Ô Seigneur, guide-moi vers Ton Amour !

C’est fait. Je l’ai pris en main, enfin. Cela faisait déjà plusieurs semaines que ce livre m’attendait et autant de semaines que je peinais à le toucher. Ce n’est pas la lecture en elle-même qui me dérangeait, mais le sujet de celle-ci et la réalité face à laquelle il allait me mettre. Son titre, « Es-tu aimé par Dieu ? »

 

Bouleversée, je m’interroge. Non pas sur Son amour puisque je sais qu’Il est le fruit d’efforts incessants. Un privilège accordé aux nobles, aux passionnés de Dieu, Exalté soit-Il. Mais plutôt sur le mien et ce qui me relie directement à Lui. La qualité, l’intensité et surtout la sincérité de mes sentiments… et c’est ça qui me fait peur.

Je tourne quelques pages et je lis une citation d’Ibn Al-Qayyim qui dit : « [L’amour est] le degré de mérite pour lequel ceux qui le convoitent entrent en compétition, l’objectif auquel aspirent ceux qui effectuent des œuvres pies, le drapeau que les concurrents s’efforcent d’atteindre, la vertu pour laquelle les fervents se livrent corps et âme ; grâce à son « odeur agréable », les adorateurs se sont régalés, il est la nourriture des cœurs, l’aliment des âmes, la fraîcheur des yeux, le souffle vital au point que celui qui en est dépourvu est plongé dans des océans de ténèbres, le remède qui, absent du cœur, le condamne à toutes sortes de maladies, le plaisir qui, absent, transforme la vie en soucis et souffrances. Par Dieu, ceux qui s’en parent ont acquis l’honneur de ce bas-monde et l’honneur de l’au-delà, car ils profitent de la présence de leur Bien-aimé avec eux.

Depuis que Dieu a déterminé la destinée des créatures en vertu de Sa volonté et de Sa sagesse efficiente, Il a décrété que l’Homme sera réuni avec celui qu’il aime. Combien est parfait ce bienfait dont jouissent ceux qui aiment Dieu ! Par Dieu, ceux-là ont devancé ceux qui œuvrent avec énergie tout en dormant tranquillement sur leurs lits et ont dépassé la caravane de plusieurs étapes tout en restant debout ».

Ces quelques lignes me transpercent le cœur et cette réalité que je redoutais tant me frappe en pleine figure. J’avais oublié à quel point les actes d’adoration étaient avant tout des actes d’amour, et par conséquent l’adorateur un « aimant » (muhibb). Un titre accordé seulement à ceux qui accomplissent parfaitement les œuvres imposées par Dieu, que Son nom soit exalté. Moi où en suis-je dans mes prières ? Suis-je à l’heure pour ces rendez-vous ? Et comment est-ce que je vis ces moments d’intimité avec Dieu ?

Puis, je lis ce hadith authentique rapporté par Muslim, dans lequel Dieu dira le Jour de la résurrection : « Voyez si Mon serviteur a accompli des œuvres surérogatoires grâce auxquelles il pourrait réparer les erreurs commises dans les œuvres imposées. ». Gloire à Dieu ! Quelle Miséricorde ! Et quelle source d’espoir…

Je comprends que ma sincérité se mesurerait alors à ma volonté de gagner Son amour. Non pas de façon périodique, comme ça arrive bien souvent, mais de façon régulière et soutenue et ce, grâce à Dieu : « En vérité, la grâce est dans la main de Dieu, Il l’accorde à qui Il veut et Dieu embrasse et connaît toute chose. Il favorise qui Il veut de Sa miséricorde et Dieu détient une faveur immense »[1]

C’est ici que l’invocation prend toute son importance. Le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Dieu, Puissant et Majestueux, dit : « Je suis auprès de Mon serviteur tant qu’il se rappelle de Moi et que ses lèvres remuent en M’invoquant ».[2] Et Dieu dit : « Invoquez-Moi, Je me souviendrai de vous »[3]

Il est là, Lui (Exalté soit Son nom)! Prêt à répondre à l’appel, à pardonner, à soutenir, à aider, à aimer… Et moi, pauvre de moi, où suis-je ?? Comment puis-je être si négligente alors que je suis privilégiée en tant qu’être humain et honorée en tant que musulmane ?

« Vous êtes la meilleure communauté qui ait été suscitée pour les hommes »[4]

« C’est Dieu qui a créé les cieux et la terre et a fait descendre du ciel une eau par laquelle Il produit les fruits qui serviront à votre subsistance. Il a mis à votre service les embarcations afin qu’elles évoluent en mer sur votre ordre, comme Il a mis les rivières à votre service. Et c’est pour vous qu’Il a créé le soleil et la lune et les a soumis à une gravitation perpétuelle comme Il a mis à votre service la nuit et le jour. Il a accédé à presque toutes vos demandes. Si vous dénombriez les bienfaits de Dieu, vous n’en feriez pas le compte. Mais l’Homme est enclin à l’iniquité, à l’ingratitude »[5]

