on s’intéresse au bien-être de l’Homme et on développe des programmes en vue de l’aider à sortir des bassesses de sa condition. Tandis que le monde musulman se suffit d’une posture d’ignorance des souffrances de la psyché et de l’âme, à croire que le musulman et la musulmane ne souffrent pas et n’ont besoin ni de soins, ni d’accompagnement.

Pourtant le développement positif de la personne humaine est la finalité essentielle de l’enseignement de toutes les révélations, de toutes les religions. Que ce soit au niveau individuel, familial ou communautaire, ceci n’est pas étonnant car quel meilleur connaisseur et précepteur de l’âme que son Créateur ? Nous avons peu à peu oublié l’essence de notre religion dont le but est d’élever l’humain, pour en faire quelque chose de formel qui ne s’attache qu’à codifier chaque aspect visible de sa vie, tout en omettant de développer son bonheur profond.

Pléthore de méthodes en occident

Tout d’abord, outre atlantique, puis de plus en plus en Europe, l’on commença à s’intéresser au développement du bonheur humain. Beaucoup de techniques sont alors apparues, souvent détachées de toute croyance : psychanalyse, hypnose, programmation neurolinguistique, sophrologie, etc. Il y a du bon et du mauvais dans toutes ces « sciences » de l’âme, un grand nombre de témoignages nous sont parvenus à travers le temps pour plaider en faveur de ces outils de développement. Ce ne sont aucunement des sciences exactes, et certaines critiques légitimes peuvent leur être opposées, néanmoins nous pouvons poser le constat suivant : ce sont des démarches nobles qui aspirent à aider l’Homme à améliorer sa condition et soigner les maux de son âme.

Mais nous sommes en droit de nous poser la question suivante : l’Occident est-il seul mandataire dans ce domaine ? N’existe-t-il ni équivalent, ni alternative dans le monde musulman ? Sommes-nous si dépourvus d’empathie au point de laisser nos coreligionnaires souffrir des attaques de la vie sans proposer de solution ? L’islam ne s’y intéresse vraiment pas ? Pourtant le Coran et la tradition de notre noble prophète (paix et salut de Dieu sur lui) regorgent de recommandations et de leçons pour traiter les maladies du cœur, du corps et de l’âme. Nos pieux prédécesseurs profitaient, dans un monde moins matérialiste, de ces méthodes coraniques et prophétiques afin de s’élever plus près des cieux. Pour preuve, il a été rapporté que le grand chaykh Ibrahim ibn Adam, a dit : « Si les rois savaient la douceur que nous avons trouvée (dans la foi), ils se battraient avec nous par l’épée pour l’obtenir. »

Désert aride dans le monde musulman

Il est désolant de constater qu’à notre époque, gangrénée par le littéralisme et le matérialisme, on refuse au musulman le droit d’être malade psychiquement, on n’écoute pas l’âme éperdue, on ne promeut pas son ascension, sa motivation et l’affirmation de soi. Aucune place pour l’émotion et l’expression de ses sentiments et de son affect. On commande à chacun de réprouver ce qu’il ressent, d’être de roc et de marbre. Si quelqu’un éprouve des troubles de la personnalité, subit une période de dépression (ce qui somme toute est naturel), ou traverse des épreuves quelconques, on l’envoie consulter un imam, ou un raqui (exorciste musulman) voyant en cela la solution à tous les maux. Il est si facile de rejeter tous ses problèmes dans le domaine de l’invisible, des djinns et de la sorcellerie.

Pourtant notre noble religion ne manque pas d’encouragements et de sources de motivation ; Dieu dit dans le Coran : « […] Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés, ceux qui sont endurants dans la misère, la maladie et quand les combats font rage, les voilà les véridiques et les voilà les vrais pieux ! » [1]. Dans la tradition de notre bien-aimé prophète (paix et salut de Dieu sur lui), il y a de quoi faire également : « Étranges sont les affaires d’un croyant. Pour lui, il y a du bon dans toutes ses affaires, et cela ne vaut que pour le croyant. Quand quelque chose d’agréable lui arrive, il est reconnaissant et c’est bon pour lui ; et quand quelque chose de déplaisant lui arrive, il endure avec patience et c’est bon pour lui » [2].

