Le filtre des épreuves

« Et si Dieu ne neutralisait pas une partie des gens par une autre, la terre serait certainement corrompue et détruite. Mais Dieu est Détenteur de la Faveur absolue pour les gens. »

Ainsi s’achève le verset 251 de sourate la vache pour conclure le récit de la victoire éclatante des enfants d’Israël  opprimés et guidés par Talout, sur l’armée tyrannique de Goliath.

Ce morceau du verset coranique nous alerte sur une des lois divines « Sounna de Dieu »  (سنة الله) qui régissent ce bas monde depuis le début de la création : l’inéluctable combat entre le Vrai et le faux (الحق و الباطل) pour rétablir la justice et l’équilibre original dont Dieu a doté ce monde dès le début par Sa miséricorde. Dieu dit : «Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et Il a établi la balance, afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée »[1].

Faire l’économie de la connaissance de la Sounna de Dieu, c’est faire l’économie de connaitre le sens et la sagesse mêmes de l’existence.

Vouloir suivre la Sounna du prophète (paix sur lui) sans connaître la Sounna de Dieu est une pure prétention. Quand on médite sur les enseignements prophétiques concernant l’individu et la nation « Oumma », on remarque que ce ne sont, en effet, que la mise en pratique de sa soumission totale à la Sounna de Dieu ou des  jalons pour la comprendre.

Le rétablissement de l’équilibre est garanti par la loi divine, à condition que les porteurs de la vérité se distinguent et se débarrassent de ce qui peut ressembler au faux. C’est dans ce sens que l’épreuve de Dieu vient toucher l’individu et le groupe. Le récit coranique de Talout et Goliath, nous dévoile plusieurs enseignements sur la pédagogie divine qui fait révéler les porteurs de la vérité méritant Son assistance.

Notre objectif ici est de tirer quelques  enseignements que nous révèle cette histoire.

Première épreuve : écarter la prétention du rang !

« N’as-tu pas su l’histoire des notables, parmi les enfants d’Israël, lorsqu’après Moïse ils dirent à un prophète à eux : « Désigne-nous un roi, pour que nous combattions dans le sentier de Dieu ». Il dit : « Et si vous ne combattez pas, quand le combat vous sera prescrit ?  » Ils dirent : « Et qu’aurions-nous à ne pas combattre dans le sentier de Dieu, alors qu’on nous a expulsés de nos maisons et qu’on a capturé nos enfants ?  » Et quand le combat leur fut prescrit, ils tournèrent le dos, sauf un petit nombre d’entre eux. Et Dieu connaît bien les injustes. »[2]

Des générations après l’envoi des prophètes Moïse et son frère Haroun,  les enfants d’Israël  ont subi l’oppression du tyranique peuple de Goliath.  Le verset décrit bien le contexte, ils étaient chassés de leurs terres et leurs enfants pris en otage par le dominant.

Se faire déposséder de ses biens est en soi inacceptable. Le plus douloureux pour un peuple croyant en Dieu et en Ses prophètes, est le fait de laisser les générations futures sous la domination des ennemis de Dieu. Cela veut dire accepter l’assassinat, la détérioration de l’innéité de l’enfant  et la mise à mort de la transmission de la foi pure à travers les générations. L’Imam Abdessalam Yassine, dans son livre Mon testament fait allusion à ce devoir de protection des générations futures des influences maléfiques qui les tuent sous nos yeux. Il dit après avoir cité le  verset  151 de sourate Les Bestiaux :« Ne tuez point vos enfants par crainte de la pauvreté »,  les abandonner à l’emprise des influences qui les égarent, les corrompent et les assassinent sous nos yeux, équivaut au pire des meurtres.

Le recours naturel dans cette situation cruciale pour les croyants est de se réconcilier et de revenir à Dieu pour les secourir. Dans ce récit, c’est ce que les enfants d’Israël ont fait, ils ont demandé l’intercession de  leur prophète auprès de Dieu en prétendant renoncer à tout pour s’engager dans le sentier de Dieu. Cependant, au moment de la tenue des engagements, la plupart d’entre eux ont failli.

Faillir à son engagement au moment crucial devant une situation pareille, c’est accepter que l’oppresseur continue à être injuste. C’est pourquoi Dieu a qualifié ceux qui ont renoncé à leurs engagements d’injustes car ils participent à faire perdurer l’injustice.

Deuxième épreuve : écarter l’arrogance et l’égoïsme du rang !

