3ème acte de l’Islam de France : une génération en construction

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Modèle de cette nouvelle génération de musulmans, née dans l’Hexagone, une organisation musulmane se crée dans l’ancienne capitale des Gaules, en 1987 : c’est l’Union des jeunes musulmans (UJM). Cette « autre » Union est née autour d’une des premières librairies musulmanes francophones et également maison d’édition, « TAWHID ». La grande différence avec les autres organisations est l’affirmation d’un référentiel linguistique et culturel de langue française, dont le centre d’intérêt se focalisait sur les banlieues françaises.

Ironie de l’histoire, le 1er élu à faciliter le développement de l’association lyonnaise, dès 1992 est aussi celui qui dirigea la mission parlementaire visant à interdire le voile intégral, en 2010 : André Gérin, ancien maire de Vénissieux.

Dépassant la dimension locale, l’UJM initie la création de Collectif des jeunes musulmans, qui deviendra le Collectif des musulmans de France. Cet ensemble d’associations, qui n’était pas en phase avec le discours « arabiste » des cadres de l’UOIF, se rapprochera d’un professeur de philosophie occidentale, d’origine égyptienne : Tariq Ramadan. Cette convergence entre les « jeunes musulmans » et l’intellectuel helvète donnera naissance au réseau Présence musulmane, basé à Saint Denis. Transmetteur des cultures européenne et musulmane, Tariq Ramadan jouera ce rôle de passeur des deux cultures, sur la base de quoi ces jeunes s’identifieront et constituera pour eux un motif de fierté. Il militera et milite toujours d’ailleurs pour que les jeunes assument pleinement leur identité en tant que citoyens français (européens) de confession musulmane.

Cette volonté de faciliter l’accomplissement de leur citoyenneté, se traduit pour ce type d’association par des campagnes successives, pour l’inscription des jeunes sur les listes électorales.

D’autres dynamiques de jeunes musulmans vont émerger dans une direction plus médiatique. Le Web a permis aux musulmans de créer plusieurs portails d’information, dont le plus connu est oumma.com. Ce site publie une variété d’opinions et d’analyses liées à l’Islam et d’autres questions de société. L’autre site d’information est Saphirnews, dont est adossé le mensuel Salamnews. Développant leur travail journalistique, les sites en ligne, se sont détachés d’une vision trop idéologique ou militante vers un traitement plus nuancé de l’information.

Au-delà des organisations, la demande d’Islam se régule par l’apport intellectuel, culturel et politique de « personnalités » musulmanes de cette nouvelle génération. Nouvelle génération qui se consolide de sorte que ces différentes personnalités s’investissent dans des engagements pluriels. Alors que les années 1990 voyaient l’essor de quelques personnalités francophones, les années 2000 verront l’essor d’une nouvelle génération engagée sur différents fronts pour la reconnaissance de leur contribution au récit français. Même si les personnalités francophones des années 1990 telles que Tariq Ramadan ou Hassan Iquioussen représentent des figures matricielles de cet Islam citoyen et engagé, ils ne constituent en quelque sorte que les quelques arbres qui cachent une forêt d’une génération de jeunes musulmans et musulmanes.  Génération éduquée en France, consciente de son identité, confirmant sa foi dans son engagement citoyen, confiante en ce qu’elle peut apporter à ce pays.

Ces musulmans et musulmanes poursuivent le travail de leurs pères et mères, de leurs grands frères et grandes sœurs, sur différents axes. Ainsi, si vous vous arrêtez sur cette « scène » islamique, vous verrez des talents se distinguer dans l’appel à Dieu, par leur science et leur spiritualité, d’autres par leur amour et leur humour. Quand des artistes de la pédagogie et de la douceur développeront l’éducation, d’autres s’acharneront sur le terrain des luttes, par leur intelligence et leur endurance, à faire reconnaître les droits les plus élémentaires.

Le mot de la fin : l’avenir.

Cette histoire est notre histoire. La vocation première de cette série d’articles est de reconnaître l’effort des ces hommes et de ces femmes qui ont bâti la « demeure Islam » en France. Il s’agit également d’apprendre à connaître ces moments importants des musulmans en prenant conscience du poids des structures, de leurs influences et des rapports de force entre elles. Néanmoins, il y a un message en filigrane. Ce message est le suivant : il n’est pas nécessaire d’affirmer l’existence d’un Islam de France ni même de vouloir l’unité des musulmans, mais plutôt de reconnaître le travail de chacun et de chercher l’union, celle des MUSULMANS de France.

Devant cette génération se pose néanmoins quelques défis, au premier chef, sa reconnaissance pleine et entière dans la société.

 

1 commentaire

  1. Excellent article !

    J’ai beaucoup apprécié ce passage : « il n’est pas nécessaire d’affirmer l’existence d’un islam de France ni même de vouloir l’unité des musulmans, mais plutôt de reconnaître le travail de chacun et de chercher l’union, celle des MUSULMANS de France. » C’est exactement cela, et cela illustre parfaitement le concept « Think Global and act Local », c’est la somme de toutes ces actions « locales » qui fera notre union, cette symbiose dans ce même cheminement de réforme vers l’Excellence.

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