Racisme en France : la tolérance progresse, les préjugés demeurent

Dans son rapport annuel publié jeudi dernier, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) souligne un paradoxe : le niveau de tolérance des Français atteint un niveau historique tandis que les actes racistes, les discours de haine et les préjugés continuent d’augmenter. Explications.

Une société de plus en plus tolérante, mais confrontée à une hausse des actes racistes, antireligieux et xénophobes : tel est le paradoxe mis en évidence par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) dans son rapport annuel publié jeudi. Si l’indice de tolérance atteint un niveau inédit, l’institution s’inquiète de la persistance des préjugés xénophobes au sein de la société française, en particulier chez les plus jeunes.

Un niveau de tolérance en constante progression

L’enquête de la CNCDH, réalisée à la fin de l’année 2025 auprès d’un millier de personnes représentatives de la population adulte vivant en France hexagonale, analyse les perceptions à l’égard des minorités noires, asiatiques, arabes, roms, musulmanes et juives. Elle dresse un panorama des préjugés et des représentations qui traversent la société.

Alors que certains discours médiatiques décrivent une société de plus en plus fracturée, « l’indice de tolérance » élaboré chaque année par la CNCDH depuis 1990 continue de progresser. Établi sur une échelle de 0 à 100, il atteint 64 points en 2025, soit un point de plus qu’en 2023. L’étude souligne également que ce niveau de tolérance augmente au fil des générations.

Des préjugés toujours fortement ancrés

Cette « polarisation générationnelle » ne fait toutefois pas disparaître les préjugés xénophobes, qui demeurent largement présents. En parallèle, les services de l’État font état d’une recrudescence « des actes de haine » sur le terrain. Le ministère de l’Intérieur a recensé 9 737 crimes et délits à caractère raciste ou antireligieux en 2025, soit une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente, tandis que les atteintes physiques ont progressé de 11 %.

L’enquête montre que 59 % des Français estiment que les immigrés viennent principalement pour bénéficier de la protection sociale, 44 % considèrent que l’immigration constitue la première cause de l’insécurité, et 35 % pensent encore que les Juifs entretiennent un rapport particulier à l’argent. Des préjugés tenaces qui se transmettent très tôt.

Pour Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH, « Comprendre comment peuvent se former les préjugés dès le plus jeune âge, comment ils se transmettent, s’intériorisent ou se banalisent, constitue un levier essentiel pour faire reculer le racisme. L’enfance est un temps fondateur. » Le rapport alerte également sur l’exposition croissante des mineurs à des contenus pornographiques sur les réseaux sociaux, qui véhiculent fréquemment des représentations sexistes et racistes renforçant les stéréotypes.

Les musulmans « acceptés » mais mal perçus

Le rapport observe également une évolution des perceptions liées aux guerres dans le Proche-Orient. Depuis le 7 octobre 2023, l’image d’Israël s’est dégradée : 26 % des Français estiment que les Israéliens portent « la plus grande responsabilité dans la poursuite du conflit israélo-palestinien », soit une progression de neuf points en un an, alors que cet indicateur était resté stable en 2023 et 2024.

Si l’acceptation des musulmans progresse globalement, leur indice de tolérance demeure inférieur de trois points à la moyenne nationale. Les principales réserves portent sur l’islam perçu comme une menace pour l’identité française (22,1 % contre 19 % en 2024) et des pratiques religieuses jugées « incompatibles avec la vie en société » : 43,7 % des personnes interrogées évoquent le jeûne du ramadan, 53,5 % les prières et 65,4 % le port du voile.

En 2024, les parquets ont traité 10 035 affaires liées à des infractions à caractère raciste (+17 %), tandis que 7 884 personnes ont été mises en cause (+16 %). Parmi ces procédures, 59 % ont été classées sans suite, soit onze points de plus que dans le contentieux général, et 41 % ont donné lieu à une réponse pénale. En préambule du rapport, Jean-Marie Burguburu regrette enfin que « La classe politique au pouvoir n’a toujours pas mesuré l’urgence d’agir et semble même s’être progressivement désengagée de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ».

Via
mizane.info

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