Le chemin de l’ascension

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Cet essai gravite autour d’un hadith Qodsi authentique rapporté par Al Boukhari connu sous le nom de « Hadith Al Wali », littéralement, le hadith de l’élu de Dieu.  La visée à travers cet essai est de nous donner envie de vivre cette expérience sublime, d’emprunter ce chemin qui mène à la proximité de Dieu et de goûter au bonheur d’aimer Dieu et d’être aimé de Lui.

Cet article est le résumé d’une intervention et d’échanges lumineux lors d’une assise hebdomadaire. Une assise où la miséricorde de Dieu, la sérénité et la fraternité en Dieu se font sentir comme l’a promis le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) aux fidèles qui se réunissent en cercle pour mentionner Dieu et étudier Sa révélation.

D’après Abû Hurayra, que Dieu l’agrée, l’Envoyé de Dieu, paix et salut sur lui, a dit :

« Dieu a dit : “Celui qui se fait l’ennemi de l’un de Mes élus, Je lui déclare la guerre !

Mon serviteur ne s’est attelé à une œuvre que J’aime et lui faisant mériter Ma proximité, meilleure que celle que Je lui ai rendue obligatoire. Ensuite, Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’agrée par Mon Amour. Or, lorsque Je l’aime, Je deviens son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit, sa main avec laquelle il manifeste sa force, son pied avec lequel il marche. S’il Me demande alors quelque chose, Je la lui donne certainement, et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je le lui accorde. Je n’hésite jamais autant que lorsque Je vais prendre l’âme de Mon serviteur croyant, il déteste la mort et Je déteste lui faire de la peine. »[i] 

Ce hadith intrigant a fait couler beaucoup d’encre à travers les siècles passés. Ce qui nous intéresse à notre époque, c’est comment rendre tangible, dans notre quotidien, ce mouvement de quête de la proximité de Dieu ? Comment entamer ce voyage qui mène le serviteur à l’Amour, à la Bienveillance et au Soutien de Son Seigneur ?

Si nous méditons en profondeur ce hadith en ayant la conscience de notre contexte, nous nous apercevons très rapidement que le hadith nous révèle les jalons d’un chemin d’escalade. C’est à nous de nous équiper des bonnes sangles et charnières pour que, d’une ligne d’appui à une autre, nous menions à bien cette montée jusqu’au sommet. Là, la vue s’étale sur l’horizon et La signature de Dieu à travers la marque de Son assistance est plus qu’évidente.

Avant d’entamer la pente : chargez-vous de l’amour carburant

« Celui qui se fait l’ennemi de l’un de Mes élus, Je lui déclare la guerre !… »

Le début de ce hadith nous mène sur le point de départ, le cœur de l’Homme !

Dieu nous a dotés de cet appareil pénétrable par deux antagonistes : les lumières et les ténèbres. Les deux ne sont que la récolte de nos œuvres bonnes ou mauvaises et au Jour Dernier, nos visages révèleront ce qu’y pénétraient durant la traversée de cette vie ici-bas. Dieu dit en décrivant ce qu’il se passera au Jour Dernier : « Au jour où certains visages s’éclaireront, et que d’autres s’assombriront. »[ii]

A la tête de ces œuvres sont les œuvres fournies par le cœur lui-même. Haïr une personne ne nous rapporte que malaise et crispation. Même si la personne est vile, il nous est demandé de détester sa mauvaise action et non la personne elle-même. Dieu dit en racontant l’Histoire du prophète Loth avec son peuple : « Il dit : « Je déteste vraiment ce que vous faites. ».

Le hadith parle d’une haine gratuite envers les élus de Dieu, c’est une faute lourde de conséquences ici-bas et dans la Vie Dernière selon le hadith. Un élu de Dieu est au service de la cause de Dieu. Son centre d’intérêt est d’une part, de faire aimer Dieu à Ses créatures en leur rappelant la grâce de Dieu sur eux et d’autre part, de faire aimer les Hommes à Dieu en les éduquant spirituellement et en invoquant Dieu pour eux d’une façon récurrente. Un élu de Dieu est une manifestation directe de la miséricorde divine.

