Gérer les rivalités et jalousies entre frères et sœurs

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De tout temps il y a toujours eu entre frères et sœurs de la solidarité, de la gentillesse, des jalousies, des disputes, des complicités…. D’ailleurs, le Saint Coran nous relate les histoires de certains prophètes qui illustrent les relations au sein de leur fratrie et qui n’étaient pas toujours simples. Loin de là, si on se remémore le récit du prophète Youssouf-Joseph, paix et salut sur lui, et les recommandations de son père vis-à-vis de ses frères et de leur jalousie dévastatrice. Du soutien indéfectible du frère de Moussa-Moïse, Haroun-Aaron, paix et salut sur eux, quand Dieu l’envoie informer Pharaon de libérer son peuple. Et bien sûr, de la fratrie la plus connue celle avec laquelle les rivalités fraternelles prennent tout leur sens : Habil-Abel et Qabil-Cain. Autant d’exemples à méditer et desquels nous devons tirer des leçons et apprentissages dans la manière de développer des relations saines et équilibrées. Des relations d’apaisement et de compréhension avec et entre nos enfants.

 

La jalousie est naturelle et elle est une réalité de la vie. A l’origine de la jalousie, des disputes entre frères et sœurs, il y a le désir profond qu’éprouve chaque enfant d’avoir pour lui tout seul l’amour de ses parents.

Partager l’amour et l’attention des parents avec ses frères et sœurs est plus difficile pour certains enfants que d’autres. Je me souviens du jour de la naissance de mon dernier né, après deux filles, ma cadette ne voulait pas voir son frère et lui a même donné une petite tape en lui disant « Méchant ! Tu as fais mal à oummi. Quand tu étais dans son ventre tu lui donnais toujours des grands coups ! » . J’étais loin de m’imaginer qu’en me voyant sursauter et/ou grimacer lorsqu’il bougeait dans mon ventre, ma fille allait interpréter cela comme de la violence de la part du bébé ! Et qu’elle ressentait le besoin de protéger sa maman contre ce nouvel  « envahisseur », capteur de toutes les attentions !!

Alors chers parents, pourquoi ces problèmes sont-ils si fréquents ? Quelles sont les forces qui poussent les enfants à se chamailler quotidiennement ? Comment affrontez-vous les rivalités de vos enfants ? Comment réagissez-vous quand vos enfants se disputent, se battent, et rivalisent entre eux ?

Bien souvent les parents s’en fatiguent, s’en plaignent, se sentent désemparés… Et parfois même avec l’énergie du désespoir nous essayons d’expliquer, d’implorer, de rassurer en leur répétant que nous les aimons tous de la même manière. Et les disputes continuent malgré tout. Alors que faire ?

Nos enfants ont besoin d’aide pour se dominer. Rappelez-vous que votre façon de réagir sert de modèle à vos enfants.  

Certains psychologues affirment que les enfants se disputent parce qu’ils souhaitent détenir une place exclusive auprès de leurs parents. La présence d’un frère ou d’une sœur est un rappel douloureux et difficile, l’enfant pourrait se dire: « il ne reste plus de temps, de place, d’attention, de disponibilité, d’amour pour moi ». Tout enfant veut être sûr que ses parents l’aiment et se soucient de lui. Il est difficile pour un enfant de comprendre comment l’arrivée d’un frère ou d’une sœur ne va pas diminuer l’amour que ses parents ressentent pour lui.

Les disputes peuvent aussi découler d’un sentiment d’injustice qu’un enfant éprouve devant les avantages, l’attention voire privilèges que reçoit un autre enfant, ou encore l’envie qu’il peut ressentir quand l’autre réussit. Ressentiment, dépit, injustice, jalousie… voilà ce qui peut expliquer ces luttes inévitables qui sont de véritables « dynamites émotionnelles ». Pour l’enfant, qui par nature égocentrique, devoir partager l’attention de ses parents avec quelqu’un d’autre est délicat, celui qui n’en bénéficie pas au moment souhaité se sentira lésé et victime d’injustice.

Quels que soient les efforts fournis de votre part pour donner à chacun temps et affection, il est illusoire de penser que vous leur accorderez la même attention ou le même amour: ils n’ont pas le même âge, les mêmes besoins, les mêmes centres d’intérêts… chacun d’eux est unique. Nous n’aimons pas nos enfants de la même manière, mais plutôt chacun à sa manière. C’est dire l’importance d’avoir sa propre place.

Ce que vous pouvez faire c’est d’assurer à chacun de vos enfants qu’il occupe une place unique car il est unique pour vous. Qu’il peut exister pour lui et non pas dans l’ombre de l’autre.