Modéliser le prophète et transmettre son modèle

« En effet vous avez dans le Prophète un excellent modèle, pour quiconque espère en Dieu et au Jour dernier et invoque Dieu fréquemment. » [3]. On enseigne dans certaines techniques à modéliser les personnes qui réussissent afin de reproduire leur façon de faire. Cette façon de procéder est propre à l’islam depuis ses débuts. Effectivement, il nous est demandé de suivre scrupuleusement le modèle du prophète (paix et salut de Dieu sur lui), lui qui a été décrit dans le Coran de la meilleure des façons : « Et tu es certes, d’une moralité éminente » [4]. Mais au lieu de simplement copier sa tenue vestimentaire, ou uniquement ses adorations, nous devrions reproduire son comportement hautement positif, sa bienveillance et son empathie constante. Et tirer de sa vie des sciences et des techniques de développement humain, d’estime de soi et de réussite qui pourraient inspirer la communauté et le reste de l’humanité. N’oublions pas qu’il a été « envoyé comme miséricorde pour l’univers » [5] :

– Le prophète, paix et salut sur lui,  était doux : « Ô Mohammad, c’est par une miséricorde de la part de Dieu que tu as été si doux envers eux.  Mais si tu avais été rude, au cœur dur, ils t’auraient fui. » [6].

– Le prophète était connu comme le « Loyal », à tel point que ses propres ennemis laissaient leurs dépôts les plus précieux chez lui.

– Il évitait les disputes et ne s’occupait pas des affaires d’autrui.

– Il était emphatique et compatissant avec les adultes, hommes ou femmes, les enfants, les animaux et même les êtres inanimés.

– D’après Ibn ‘Abbas (que Dieu l’agrée) il était le plus généreux des hommes [7].

– Il était humble, s’habillait modestement, et vivait simplement.

– etc.

La liste est longue, nous pourrions appliquer son exemple à tous les aspects de la vie, et ainsi donner un mode d’emploi à ceux qui cherchent à sortir de leurs tourments, nous allons nous employer à donner une piste dans ce sens dans de prochains articles en abordant les qualités et les comportements du prophète (paix et salut de Dieu sur lui) si Dieu le veut.

[1] Sourate 2, verset 177

[2] Muslim

[3] Sourate 33, verset 21

[4] Sourate 68, verset 4

[5] Sourate 21, verset 107

[6] Sourate 3, verset 159

[7] Bukhari

4 Commentaires

  1. Salam aleykoum

    A une époque où beaucoup se revendiquent « coach » et  » spécialistes » du développement personnel, cet article vient à point!

    Il y a du bon dans toutes ces méthodes de développement personnel dès lors que l’on cherche à le faire en conformité avec sa foi et surtout que l’on aspire, pour ceux qui se sont formés, à aider les autres et non à aider son  » ego »!

    Le développement personnel oui! Lorsque celui-ci se veut au service de l’individu et du collectif !

    Un développement personnel égoïste est-il un développement personnel éthique?

  2. A vrai dire, je ne comprends pas votre article. Une personne musulmane déprimée ou ayant de graves phobies ou anorexique ou agoraphobe ou ayant d’autres troubles psychiques a besoin de la science de « l’Occident « pour pouvoir s’en sortir car c’est utopique et mensonger que de dire quil suffit de suivre l’exemple du Prophète pour nous guérir de nos mals. Oui la psychanalyse, l’hypnotherapie, l ‘acupuncture la PNL et d’autres méthodes peuvent faire du bien. Je regrette que lorsque l’Occident ne cesse d’avancer et de développer des nouvelles thérapies nous musulmans sommes encore au stade d’affirmer que le seul moyen de s’en sortir c’est de suivre l’exemple du Prophète. Le prophète lui même s’il était parmi nous aujourd’hui , nous aurait conseillé d’aller consulter un Occidentale…

  3. Amna! L’auteur ne dit pas ça, bien au contraire dans un passage il dit bien que nous devons nous intéresser au mal-être des musulmans et qu’il y a dans le développement personnel une démarche noble!

    Rappeler que nous avons dans notre foi des méthodes prophétiques pour aller bien ne nie pas qu’il y a aussi en complémentarité d’autres  » sciences » pouvant nous aider!

    Je comprends de cet article que nous avons déjà dans notre foi un bon bagage que nous nous devons d’explorer et comprendre puis se diriger également vers les sciences du développement personnel!

  4. Chère soeur Amna (si vous êtes bien une soeur). Je n’ai pas été assez clair dans l’article je pense. Je vous rejoins tout à fait dans ce que vous dites : le musulman doit chercher le bien là où il se trouve, jusqu’en Occident ou Chine ou que sais-je. Je suis moi même coach en développement personnel, je me forme à la PNL, j’ai déjà fait de la sophrologie et j’utilise les outils développés par les thérapies brèves. J’alerte dans le texte ci dessus sur le fait d’occulter les difficultés des croyants en les renvoyant souvent à la Roqya (exorcisme musulman) pour tout et n’importe quoi. Je dis simplement que dans le modèle du prophète, nous avons un bel exemple pour vivre une belle vie, soigner nos maux, et que nous pourrions beaucoup apporter à toutes ces sciences de l’âme si nous nous inspirions plus souvent de notre bien aimé. Je m’excuse de n’avoir pas exprimé cette opinion plus clairement.

Laisser un commentaire

Merci de saisir votre commentaire
Merci de saisir votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.