L’idéal alors pour le croyant est de rechercher leur compagnie en toute humilité et de les aimer car Dieu les aime. Si cet amour prend racine dans son cœur, le croyant sentira germer en lui les prémices d’une énergie sereine qui le tire vers le haut. C’est seulement là que le chemin menant au sommet est entamé. Le croyant alors, vient de découvrir le premier jalon qui indique le chemin de la proximité de Dieu : la compagnie pieuse porteuse de vertus et de lumière éclairant l’escalade.

Trouver cette compagnie pieuse, n’est pas une chose aisée. Les liens virtuels ont presque remplacé les liens directs entre les Hommes. Pour sortir de cette emprise, le premier effort à fournir est la prise de conscience que les liens d’amour en Dieu ne peuvent se tisser que dans un environnement d’entraide spirituelle, immunisé du parasitage quelle que soit son origine, numérique ou autre. La bonne nouvelle est que tout se joue au niveau du cœur du fidèle. S’il est sincère dans la demande, Dieu lui donne certainement ce qu’il cherche.

Sur la montée : les paliers de la pente

1er palier : Les actes obligatoires : «…Mon serviteur ne s’est attelé à une œuvre que J’aime et lui faisant mériter Ma proximité, meilleure que celle que Je lui ai rendue obligatoire…»

Toujours à la quête du sublime objectif, aimer Dieu et être aimé par Dieu, le hadith nous révèle un autre jalon et un point d’entrée indispensable pour ne pas se perdre ou faire une chute mortelle durant la montée : c’est le jalon des « actes obligatoires ». Ces actes se déclinent en 2 catégories : 

– Les obligations immuables : ce sont les actes d’adorations de base pour un musulman comme les cinq prières quotidiennes, la zakat, le jeûne du ramadan, le pèlerinage. Mais aussi, les interdits de Dieu qu’il ne faut pas transgresser comme boire de l’alcool ou commettre la turpitude sont aussi considérés comme des actes obligatoires.

– Les obligations qui relèvent du rôle du témoignage et de rayonnement que doit représenter la Oumma dans cette vie ici-bas vis-à-vis de l’humanité entière. Ces actes peuvent se décliner sur le plan individuel et/ou collectif et ceci en fonction du contexte.  Pour illustrer, notre monde traverse une période très inquiétante et très agitée : les valeurs de fraternité, d’entraide et d’équité ont cédé la place aux valeurs du marché et le profit à tout prix qui ne se soucient guère de l’environnement ou de la survie de l’Homme lui-même. Dans ce contexte, il est du devoir de la Oumma de faire émerger des modèles témoins où règnent l’équité, la fraternité, le respect des ressources et surtout la priorité de la dignité humaine sur les règles du marché. Ces modèles auront le rôle principal de faire naître l’espoir chez ceux qui subissent ces injustices tous les jours -sans avoir le droit de rêver d’une autre alternative- et de leur apprendre comment se sortir de cet engrenage infernal nommé « Injustice ».

Ces modèles, qui apparaissent pour le moment très lointains, doivent être amorcés au niveau individuel par une prise de conscience et puis par une éducation de l’Homme pour se débarrasser de ses penchants égoïstes et ne pas être un ‘’loup pour son frère l’Homme’’.  S’atteler à cette éducation spirituelle, individuellement et collectivement, est devenu plus qu’indispensable dans ce contexte, c’est un acte obligatoire.

2ème palier : Les actes surérogatoires : « …Ensuite, Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’agrée par Mon Amour… »

Sur le chemin de la montée, le serviteur se rend compte, que quel que soit l’effort fourni, il est impossible d’atteindre la perfection. Tout ce qu’il entreprend comme actes et spécifiquement les actes obligatoires est sujet aux manquements.  Seul Dieu, Exalté soit-Il, a la Majesté absolue et la complétude absolue !

