Le changement commence en nous

Cette nouvelle chronique « Le changement commence en nous », pour ce Ramadan 1447/2026, est inspirée du verset : « Dieu ne change pas ce qu’il y a en un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qu’il y a en eux-mêmes. » [1]

Ce verset n’est pas une formule de consolation. C’est une loi. Une loi exigeante. Une loi qui nous place face à nous-mêmes.

Nous parlons souvent de changement comme d’un événement extérieur : changement politique, changement social, changement de contexte, changement des autres.

Nous espérons des circonstances nouvelles pour résoudre des impasses anciennes. Mais le Coran inverse la perspective. Il déplace le centre de gravité. Il nous dit : commence par l’intérieur.

Dieu ne change pas la situation d’un peuple — sa force, sa faiblesse, sa dignité, son déclin — tant qu’il ne se produit pas un basculement dans les consciences. Tant que l’éthique ne se redresse pas. Tant que les intentions ne se purifient pas. Tant que la vision du monde ne s’éclaire pas.

Il y a là une responsabilité immense.

Car ce verset nous retire l’excuse permanente de l’extérieur. Il ne nie pas le poids du contexte, ni les contraintes, ni les épreuves. Mais il affirme que la clé première demeure intérieure. Ce qui se joue dans le secret des cœurs finit toujours par se traduire dans l’histoire.

Un peuple ne se relève pas seulement parce qu’on lui tend la main. Il se relève quand il retrouve une colonne vertébrale morale.

Le changement véritable n’est pas cosmétique. Il n’est pas un ajustement superficiel. Il est un déplacement du centre : de l’ego vers Dieu, de la dispersion vers la cohérence, de l’illusion vers la lucidité.

C’est pour cela que Ramadan n’est pas un simple exercice alimentaire. Ce n’est ni un régime ni une habitude culturelle. C’est un mois où Dieu ouvre un espace de transformation et rend possible un nouveau départ. Un temps où l’on peut suspendre le tumulte et entendre à nouveau l’appel de Dieu, qui nous invite à entreprendre une ascension vers les sommets de la complétude morale et spirituelle.

Le jeûne met à nu nos dépendances. Il révèle nos automatismes. Il expose notre impatience, notre agitation, nos attachements. Il nous montre ce que nous sommes lorsque le confort est retiré. Et, dans ce dévoilement, il offre la possibilité d’un réalignement.

Ramadan est un entraînement au changement parce qu’il touche à la racine : l’intention.

Pourquoi je vis ?

Vers quoi je marche ?

Qu’est-ce qui gouverne réellement mes choix ?

Dans un monde saturé de sollicitations, nous vivons dispersés. Notre attention est fragmentée, nos désirs éparpillés. Ramadan agit comme un recentrage. Il nous rassemble intérieurement. Il nous oblige à choisir l’essentiel. Il remet Dieu au centre, et lorsque le centre est restauré, tout l’édifice peut être réordonné.

Changer ce qu’il y a en nous, c’est d’abord changer notre regard.

Changer notre hiérarchie des priorités.

Changer notre manière d’habiter le temps.

Changer le sens que nous donnons à nos actes.

Alors seulement, le changement extérieur devient possible. Non comme un miracle soudain, mais comme une conséquence naturelle d’une transformation profonde.

Cette série d’articles partira de cette loi coranique. Nous interrogerons le changement non comme un slogan, mais comme un processus. Non comme une revendication, mais comme une discipline. Non comme une attente passive, mais comme une responsabilité.

Car le verset est clair : le destin collectif commence dans le secret des cœurs.

Et Ramadan est peut-être l’instant privilégié pour décider de ce commencement.

[1] Coran, 13 : 11

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