«  Et leur prophète leur dit : « Voici que Dieu vous a envoyé Talout pour roi. » Ils dirent : « Comment régnerait-il sur nous? Nous avons plus de droit que lui à la royauté. On ne lui a même pas prodigué beaucoup de richesses!  » Il dit : « Dieu, vraiment l’a élu sur vous, et a accru sa part quant au savoir et à la condition physique. » – Et Dieu alloue Son pouvoir à qui Il veut. Dieu a la grâce immense et Il est Omniscient. »[3]

Une première purification du rang des croyants est achevée. Dieu a discerné entre les prétentieux et ceux qui veulent défendre et libérer leurs enfants, mais comme on dit, les voies du Seigneur sont impénétrables !

Sous la bannière de l’expérience et de la compétence, nous essayons de négocier ou d’anticiper des décisions qui peuvent nous déplaire.  Ceci est justifié quand il s’agit d’une affaire de commerce ou d’administration d’une entreprise ou autre, car nous traitons avec des hommes qui peuvent se tromper. 

Mais quand nous essayons de négocier des décisions émanant de Dieu, surtout si l’ordre est clair et n’a pas besoin d’interprétation comme dans ce récit coranique, cela s’apparente à l’insoumission à l’ordre divin ou dit plutôt la soumission à un égo surdimensionné qui veut imposer son imaginaire et sa façon de faire au déroulement des événements. Seuls les arrogants se croient à l’origine de la Faveur de Dieu.  L’égoïsme est la première cause qui guette l’unité du groupe des croyants.

Dieu n’aime pas les arrogants !

Troisième épreuve : écarter le doute en la puissance de Dieu du rang !

« Puis au moment de partir avec les troupes, Talout dit : « Voici : Dieu va vous éprouver par une rivière : quiconque y boira ne sera plus des miens; et quiconque n’y goûtera pas sera des miens; – passe pour celui qui y puisera un coup dans le creux de sa main. » Ils en burent, sauf un petit nombre d’entre eux. Puis, lorsqu’ils l’eurent traversée, lui et ceux des croyants qui l’accompagnaient, ils dirent : « Nous voilà sans force aujourd’hui contre Goliath et ses troupes !  » Ceux qui étaient convaincus qu’ils auront à rencontrer Dieu dirent : « Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce de Dieu, vaincu une troupe très nombreuse ! Et Dieu est avec les endurants. 

Et quand ils affrontèrent Goliath et ses troupes, ils (Ceux qui étaient convaincus qu’ils auront à rencontrer Dieu) dirent : « Seigneur! Déverse sur nous l’endurance, affermis nos pas et donne-nous la victoire sur ce peuple infidèle.»[4]

Encore une fois, l’épreuve de Dieu vient purifier le rang et le filtrer.  Après le départ des arrogants et des égoïstes, il restait encore un autre niveau d’épreuve. Ce groupe qui a résisté aux premiers tests, peut-il aller jusqu’au bout dans sa mission malgré les contraintes physiques ? Peut-il faire confiance et obéir aux personnes élues par Dieu pour les guider, dans les moments critiques ? et si la réponse est oui, compte-t-il vraiment sur Dieu ou sur sa propre force ?

Ce verset répond clairement à ces questions. Ceux qui ont désobéi à l’ordre de Talout et ceux qui comptaient plutôt sur leur nombre ou leurs outils n’ont pas pu aller jusqu’au bout,  ils ont délaissé tout presque à la fin du parcours.

Quelle amertume !  Quel grand regret !

Conclusion : La victoire de Dieu est promptement proche

« Ils les mirent en déroute, par la grâce de Dieu. Et David tua Goliath, et Dieu lui donna la royauté et la sagesse, et lui enseigna ce qu’Il voulut. […] »[5]

La victoire et le soutien de Dieu arrivent très vite quand il s’agit d’un groupe de fidèles agissant exclusivement pour Dieu. Aucun cœur touché par l’une des maladies filtrées par les épreuves citées ci-dessus n’est accepté dans le rang.

Les épreuves récurrentes et diversifiées  sont une sélection divine des êtres les plus nobles pour mériter Sa proximité et pour qu’ils puissent porter la guidance et la miséricorde de Dieu aux peuples opprimés et aux gens asséchés par l’injustice.


[1] Sourate Le Tout Miséricordieux  Versets 7 et 8

[2] Sourate La vache, v 246

[3] Sourate La vache, v 247

[4] Sourate La vache, v 249 et 250

[5] Sourate  La vache, v 251

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