Ammar ibn Yassir, que Dieu l’agrée, rapporte : « J’ai entendu le Messager de Dieu, paix et salut sur lui – dire : Parfois, l’un de vous, en apparence s’acquitte de sa prière, mais en réalité, juste un dixième ou un huitième ou un sixième ou un cinquième ou un quart ou la moitié de sa prière est agréé par Dieu. »[iii]

Abou Horaira, que Dieu l’agrée, dit : « J’ai entendu le Messager de Dieu, paix et salut sur lui, dire : …et quand (au jour Dernier) il y a des manquements dans les actes obligatoires (dans sa prière obligatoire) du serviteur,  Dieu dit (aux anges responsables de la balance), complétez ses manquements par ses actes surérogatoires (sa prière surérogatoire). Ainsi, on fait de même pour tous ses actes qui lui ont été obligatoires d’accomplir. »[iv]

Le serviteur qui chemine pour la Face de Dieu remarque, qu’en réalité, ses actes obligatoires sont gorgés de brèches et de manquements vis-à-vis de Son Seigneur. Il essaie alors de colmater ces brèches par les actes surérogatoires. 

C’est alors qu’il accède à un autre jalon : être à l’affût des meilleurs moments et des meilleurs actes qui colmatent les actes obligatoires.

A cette étape de l’escalade, il va sentir beaucoup plus la pesanteur sur son corps. En vérité, cette pesanteur n’est autre que son attachement au matériel, au confort luxueux et aux habitudes égoïstes qui trouvent nid dans les entrailles de chaque personne subissant le joug de l’égo et de la passion. Heureusement, le serviteur, dans sa montée, remarque que l’air respiré est de plus en plus pur en s’approchant du sommet. Cette deuxième sensation prend le dessus sur la première, car peut-être que le corps d’argile subit la pesanteur, mais le cœur est en train de vivre une nouvelle expérience de clarté et de légèreté jamais vécue auparavant. C’est l’âme, débarrassée de l’emprise charnelle de l’égo, qui jubile !

3ème palier : L’Amour Libérateur ! : « … Or, lorsque Je l’aime, Je deviens son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit, sa main avec laquelle il manifeste sa force, son pied avec lequel il marche. S’il Me demande alors quelque chose, Je le lui donne certainement, et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je le lui accorde… »

Il redouble alors d’efforts pour faire disparaître ce poids de la pesanteur sur lui, mais il n’y arrive pas. Et d’un coup c’est le déclic ! Il a trouvé enfin le dernier jalon ! Dieu Qu’Il soit exalté !

Qui m’a fait rencontrer une bonne compagnie m’indiquant le chemin ? Qui m’a permis de comprendre ce que je dois faire grâce à cette compagnie ? Qui m’a donné les moyens et permis d’arriver à ce point sur la pente ? 

Dieu, Dieu et c’est encore Dieu exalté soit-Il !

Et là, le serviteur accède à la sagesse profonde du verset 162 de sourate « Les bestiaux » : « Dis, ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort appartiennent à Dieu Seigneur des mondes ». Il se rend compte que cette vie ici-bas ne vaut rien et que le vrai bonheur et apaisement sont auprès de Dieu.

C’est là et seulement là que Dieu se manifeste à Son serviteur par Son amour et Sa bienveillance et le délie de l’emprise de son égo et de la pesanteur de cette vie ici-bas sur lui.

La consécration : l’arrivée salutaire

« …Je n’hésite jamais autant que lorsque Je vais prendre l’âme de Mon serviteur croyant, il déteste la mort et Je déteste lui faire de la peine »

Le fidèle qui chemine craint naturellement la mort tant qu’il n’a pas eu une assurance de la part de Son Seigneur. Le compagnon Ibn Omar, que Dieu l’agrée, disait : « Si j’ai la certitude que Dieu a accepté une seule prosternation ou un seul dirham que j’ai donné en aumône, j’attendrai ma mort avec impatience ! »[v]. Une fois rassuré, le fidèle devient impatient de rencontrer Son Seigneur et en état d’attente de la réalisation de la promesse de Dieu pour lui. Mais tant qu’il vit, le cœur du fidèle oscille entre l’espoir que les œuvres soient agréées et la crainte que celles-ci soient rejetées par Dieu. 

