Le père, ce héros : L’amour d’un père est plus « haut » que la montagne, l’amour d’une mère est plus profond que l’océan

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Ce proverbe japonais souligne une autre particularité de l’amour paternel, sa hauteur. Il est si élevé, au point d’en être plus haut que la montagne. Cela pour dire que, grâce à la hauteur de son amour, un père est à même de remplir sa principale fonction de parent, à savoir élever son enfant, élever son cœur, son esprit et son âme. Car, « Il n’y a pas de meilleur cadeau qu’un père puisse offrir à son enfant, que celui d’un caractère noble » [1], nous rappelle le Prophète Mohamed, paix et salut sur lui.

Par cette noblesse morale, le père porterait son enfant vers ce qui est plus grand que son soi, dépassant ainsi la montagne, il porterait son enfant à Dieu. Le caractère noble, n’est-ce pas de n’avoir d’autre préoccupation que celle de Dieu. Abdullah ibn Abbâs, que Dieu l’agrée, rapporte : Un jour, alors que j’étais en croupe derrière le Prophète, prière et salut sur lui, il me dit : « Jeune homme, je t’enseignerai ces mots : Sois loyal envers Dieu et Il le sera envers toi. Sois loyal envers Dieu et tu Le trouveras favorable. Si tu dois demander quelque chose, c’est à Dieu que tu dois le demander. Si tu dois implorer secours, c’est Dieu que tu dois implorer. […] »[2]. C’est probablement cela, que nous évoque la montagne, elle, qui a souvent été symbole de transcendance, elle a servi de lieu privilégié, et Dieu l’a choisie pour révéler Son Ordre et pour Se manifester à certains de Ses Messagers[3], prière et salut sur eux tous. Dieu, exalté soit Son Nom, dit « Mais lorsque son Seigneur Se manifesta au Mont, Il le pulvérisa, et Moussa s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se fut remis, il dit : « Gloire à Toi ! A Toi je me repens ; et je suis le premier des croyants »[4].

De ce fait, la hauteur de l’amour paternel permettrait cette élévation tant morale que spirituelle ; La pente de la montagne symboliserait, sans doute, cette marche ascensionnelle, lors de laquelle, le père accompagnerait son enfant afin d’acquérir de hautes moralités. Voilà bien, une tâche éducative ardue, vu qu’elle contraint le père à une présence effective, car, par une éducation solidement et hautement aimante, il sera l’Exemple.

De plus, par son amour élevé, à l’image de la montagne, le père offrirait à son enfant, une vue surprenante du monde, il élargirait ainsi, sa représentation et sa conception de celui-ci. Il étendrait son horizon et porterait son regard par-delà un immédiat limité et clos. Réellement, une des missions majeures du père, c’est de préparer son enfant, non pas au monde d’aujourd’hui, mais au monde de demain. Car comme l’exprime, joliment et poétiquement, Khalil Gibran, dans son recueil « Le Prophète, les âmes des enfants »: « […] habitent la maison de demain, que [les pères] ne peuv[ent] visiter, pas même dans [leurs] rêves ». Et parce que rien ne laisse présager, au père, quel monde sera celui de son enfant, son rôle est, essentiellement, de lui apprendre à être, à faire et à penser par lui-même, pour qu’il puisse s’adapter d’une manière autonome à son environnement, à son époque. Il ressort avec évidence, qu’il est pédagogiquement infructueux, voire néfaste, de tenter de faire de son enfant une copie de soi. Vu que « […] la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier. »[5]. C’est exactement ce que l’Imam Ali, que Dieu l’agrée, entendait par son conseil précieux aux parents. « Ne forcez guère vos enfants à adopter vos mœurs. Car ils sont destinés à une époque différente de la vôtre ». Cela étant, le père doit rester, telle la montagne, ce point de repère qui permettra à son enfant de s’orienter durant son périple sur cette terre.

Préparer son enfant à demain, c’est le mettre, dès aujourd’hui, en contact avec la vie extérieure ; c’est l’amener à prendre part à la vie des Hommes. Oui, c’est bien dans celle-ci, que le petit de l’homme, va puiser pour grandir, pour dilater sa personnalité, selon l’expression de Montessori. Car, s’il reste trop proche de la figure maternelle, peu ouvert au monde extérieur, cela l’appauvrira et freinera son autonomisation.

L’amour haut et solide du père est sans contredit bénéfique au développement de l’enfant. Mais, il est utile de rappeler, que sans l’amour profond de la mère, l’action éducative du père serait, à elle seule, insuffisante voire vouée à l’échec. Car c’est la profondeur de son amour qui procure à l’enfant un sentiment de sécurité et lui permet de pouvoir s’éloigner, progressivement, d’elle, en vue, d’explorer le monde et d’étendre son horizon. Exactement à l’image de la montagne, qui, doit son maintien à la profondeur de sa racine crustale, car elle compense l’augmentation de poids, due au relief à la surface de la terre, sans quoi, elle s’affaisserait.

 

[1]    Rapporté par l’Imam Al-Hâkim dans son livre « Al-Mustadrak».

[2]   Rapporté par Al-Tirmidhî.

[3]    Notamment le Prophète Mohamed et le Prophète Moise, prière et salut à eux.

[4]   Sourate Al-Araf, verset 143.

[5] Khalil Gibran, Le Prophète.

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