Les grands lecteurs du Coran : l’Imam Al Kissai

Dans la continuité de notre chronique sur les grands lecteurs du Coran, nous nous attardons cette fois sur la biographie d’une autre sommité, d’un grand Imam, d’un homme de piété, bref d’un modèle d’exception pour les générations coraniques, actuelles et futures, de disciples aussi bien que de maîtres.  Il s’agit de l’Imam Al Kissai que Dieu l’englobe de Sa miséricorde.

Qui est l’Imam Al Kissai ?

Il s’appelle Abu Al-Hassan, Ali Ibn Hamza connu sous le nom Al Kissai, né à Koufa en l’an 119 du calendrier hégirien. Il était un maître incontesté du Coran et de la langue arabe : il devint l’Imam du Coran de Baghdad après le grand lecteur Hamza Az-zayat. Il avait atteint un niveau si élevé en science que le roi Haroun Ar-rachid le nomma enseignant de ses deux enfants.

Les témoignages de grands savants foisonnent à son sujet. En effet, son disciple, le grand savant du Coran Abou Oubeid Al-Qâssim Ibn Sallam dit de lui : « Je n’ai point vu de personne plus savante au sujet du Coran que l’Imam Al Kissai » (1).

Quant à Yayha Ibn Ma’ine, grand Imam des sciences du hadith, il dit : « Je n’ai point vu de personne plus sincère de parole que l’Imam Al Kissai » (2).

Enfin, Ibn Al-Anbari, une référence de la langue arabe de son époque, témoigna à son sujet : « Il était le plus savant du Coran et de la langue arabe parmi les gens » (3)

Ses maîtres de lecture et ses disciples 

On peut citer parmi les maîtres du Coran de ce grand Imam : Hamza Az-zayat, Assim Ibn Abi an-Najoud, Issa Al Hamadani et beaucoup d’autres. A son tour, il enseigna le Coran à une large communauté dont font partie :  Al-layth Ibn Khalid, Al-Qâssim Ibn Sallam, Yahya al-Farâ’e et Khalaf Ibn Hicham.

Ses deux transmetteurs sont : Al-Layth Ibn Khalid et Ad-Dawri (aussi transmetteur de l’Imam Abou Amr).

Ibn Al-Jazari rapporte qu’il a écrit plusieurs livres dont : « Les sens du Coran » et « Les lectures » (4).

L’organigramme ci-dessous illustre de manière simple la chaîne de transmission de ce grand lecteur :

L’imam Al Kissai, à l’instar des autres grands lecteurs du Coran, commençait par enseigner le Coran à la personne qui arrivait la première à son cercle. En effet, être parmi les premiers présents est une preuve de grande volonté et de sincérité dans la quête de la science. Ainsi, quand le maître décèle dans son élève ces deux qualités, il ne peut que sacrifier son temps pour lui transmettre tout son savoir.

Son éthique et sa piété

Le lecteur Al Kissai traitait ses disciples de manière égale et était très modeste au point de ne pas accepter qu’un enfant parmi ses élèves lui ramène ses chaussures. Il était aussi très pieux et très accessible ce qui lui a permis de recevoir de son vivant de nombreuses bonnes annonces. A ce propos, Al-Khatib al-Baghdadi rapporte qu’Al Kissai a dit : « J’ai vu le Prophète, paix et salut sur lui, pendant mon sommeil me dire : « Est-ce que c’est toi Al Kissai ? « . Je réponds : « Oui Prophète ». Le Prophète, paix et salut sur lui, me demande : « Lis quelques versets du Coran ». Je dis :  « Lesquels ô Prophète ? ». Le Prophète, paix et salut sur lui, me répond : « Lis le début du chapitre As-safat (les rangées) ». Je commence donc à lire les premiers versets de ce chapitre. Ensuite, le Prophète, paix et salut sur lui, me tape sur l’épaule et me dit : « Certes, demain je vais me vanter de toi auprès des anges  » (5).

Ibn Al-Jazari rapporte une autre bonne annonce racontée par Al Kissai qui a dit : « J’enseignais le coran dans la mosquée de Damas et soudain j’ai fait une petite sieste pendant laquelle j’ai vu le Prophète, paix et salut sur lui, entrant par la porte de la mosquée et un homme se lever immédiatement à sa vue et lui demander : « Par quelle lecture puis-je lire le Coran ». Le prophète, paix et salut sur lui, lui fit signe en direction de ma personne. (6)

Cela étant dit, Al Kissai n’en demeure pas moins un être humain.

Ce grand lecteur a rapporté : « Une fois, alors que je dirigeais la prière, j’ai commencé à trop apprécier ma lecture. Immédiatement après, j’ai commis une erreur dans un verset que même un enfant ne peut commettre ». A la fin de la prière, le roi Haroun Ar-rachid, interpelé par l’erreur mais n’osant pas la lui signaler directement, demanda indirectement et poliment à l’Imam :  » Par quelle langue as-tu lu ? ». Al Kissai répondit que c’était une erreur en disant : « Le cheval ne lui arrive-t-il pas de trébucher ? « (7).

Cette histoire est pleine d’enseignements. Tout d’abord, il faut toujours garder à l’esprit qu’à part les prophètes, paix et salut sur eux, quel que soit le degré que peut atteindre une personne dans la science et dans la piété, son égo demeure toujours une menace permanente tant que son âme n’a pas quitté complètement son corps. D’un autre côté, on note que dans cette histoire, Dieu, par Sa grande miséricorde, éduque immédiatement Ses proches serviteurs pour les ramener au droit chemin à chaque fois qu’ils commettent un péché ou leur égo tente de leur jouer des tours. En plus, la reconnaissance de l’erreur par l’imam Al Kissai est un signe d’humilité, une qualité essentielle dont chaque savant devra disposer. Enfin, dans nos relations avec les gens de science, on ne doit nullement les dépouiller de leur caractère humain et leur imposer ainsi à nos yeux un caractère angélique exempt de toute erreur.

Cet homme d’exception a répondu à l’appel de son seigneur en l’an 189 du calendrier hégirien après une vie de dévouement et de sacrifice au service du Livre de Dieu.

Il reste que chacun de nous prenne exemple sur lui et retrousse ses manches pour se frayer un chemin vers la proximité de Dieu et du prophète paix et salut sur lui.

(1) Ahasine Al akhbar 416.

(2) Ma’rifat Al-Qurrâ’ Al-Kibâr 1/122.

(3) Siyar Alam An-Nubala 1/123.

(4) Ghâyat Al-Nihâya 1/539.

(5) Tarikh Baghdad 11/410.

(6) Ghâyat Al-Nihâya 1/539.

(7) Tarikh Bardad 11/407.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page