Multipliez les enfants ce n’est pas diviser l’affection !

Pour vous aider voici quelques habiletés parentales[1] pour gérer les jalousies et disputent quotidiennes.

Un des points essentiels est celui d’accueillir les sentiments négatifs d’un enfant envers ses frères et sœurs :

  • Nommer, verbaliser ses sentiments, au lieu de discréditer ou de mettre de côté le sentiment. Frères et sœurs ont besoin qu’on reconnaisse leurs sentiments réciproques par des mots qui identifient leurs émotions, par des souhaits ou bien par des activités symboliques ou créatives (ex : fabriquer une pancarte : « propriété privée, défense de toucher à mon placard ! »).
  • Si cela devient violent : les enfants ont besoin qu’on les empêche de se faire mal et qu’on leur montre comment manifester leur colère de façon acceptable (ex : Dis-lui avec des mots à quel point tu es furieux !).

Les enfants n’ont pas besoin d’être traités également, mais chacun a besoin d’être traité de façon distincte :

  • Au lieu de donner des quantités égales, donnez selon le besoin de chacun.
  • Au lieu de démontrer un amour égal (qui n’est qu’une illusion et les enfants le savent !) montrez à chaque enfant que vous l’aimez d’une manière spéciale.
  • Au lieu de donner votre temps de façon égale consacrez un temps qui correspond au besoin de chacun en ne comparant jamais, et en valorisant chacun.

Quand les enfants se disputent :

Il peut y avoir différents niveaux de disputes :

  • Les chamailleries normales : laissez-les les gérer tout seul, et dites vous que vos enfants font une expérience importante dans le domaine de la résolution de problèmes. Les parents ne peuvent pas être toujours au centre des relations entre les frères et les sœurs. Ils ne doivent intervenir que si cela va trop loin.
  • Quand la situation se dégrade, l’intervention d’un adulte est utile : tout d’abord reconnaissez leur colère, reflétez le point de vue de chacun des enfants, décrivez le problème avec respect sans dénigrement (ex : c’est pour ça que vous vous disputez ! il y a des choses plus graves dans la vie !….) Ensuite manifestez votre confiance dans la capacité des enfants à trouver une solution qui leur convient mutuellement. Et enfin quittez la pièce où les enfants se trouvent et laissez-les faire.
  • Quand la situation devient dangereuse : informez-vous si c’est une bagarre pour jouer ou une vraie bagarre. Ensuite rappelez-leur la règle, séparez-les et procédez à une résolution du problème.

Souvent c’est en voulant à tout prix que nos enfants s’aiment que nous aboutissons à une situation où ils se détestent. Ne les sous-estimez pas, ils sont capables de se mettre au travail pour améliorer leur relation, une fois qu’un des parents a accueilli leurs pires sentiments.

Encore un dernier point : n’enfermez pas les enfants dans le rang qu’ils occupent au sein de la constellation familiale (aîné, cadet, enfant du milieu, dernier…).mais plutôt permettez à chaque enfant de faire l’expérience de quelques-uns des privilèges et des responsabilités d’un autre.

Et surtout gardons en tête pourquoi nous voulons que nos enfants s’entendent : Abu Horaira, Que Dieu lui soit satisfait de lui, a rapporté que le Prophète, paix et salut sur lui, a dit : « Après que Dieu, le Très-Haut a fini de créer les créatures, les liens de parentés se sont levés et ont dit : ‘’Ceci est le rang de ceux qui cherchent la protection de Dieu contre la rupture des relations familiales’’. Dieu leur répond : ‘’Oui’’, et leur dit : ‘’Voulez-vous que Je tienne à celui qui tient à vous et rompe avec celui qui rompt avec vous ?’’ Elles répondirent : ‘’Oui’’. Dieu leur dit : ‘’Je vous l’accorde’’ »[2].

 


[1]  Ces habiletés sont tirées des ateliers de communication  Faber et Mazlish « Enfants sans jalousies et rivalités » que j’anime en IDF( pour plus d’infos voir sur mon site www.karima-chahdi-bahou.fr)

[2] Hadith Qudsi rapporté par Thirmidhi

1 commentaire

  1. Salam
    Merci Karima!! SoubhanaALLAH! Cela détend de voir des mots sur des souffrances, d’ouvrir une fenêtre quand on étouffe, d’entrevoir une solution alors que l’on se sentait impuissante ou plutôt incompétente.. Parce que nous même, enfants, n’avons pas pu régler nos conflit fraternels.

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