Ibn Al-Qayyim dit que « la part de l’amour témoigné à Dieu est proportionnelle à la part de l’invocation qui Lui est consacrée » qu’elle soit par la langue, le cœur, l’acte ou l’état. Et le succès réside en sa fréquence « Invoquez Dieu fréquemment afin d’obtenir le succès ».[6] Sans oublier les invocations adressées à notre noble Prophète (paix et salut sur lui) : « Dieu et Ses Anges prient sur le Prophète. Vous qui avez la foi, priez aussi sur lui et saluez-le d’un salut plénier »[7]

Quel honneur et quelle estime ! Dieu Lui-même et Ses Anges prient sur le Prophète (paix et salut sur lui) ! C’est d’une beauté exceptionnelle. Quelle chance avaient ceux qui l’ont côtoyé ! Et en même temps, Dieu ne dit-il pas qu’on sera réuni avec ceux qu’on aime ? Ô Seigneur, place dans nos cœurs l’amour de Ton envoyé (paix et salut sur lui) !

Et quant au Prophète (paix et salut sur lui), voici ce qu’il disait : « Dieu a fait de la prière la fraîcheur de mes yeux »[8].

L’acte de recueillement par excellence. C’est surtout à travers mes prières que je pourrais mesurer ma sincérité et mon amour. Mon rapport à la prière est le miroir de mon rapport à Dieu. Et pour les amoureux du Tout Puissant, leur trésor réside dans la prière du qiyâm, accomplie dans la nuit. Dieu, Exalté soit Son nom, a loué les habitués de la nuit par Sa parole : « Ceux qui détachent leurs flancs de leur lit, pour invoquer leur Seigneur dans la crainte et l’espoir, et font les dépenses [pieuses] sur ce dont Nous les pourvoyons »[9]. C’est la meilleure des prières surérogatoires « La meilleure prière après les prières obligatoires est celle accomplie pendant la nuit »[10]

Il ne me reste plus qu’un chapitre à lire. Le dernier de ce livre qui m’avait tant attirée pour finalement le redouter. Je lis ce dernier chapitre avec espoir. Bien que ce sentiment ne m’ait jamais quittée tout au long de ma lecture, pour celui-ci, il est plus fort. Un sujet qui me touche profondément tant par sa nature que par sa valeur : l’amour en Dieu.

Un hadith très clair, où Omar ibn al-Khattâb, que Dieu l’agrée, rapporte que le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : «Parmi les serviteurs de Dieu, il y’a des gens qui ne sont ni prophètes, ni martyrs. [Au Jour de la résurrection], les prophètes et les martyrs les envieront, tellement le rang qu’ils occuperont auprès de Dieu est élevé» Les Compagnons demandèrent : « Qui sont-ils, Envoyé de Dieu ? » Il répondit : «  Ce sont des gens que l’Amour de Dieu a unis, s’aimant ainsi les uns les autres au sein de cet amour sans qu’il n’y ait entre eux de liens familiaux et sans que ne les lie un quelconque profit financier. Par Dieu, leurs visages sont lumineux et ils sont sur des chaires de lumière, ils n’auront aucune crainte à se faire le Jour où les gens en auront et ne connaîtront pas l’affliction le Jour où les gens la connaîtront » puis il récita ce verset : ‘’N’est-il pas vrai que les « Amis » de Dieu ne connaîtront ni la peur ni l’affliction ? ‘’ »[11].

S’accrocher aux élus de Dieu est aussi un moyen de se rapprocher de Lui. Les aimer, les côtoyer et patienter en leur compagnie…

Ô Seigneur Dieu ! Toi le Majestueux, le Juste, le Pardonneur. Ô Toi le Puissant, le Très-Proche, le Digne de louanges. Ô Dieu, Ô Toi qui ne m’a jamais laissée tomber ! Toi qui as toujours été là. Proche, avec toute Ta Miséricorde et Ta Noblesse. Toi qui voit tout et sait tout. Tu connais l’état de mon cœur et toute la faiblesse avec laquelle je fais appel à Toi. Je ne suis pas à la hauteur et loin de mériter tous les bienfaits que Tu m’accordes. Je ne sais même pas Te remercier…

Pardonne-moi ainsi qu’à mes frères et sœurs et accorde-nous un cœur pur et soumis à Toi. Place entre nous un amour en Toi, et un amour sincère pour Toi et pour Ton Envoyé (paix et salut sur lui). Guide-nous vers ces chemins qui mènent à Toi et facilite-nous l’accomplissement des œuvres qui nous vaudront Ton Amour. Que nos cœurs soient attachés à tes élus, et que notre Demeure éternelle soit aux plus hauts rangs, avec les Nobles et les Justes. Amine.

Ô Dieu, je ne compte que sur Ta miséricorde…

Bibliographie : Es-tu aimé par Dieu ? Ibn al-Qayyim

 


[1] Coran : S.3 ; V.73-74

[2] Hadith rapporté par Ahmad et Ibn Mâja

[3] Coran : S.2 ; V.152

[4] Coran : S.3 ; V.110

[5] Coran : S. 14 ; V.32-34

[6] Coran : S.62 ; V.10

[7] Coran : S.33 ; V.56

[8] Hadith : Rapporté par Ahmad et an-Nasâ’î

[9] Coran : S.32 ; V.16

[10] Hadith : Rapporté par Muslim

[11] Hadith : Rapporté par Abû Dawûd et At-Tirmidhî

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