Carpe diem

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Il fait nuit. Pas une lumière à l’horizon. J’ai à ma main cette lampe à manivelle que je dois tourner à toute vitesse pour éviter qu’elle ne s’éteigne. Surtout pas, oui surtout pas ça ! Il fait si sombre et marcher ainsi sur ce petit chemin boisé me donne des frissons. J’avoue, j’ai peur du noir. Alors, tête baissée, je presse le pas.

 « Arrêtez-vous ! Chuuuut, arrêtez-vous et regardez donc ce ciel ! »

Je suis si concentrée sur l’endroit où je dois poser pied et voilà qu’on me demande de lever le regard. Normal, il n’a pas peur lui, du noir ! Mais il doit bien y avoir quelque chose…

« Dis : regardez ce qu’il y a dans les cieux et sur terre »[1]

Je m’exécute et comprends soudain à quel point ça valait la peine d’oublier ses pieds ! Ce ciel est majestueux. Tapissé par les étoiles, sans un nuage pour masquer la brillance que dégagent celles-ci. Les unes plus belles que les autres. Et nous on est là, tous les quatre, admiratifs, dans un silence absolu à contempler cette merveille qui s’offre à nous. Un moment de complicité entre nous et Sa création.

Finalement, le chemin n’était pas si sombre que ça. Je ne voyais tout simplement pas la lumière. Angoissée par ce qui pouvait surgir de je ne sais où, je n’ai juste pas osé lever le regard. Mes peurs ont été mes œillères. Impossible avec elles de voir autre chose que ces points sombres là où ils n’étaient qu’illusion ! C’est fou comme elles peuvent parfois flouter la beauté de l’instant présent, et par cette relation de pur antagonisme qu’elles entretiennent avec la sérénité, nous empêcher bien malgré nous d’apprécier les merveilles que nous offre Dieu, exalté soit Son nom.

Ce n’est qu’un ciel étoilé, certes. Un détail, me direz-vous. Pas si exceptionnel en soi, puisque tant que le ciel ne nous tombe pas sur la tête, il reste encore hissé là-haut avec ses amies les étoiles !

« Il y a en vérité, dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, des Signes certains pour les êtres doués d’intelligence. Pour ceux qui invoquent Dieu, debout, assis ou couchés, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre. Seigneur ! Ce n’est pas en vain que Tu as créé cela. Gloire à Toi ! »[2]

Oui et le temps passe… Ce même temps après lequel je n’arrête pas de courir et que je peine à saisir !

Le temps, ce don bien souvent négligé et loin d’être estimé à sa juste valeur. Notre seul capital qui soit bien réel et qui s’épuise jour après jour. Celui qui ne s’apprécie que lorsqu’il est conjugué au présent, loin des nostalgies du passé et des angoisses du futur. Celui qui exige force et affront, parce que le temps présent demande à ce qu’on l’assume, à ce qu’on sache le prendre en face, l’observer, le comprendre et surtout le vivre.   

Qu’avons-nous donc à ne pas nous poser un instant et apprécier tout simplement cette journée qui s’est levée pour nous ? A méditer sur Sa sublime création et jauger notre niveau d’amour et d’adoration ? Arriverons-nous, nous aussi à aimer la création parce qu’elle est tout simplement l’œuvre du Créateur ?

Al Boukhâri rapporte ces propos d’Anas ibn Mâlik, le serviteur du Prophète, paix et salut de Dieu sur lui : « j’étais parti à Khaybar en compagnie du Prophète pour le servir. Sur le chemin du retour, lorsque le Prophète arriva en vue du mont Ouhoud, il dit : voilà une montagne qui nous aime et que nous aimons ».

Sommes-nous à la hauteur de ces montagnes, du soleil, des étoiles… ?

« Le soleil et la lune obéissent à un calcul ; l’étoile et l’arbre se prosternent »[3]

« Les sept cieux et la terre, et tout ce qui est en leur sein, célèbrent les louanges de Dieu ; il n’est pas une chose qui ne célèbre Ses louanges, mais vous ne comprenez pas leur chant »[4]

Vous voyez, ce n’était pas si anodin que ça que je faille louper ce spectacle d’étoiles. Rien n’est anodin si cela n’est que prétexte à la souvenance de Dieu. Alors, même une feuille morte peut raviver un cœur si celui-ci a la noblesse d’ouvrir ses portes. S’il est empli de courage pour que jamais sa vision ne soit troublée par des œillères. Celles qu’on finit par ne plus voir, par ne plus sentir leur lourdeur. Et qui une fois ôtées, on se rend compte de cette facilité qu’on peut avoir à apprécier. Juste apprécier…

Carpe Diem : « C’est aujourd’hui qu’il faut vivre. Car demain reste pour toi, ce qu’il y a de moins sûr » (Horace)

 


[1] Coran : S.10 ; V.101

[2] Coran : S.3 ; V.190-191

[3] Coran : S.55 ; V.5

[4] Coran :  S.17 ; V.44

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