Toute la tendresse qu’il nous manque…

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J’ai eu envie de commencer mon article par « un peu de tendresse dans un monde de brutes » mais, bien qu’étant véridique, j’ai trouvé cette phrase pas si tendre que ça ! Par quoi puis-je donc remplacer ce nom qui nous caractérise pourtant bien malgré nous ? Nous, l’espèce humaine, dans toute sa splendeur, dans toute sa grandeur et sa hauteur parmi les créatures…

 

Faut dire que pour écrire cet article, j’ai du me mettre en mode peace and love (c’est-à-dire en mode « enfants au lit » !… bah quoi, ne me dîtes pas que pour vous… ?) et m’armer de mon meilleur dictionnaire de synonymes puisqu’il m’en faudra bien pour faire l’éloge de la tendresse. 

Franchement, quelle idée de vouloir écrire un article sur un tel sujet ? A vrai dire, c’est en feuilletant le livre « Femmes musulmanes » d’Abdessalam Yassine, que Dieu lui fasse Miséricorde, que m’est venue l’idée de m’atteler à ce sujet.

On trouve un passage où il parle de « tendresse » à l’égard des femmes et en particulier lors de cette magnifique scène où Aisha, que Dieu lui fasse miséricorde, observe les jeux des Abyssins à la mosquée, appuyée contre les épaules du noble Prophète, paix et salut sur lui. Et comme le précise si justement l’auteur, elle reste là, à observer jusqu’à ce qu’elle s’en lasse, elle, et non le Prophète, paix et salut sur lui. Cette situation est extrêmement touchante ! Imaginez le meilleur des Hommes, le chef, le vaillant, l’éducateur, l’époux tendre et sa douce, Mère des croyants, honorée et honorable par sa valeur appuyée contre son épaule. Voyez comme le message est fort et surtout à quelle époque il s’inscrit ! Et il est loin d’être le seul. Nombreuses sont les situations dans la vie du Prophète, paix et salut sur lui, qui sont pour nous de grands modèles d’affection.

Voyez dans l’exemple qui suit, à quel point il pouvait jouer dans la flagrance comme dans la subtilité :

Un compagnon demanda au Prophète, paix et salut sur lui, « qui aimes-tu le plus » ? Il dit « Aisha ! » « Pour les hommes ? » demanda le compagnon, et le Prophète, paix et salut sur lui, répondit « le père de Aisha ! » et après lui ? « Omar Ibn al Khattab » puis il énuméra  d’autres compagnons.

Voyez l’amour et la tendresse qu’il avait pour Aisha! La flagrance en répondant spontanément « Aisha ! » et la subtilité en répondant « le père de Aisha » pour évoquer Abou Bakr as-Siddiq, que Dieu lui fasse miséricorde.

Je vais vous avouer quelque chose. Moi aussi je fais preuve de subtilité (si si c’est vrai !) lorsqu’ilm’arrive de dire à mon époux « Tes enfants » quand, fâchée contre mes loulous, je lui raconte ce que ses monstres m’ont fait subir… C’est un peu le même principe, sauf que là c’est à l’envers ! Oui c’est vrai, cette anecdote me fait sourire. Mais bien d’autres me font réfléchir… Je ne suis pas un chamallow et mes origines ottomanes n’arrangent rien. Trop de spontanéité et un franc parlé qui me font souvent défaut (là mon mari, en lisant ça, pensera « ce n’est qu’avec moi… », le pauvre !).

Maintenant que le constat est fait (hey les gourmands, vous êtes restés bloqués sur le chamallow ?) j’ai quand même voulu en savoir plus. Approfondir cette notion qui caractérisait le Prophète, paix et salut sur lui, ainsi que nos rapports avec celle-ci.

J’ai commencé par chercher des anecdotes du Prophète, paix et salut sur lui, et son affection vis-à-vis des enfants. Que de sourires et d’émotions en m’imaginant ces scènes si attachantes !

Quand il passait près des enfants, il ne manquait pas de les saluer et de leur caresser la tête. Une habitude qui pouvait parfois surprendre, comme le prouve ce hadith : Aisha (ra) a dit : un bédouin vint voir le Prophète, paix et salut sur lui, et dit : « vous embrassez les enfants et nous ne les embrassons pas » le Messager de Dieu, paix et salut sur lui répond alors « Que puis-je faire pour toi si Dieu a enlevé la miséricorde de ton cœur ? »[1]

Quand il revenait d’une bataille, il était accueilli par des enfants, et saviez-vous ce qu’il faisait ? Il en prenait un sur sa monture et demandait aux Compagnons d’en faire de même, que la paix et le salut de Dieu soient sur eux. Parmi ces petits chanceux, on peut compter ‘Abdallah Ibn Ja’far qui a eu le privilège de se retrouver ainsi avec le Prophète, paix et salut sur lui.