Ceci est le rapport que le fidèle éprouve vis-à-vis de la mort. Par contre, pour un Élu de Dieu, aimé de Dieu, la mort n’est que la consécration du lien d’amour qui le lie avec Dieu ici-bas, c’est la fin du voyage avec une arrivée salutaire : la rencontre des bien-aimés.

Voici le récit des derniers moments de quelques compagnons, ils sont la crème des élus de Dieu :

– Houdhayfa, que Dieu l’agrée, rapporte que quand l’heure de sa mort a sonné, il a dit « Bienvenue ô mort, un bien aimé attendu depuis tant. »

– Bilal, que Dieu l’agrée, reprenait sa femme qui criait « quel malheur, quel malheur » pendant son agonie en lui disant : « au contraire quel bonheur, quel bonheur demain est la rencontre de mes bien aimés Mohammed et ses compagnons ».

– L’Imam Ali, que Dieu honore son visage, au moment de sa mort, répétait le verset 61 de sourate Les Rangées « C’est pour une chose pareille que doivent œuvrer ceux qui œuvrent ».

Pour conclure

Le chemin qui mène à la proximité de Dieu, débute par l’amour des élus de Dieu et leur compagnie, et se couronne par L’Amour de Dieu Exalté Soit-IL et Sa rencontre Sublime.

Entre le départ et l’arrivée, le fidèle cherche refuge en permanence auprès de Dieu car, c’est Lui qui rend le chemin accessible. Il ne doit délaisser le groupe des fidèles qui cheminent et qui partagent le même souci que lui sous aucun prétexte. Il adopte en privé et en public une attitude de grande moralité et d’éthique prophétique.


[i] Hadith authentique, rapporté par al Bukhârî

[ii] Sourate la Famille d’Imran, Verset 106

[iii]  Rapporté par Abou dawoud, Annisai et Ibn Hibane.

عن عمار بن ياسر رضي الله عنه قال : سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول 🙁 إن الرجل لينصرف وما كتب له إلا عشر صلاته تسعها ثمنها سبعها سدسها خمسها ربعها ثلثها نصفها ) رواه أبو داود والنسائي وابن حبان

[iv] Rapporté par Athirmidhi, Imam Ahmed,  Abou dawoud, Annisai, Ibn Maja et autres.

عن حريث بن قبيصة قال : قدمت المدينة فقلت : اللهم يسر لي جليساً صالحاً قال فجلست إلى أبي هريرة فقلت : إني سألت الله أن يرزقني جليساً صالحاً فحدثني بحديث سمعته من رسول الله صلى الله عليه وسلم لعل الله أن ينفعني به ؟ فقال : سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول:( إن أول ما يحاسب به العبد يوم القيامة من عمله صلاته فإن صلحت فقد أفلح وأنجح وإن فسدت فقد خاب وخسر فإن انتقص من فريضته شيء قال الرب تبارك وتعالى : انظروا هل لعبدي من تطوع ؟ فيكمل بها ما انتقص من الفريضة ثم يكون سائر عمله على ذلك ) رواه الترمذي وحسنه ورواه أحمد وأبو داود والنسائي وابن ماجة وغيرهم

[v] أخرج ابن عساكر عن هشام بن يحيى عن أبيه قال : دخل سائل إلى ابن عمر فقال لابنه : « أعطه دينار فأعطاه فلما انصرف قال ابنه : تقبل الله منك يا أبتاه. فقال (أي ابن عمر) : »لو علمت أن الله تقبل مني سجدة واحدة أو صدقة درهم لم يكن غائب أحب إلي من الموت، تدري ممن يتقبل الله , إنما يتقبل الله من المتقين » 

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