Se maîtriser face à l’égo

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Dans le Coran on lit « Dieu ne change le destin d’une société que dans la mesure où celle-ci opère le changement de son être profond » (1)

Comprendre la nature de l’Ego et son mode de fonctionnement est d’une importance capitale si l’on souhaite accéder à une sérénité de l’être et être toujours disponible pour l’essentiel qui mérite vraiment qu’on lui consacre notre existence courte et éphémère.

L’Ego qui traduit le mot Nafs en arabe est l’être profond, à ne pas confondre avec l’esprit (Rouh), qui est notre être vrai au-delà des formes et des couches physico-psycho-humaines.

Ce dernier ne se manifeste à nous que si, par la lumière du cœur nous transperçons les ténèbres composées de nos obscurités psychiques plongées elles-mêmes, par le corps, dans l’obscurité du monde phénoménal.

Abdessalam Yassine (paix à son âme) définit l’Ego comme étant l’instance inférieure de l’homme, son moi naturel superficiel où siègent les pulsions instinctuelles de jouissance, le goût de la dominance et la mentalité afférente à ces deux tendances. 

Il s’agit d’une notion centrale pour se connaître profondément et pour envisager son développement personnel en conséquence.  Car si l’homme est perfectible, son chemin vers la perfection n’est pas un long fleuve tranquille. C’est un chemin qui se fait nécessairement dans une forme d’ascension graduelle et de prise de conscience de ce qui nous agite dans un sens ascendant ou dans une voie descendante. Une ascension qui s’appuie sur des aptitudes internes et des motivations supérieures et résiste aux motivations descendantes gravitant autour de l’Ego. 

L’Ego correspond donc à cette partie inférieure, obscure et rebelle qui empêche, autant qu’elle peut par sa résistance et son impact manifeste ou latent, grossier ou insidieux, le progrès, la quiétude et l’élévation morale et spirituelle de l’être humain.  Cette part d’ombre vient à s’affaiblir par la conscience de son impact et de son action dévastatrice en nous, conjointement avec l’exercice constant des vertus et le maintien d’un effort éducatif sur soi dans le giron d’un environnement propice.

Cette analyse est utile à notre réflexion-méditation sur l’invitation faite à nous par Dieu de venir à Lui en fonçant sur le sommet. La pente qui schématise la résistance au progrès moral et spirituel de l’homme est le fruit d’une jonction entre deux types de difficultés :

– Celles qui proviennent de notre rapport avec la nature et avec les hommes d’un côté.

– Celles d’ordre psychique qui sont inhérentes à notre nature.

Ces deux difficultés se marient, se croisent, s’entrepénètrent pour ne former en fin de compte qu’une seule et unique pente.

Ainsi, partout dans la littérature ascétique et mystique islamique, l’itinéraire de la vie spirituelle décrit un double processus de dévoilement de l’Ego, de sa mise à nu et de sa maîtrise progressive.

Le Coran cite trois états de l’Ego qui décrivent trois niveaux de maîtrise de soi et de liberté face au joug que l’Ego essaie d’imposer à l’homme.

1- Nafs ammâra : Ego attiré par le mal, incitateur au mal, rebelle, qui triomphe sur les motivations supérieures. Celui qui incline vers la nature corporelle et se laisse commander par toutes sortes de voluptés et passions sensibles. Il attire le cœur vers les modalités inferieures et est la demeure de  l’iniquité et la source des traits de caractères blâmables. (Le livre des définitions de Al Jûrjâni)

2- Nafs lawwâma : Ego combattu, prompt à s’accuser, qui ne cesse se reprendre, s’illuminant par la lumière du cœur dans la mesure où il y est attentif en se détournant de l’insouciance. Toutes les fois qu’il lui survient un mal par la propension de sa nature obscure, il entreprend de se blâmer et s’en déprend. Ce qui est décrit ici c’est le sens même et le fruit de l’éducation et du cheminement spirituel authentique.

3- Nafs mutmaînna : Ego apaisé, tranquillisé, serein. C’est l’être profond dont l’illumination est parfaite par la lumière du cœur au point qu’il se trouve dépouillé de ses attributs blâmables et façonné par les traits de caractères louables.

 Quand Dieu nous enseigne que « Oui, Nous avons créé l’Homme et Nous savons ce que son Ego lui souffle » (1), nous apprenons queL’Ego n’est pas une pure illusion. Il est bel et bien une vérité complexe avec laquelle tout être humain doit composer. L’Ego cherche par son action à infléchir notre existence dans une direction, nous communiquer une idée, un sentiment, une manière d’être centrée sur la jouissance et la dominance. 

Or, nous sommes appelés à vivre à un niveau d’expérience plus élevé par la conscience active de ce que nous sommes profondément, de notre potentiel à nous élever moralement et spirituellement et de notre vocation d’êtres promis à la félicité éternelle.

(1)     Coran : Tonnerre, 11

(2)    Coran : Qaf, 16

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