Vous imaginez la fierté et le bonheur de l’enfant qui se retrouve ainsi haut perché en noble compagnie ? Jamais ils n’ont du oublier cette bienveillance et cette grande marque d’attention.

Comme moi, qui n’oubliera jamais cette scène où mon père, de retour de voyages, m’avait pris sur ses genoux et tendu ces quelques livres qu’il m’avait apporté en guise de cadeau… ça a l’air si anodin n’est-ce pas ? Mais moi ça m’a marqué, d’autant plus que je montais rarement sur les genoux de mon père !

Le Prophète, paix et salut sur Lui, aimait aussi plaisanter et ce toujours avec bienveillance et affection. Par exemple, il taquinait Zaynab bint Umm Salama en disant : « Ya Zuwaynab… Ya Zuwaynab… » ou encore interpellait Anas Ibn Mâlik en l’appelant « Ô celui qui a deux oreilles ! », ou bien encore ce jour où, faisant ses ablutions, le Prophète, paix et salut sur lui, pour plaisanter mit de l’eau dans sa bouche et aspergea le visage de Mahmud Ibn al-Rabi’ âgé alors de cinq ans.

Nombreux sont les exemples de marque d’amour du Prophète, paix et salut sur lui, envers les enfants.

Ce qui est inquiétant de nos jours, c’est assurément la baisse d’attention et de tendresse que nous avons envers nos enfants (j’écris ça et j’avoue que je culpabilise… 2 secondes ok ? Je vais faire un bisou à mes loulous et je reviens… voiiiilààà c’est fait !). Observez donc cette courbe, étudiée et tracée par Steve Biddulph, l’auteur du livre « Le secret des enfants heureux » :

 

La chute est surprenante n’est-ce pas ? D’autant plus que l’enfant est sensible aux contacts, comme celui d’une main caressant la tête… comme la tienne Ô noble Prophète !

Remarquons également la hausse de la courbe due aux « attentions du conjoint (e) » (je me permets de rectifier… on est d’accord ?). Le mariage est très certainement le paramètre qui permettra à la courbe de tendresse et d’attention de se revivifier et de gagner en points. Et puis, l’effet yoyo lié à l’entente conjugale inévitable mais tellement essentielle à la construction du couple (on dit bien qu’il y a des hauts et des bas, pour le meilleur et pour le pire, à la vie à la mort et j’en passe…).

Je suis persuadée qu’il est plus facile de donner de la tendresse quand on a appris à en recevoir étant plus petit, puisqu’il y a une réelle éducation et conception qui s’instaurent avec celle-ci. Une image de l’affection qui se forme alors selon des codes qu’on a bien voulu nous léguer. Entremêlés parfois par des pratiques (et surtout des non-pratiques !) purement traditionnelles

C’est avec étonnement que j’entends encore de nos jours que par respect, un père est tenu de ne pas avoir de gestes d’amour et de tendresse avec son enfant devant une personne âgée !

Et puis, chacun sa vision de l’affection. Quand pour certains elle jaillit par la parole, pour d’autres ce sera plus par les gestes. Dans une flagrance éclatante ou une subtilité à peine voilée. Par une main qui protège, un regard complice, un sourire ensoleillé, un bras qui enlace, une joue tendue, une oreille attentive ou un simple je t’aime, la tendresse s’habille de noblesse quand elle s’inscrit dans la sincérité… à bon entendeur… !

 


[1] Hadith rapporté par al-Boukhari et Mouslim

 

1 commentaire

  1. Salam
    Merci pour ce message d’amour et de tendresse!! J’ajouterai à une phrase juste que tu as écrite « il est plus facile de donner de la tendresse quand on a appris à en recevoir étant plus petit » : « Le fait de ne pas avoir reçu de tendresse ou autre étant petit n’est pas un gros handicap, l’on peut se donner ce que l’on n’a pas reçu et en donner (et savoir recevoir) à (et par) ses enfants et époux(se).

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