Une femme est née

Entre hier et aujourd’hui, des choses avaient changé dans sa vie. Venue d’ailleurs et partie loin. La planète était vaste. Elle pensait que la vie était coincée entre les murs si proches de ces habitations presque enchevêtrées les unes dans les autres. Les rues de la vieille médina sont des chemins tumultueux où se fracturent parfois certains rêves ou n’osent parfois pas naître de peur d’être avortés.

Par la petite fenêtre, de cette vieille bâtisse, la lune s’élève parfois dans le ciel. Elle a de la chance cette lune… Elle pouvait surplomber le monde entier et voir la terre. Elle aurait tellement aimé être à sa place. Par cette obscurité, elle cherchait une lueur dans sa nuit qui pouvait la tirer de son désespoir. Pourquoi se sentait-elle si désespérée ? Toutes les femmes de son pays l’étaient finalement, pourquoi déroger à la règle alors ?

Elle, elle se voyait différente. Elle voulait s’en sortir et casser ses chaînes. Enfant, elle entendait comme toutes les filles que plus tard, quand elle grandirait, elle se marierait et aurait beaucoup d’enfants. On vendait ce rêve à toutes les petites filles, comme si leur mère, victimes de leurs enchaînements, les faisait patienter en leur vendant le mariage comme LA solution. Pourtant, leurs mères elles-mêmes, s’étaient bien rendues compte qu’elles n’avaient pas réalisé leur rêve en se mariant. Le défaut ne concernait pas l’institution du mariage mais bel et bien la mentalité de chacune. Vouloir s’émanciper par le mariage en ne sachant pas dans quelle direction aller, est l’erreur. Elle voyait des cousines ne vivre que pour le jour où elles porteront la robe blanche presque en dépit du choix de celui qui sera à côté, en costume cravate le jour J. Elle ne voulait pas reproduire ce modèle que toutes les mères transmettaient à leurs filles. Elle rêvait de liberté, de vastes horizons et de choix. Non pas parce qu’elle était contre l’idée de fonder une famille ou être en couple. Au contraire. Elle aspirait au changement. Elle avait compris que la femme, née de la côte de l’homme, repris par beaucoup de machistes comme « née d’une côte difforme », était la composante essentielle. Comment pouvait-on penser que le plus bel être, celui par lequel l’humanité se perpétue, soit dénigré à ce point ?

L’islam représentait pour elle, cette émancipation revendiquée par les féministes d’aujourd’hui. Elle s’y sentait libre. Mais la mentalité des personnes qui l’entouraient, malgré leur appartenance à ce même islam, l’enchaînaient. Elle ne comprenait pas pourquoi certains, hommes, exerçaient, au nom de l’islam, une pression sur la femme pour pratiquer leur religion. Avaient-ils oublié le dernier discours du Prophète, celui où il conseillait de prendre soin des femmes ? Sûrement. Et puis, quiconque veut se sentir fort et convaincu de son bel agir, exerce sa force sur celui qui est plus faible que lui. Elle était convaincue qu’elle était, par Dieu, et pour Dieu, une femme libre qui fait ses propres choix, car par l’obéissance de son Seigneur, elle avait gagné le salut. Un homme aussi, avait revivifié cette belle religion, et qu’elle avait découvert en pleine tourmente, au moment où la femme était marginalisée et utilisée comme jamais auparavant, par les musulmans comme par les non-musulmans, Abdessalam Yassine[1], lui, avait compris. Parmi les hommes, il y en avait un qui avait entendu l’appel. Celui fait par le Prophète dentant, de laisser à la femme la place qu’elle mérite et qu’elle peut assumer pleinement. Pas seulement fonder une famille et se marier. Mais à travers son engagement, dans sa famille, au sein de son couple, dans sa société, dans sa communauté, vivre et s’affirmer comme l’élément central à la réussite à tous les niveaux.

Une renaissance. Une deuxième naissance. Ensevelie pendant des années sous terre, son visage n’avait aucun éclat. Vint le jour, où elle pouvait parler et crier haut et fort son détachement de ses boulets. Désormais, rien ne l’arrêtera. Car un rayon a brillé dans le ciel, lui montrant la voie, elle le suivait pleine de motivation et de courage.

 


[1] Abdessalam Yassine, « Tanwir Mouminate » traduit en français en 3 tomes (le 4 ème et 5ème à paraitre prochainement), sous l’intitulé « Femmes Musulmanes, Traité sur la voie »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page