Noël, miroir de nos valeurs partagées ?

La période de Noël possède une résonance particulière, que l’on soit croyant ou simplement citoyen en quête de sens. Elle ouvre une parenthèse enchantée, fragile mais tenace, qui résiste encore aux forces d’érosion du modernisme et aux effets dévastateurs d’un libéralisme marchand devenu norme sociale. Alors que les vitrines s’illuminent d’un éclat souvent trop commercial, une autre lumière, plus discrète et plus profonde, continue de briller : celle de valeurs ancestrales, partagées par les traditions spirituelles qui irriguent notre pays.
Noël rappelle la bonté, la générosité, la charité, l’attention aux plus vulnérables — des valeurs chrétiennes, mais aussi profondément musulmanes, inscrites au cœur du message révélé.
Noël comme résonance musulmane ?
D’un point de vue dogmatique, Noël n’est évidemment pas une fête religieuse musulmane. Pourtant, rien dans les valeurs qui la fondent ne contredit l’éthique musulmane bien comprise ; bien au contraire, cette période exalte des vertus que l’islam place au centre de la vie du croyant.
Dans un monde saturé par le matérialisme, où l’individualisme est parfois présenté comme un horizon indépassable, Noël vient poser une balise lumineuse : celle du retour au cœur, à la fraternité, aux liens sacrés de la famille, à l’amour du prochain.
Pour un musulman, cette période peut être vécue comme une célébration indirecte de principes auxquels il adhère pleinement : la priorité donnée à l’humain sur l’avoir, la dignité du pauvre et de l’isolé, le refus de la violence banalisée, qu’elle frappe l’homme ou son environnement, la conviction que la compassion est une forme de prière en acte.
En ce sens, Noël est pour moi une fête musulmane à part entière, un moment qui rappelle à tous, croyants ou non, notre humanité originelle et la fraternité qui nous fonde.
Une occasion d’aller à la rencontre de l’autre
Cette période est aussi un appel adressé aux musulmans : celui d’aller à la rencontre de leurs voisins, de tisser ou retisser ces liens humains qui sont la vraie richesse d’une société.
Ouvrir les maisons, ouvrir les mosquées, ouvrir les cœurs : voilà l’esprit qui devrait transcender les appartenances confessionnelles.
Dans un pays où les traditions chrétiennes façonnent profondément le calendrier culturel, cette période offre une opportunité de communion, sans confusion, mais avec respect et joie.
Musulmans et chrétiens partagent une même source : la foi en un Dieu unique, la conviction que l’homme est appelé à plus grand que lui-même, et l’idée que la fraternité est une responsabilité commune.
Noël permet alors de parler du tronc commun qui unit ces traditions : la miséricorde, le souci de l’autre, l’hospitalité, le refus de la violence et de l’injustice.
Célébrer ensemble ce qui nous rassemble n’est pas un geste anodin : c’est une manière de bâtir la paix quotidienne, bien plus que par des discours.
Une période qui révèle le décalage du politique
Noël met aussi en lumière un décalage saisissant : celui des discours politiques qui se réclament bruyamment de l’ « identité chrétienne » tout en promouvant, parfois quotidiennement, des logiques de division, d’exclusion et de suspicion.
Il est frappant de constater que ceux qui invoquent le plus fort les racines chrétiennes sont souvent les mêmes qui s’éloignent le plus des valeurs qu’elles portent : humilité, accueil, justice, droiture, attention aux plus fragiles.
En réalité, ces discours travaillent contre l’héritage du Christ. Ils dressent des frontières là où le message chrétien authentique ouvre des chemins ; ils attisent les ressentiments là où la foi en Dieu prêche la miséricorde.
L’attitude de certains responsables politiques rappelle ces figures dénoncées autrefois pour leur hypocrisie : ceux qui affichaient la loi mais en trahissaient l’esprit.
Noël, dans sa simplicité lumineuse, vient démasquer cette contradiction et rappeler qu’aucune identité authentique ne peut se construire sur l’exclusion de l’autre.
Noël demeure un temps de bonté et de rappel.
Rappel de nos aspirations profondes, de ce qui fait société, de ce que veulent dire les mots fraternité, partage et amour du prochain…
Pour le croyant musulman, cette période n’est pas étrangère : elle est un appel à vivre plus intensément les valeurs universelles que le message spirituel porte.
Pour le citoyen, elle est une invitation à renouer avec ce qui nous relie : la tendresse envers les plus fragiles, la joie simple d’être ensemble, le refus de l’indifférence.
Noël, au fond, n’appartient à personne : il est l’héritage de tous…
Magnifique
Bravo d’avoir écrit un si bel article qui invite à l’union et qui met en lumière tout ce que nous avons en commun avec nos concitoyens.
Une belle preuve d’intelligence de cœur, d’esprit et d’âme qui fait du bien.
Un très bel article
Salam alaykoum
Noël reste avant tout la fête de la naissance de celui que les chrétiens considèrent être le « Fils de Dieu »…
Respecter tous nos concitoyens, avec grand plaisir, la liberté de croire de chacun et de fêter ce que bon lui semble, également.
Mais appeler ça une fête universelle ou musulmane (?) quand on est musulman pratiquant, je pense que cela va vraiment trop loin.
Je trouve cela déplacé en tant que croyante, quand notre foi met au centre l’unicité de Dieu, et souligne l’énormité spirituelle (sourate La Caverne) de donner un fils à Dieu.
Noël est une fête qui commémore cela avant tout…
Pourquoi aller aussi loin, ce n’est tellement pas nécessaire… dommage.
Qu’Allah nous accorde Sa guidée et Sa miséricorde à tous.
Et Il sait mieux.
Wa alaykoum salam,
Merci pour votre commentaire, exprimé avec sincérité et souci de fidélité à la foi musulmane. Votre rappel de l’unicité de Dieu et de la position claire de l’islam concernant la filiation divine est tout à fait juste, et personne ne le conteste.
L’article ne propose ni de considérer Noël comme une fête musulmane, ni d’en gommer la dimension théologique chrétienne, qui demeure incompatible avec la croyance islamique. Il cherche plutôt à distinguer le contenu doctrinal d’une fête de la manière dont elle est vécue socialement dans un contexte pluraliste.
Parler de valeurs “partagées” ne revient pas à valider une croyance religieuse étrangère à l’islam, mais à reconnaître que certaines vertus mises en avant à cette période — générosité, attention aux plus fragiles, paix, solidarité — sont également centrales dans notre tradition. Les reconnaître ne signifie pas les approprier religieusement, ni relativiser le tawhid.
Dans une société où musulmans et non-musulmans vivent ensemble, il s’agit moins de “faire de Noël une fête universelle” que de saisir un moment collectif pour rappeler des valeurs humaines que l’islam porte lui aussi, sans confusion théologique.
Votre vigilance est légitime, et le débat qu’elle ouvre est sain. Il rappelle la nécessité de tenir ensemble clarté doctrinale et qualité du vivre-ensemble, sans que l’une n’efface l’autre.
Que Dieu nous guide vers ce qui est juste et nous aide à dialoguer avec sagesse.
Wa Allahu a‘lam.