La Méditation

« Une heure de méditation est meilleure qu’une nuit passée en dévotion »[1]

La méditation est un élément essentiel et constitutif de la foi du croyant. Défini par le terme arabe « tafakkur » qui vient du verbe « fakkara » qui signifie « réfléchir », il est souvent traduit comme une réflexion profonde sur les choses, qui mène à leur origine même : Dieu. En effet, les termes « méditation » et « réflexion » (tadabbur) sont souvent employés dans le Coran. Mais le terme « tadabbur » tient une acception sans connotation spirituelle. Elle signifie réfléchir objectivement sur les choses.

« [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent (li adabbaru) sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent (tadhakkaru). »[2]

Ce qui est traduit ici comme méditation, signifie une réflexion objective voire scientifique c’est-à-dire un travail de recherche de la vérité au sujet des versets coraniques. Cette injonction est donc adressée à tous les hommes qui n’ont pas encore cru au message. La méditation dont nous essayons de comprendre l’importance et l’usage que nous devons en faire est différente de la réflexion à proprement parler.

En effet, la réflexion est le processus qui mène à l’élaboration d’une connaissance. Elle vise le vrai et permet de mettre à l’épreuve des hypothèses par le biais de l’intellect. A la suite de ce travail, une connaissance peut en résulter et notre savoir se trouve donc augmenté. Pourtant, si la réflexion nous rend plus savants, elle ne nous rend pas pour autant plus sages.

Nous savons que l’on peut distinguer le bien du mal, le juste de l’injuste par le biais du Saint Coran appelé aussi « Al Furqan » (Le discernement). Pourtant, nous pouvons irrémédiablement tomber dans le mal tandis que nous éprouvons à son égard de la répulsion. Et c’est par un examen de conscience que nous essayons de nous repentir et d’avancer. C’est donc que la connaissance n’a pas la capacité de changer l’âme de manière durable, elle peut simplement la première fois agir comme un réveil et permettre le bien. Mais, elle est tôt ou tard vaincue par des causes extérieures qui nous affectent et nous empêchent de nous conformer à la Vérité.

C’est ici où agit la méditation. Son sens étymologique nous éclaire un peu plus sur sa signification et son usage. Du latin « meditare » qui signifie « réfléchir de manière répétée sur » et du grec « meletao » (exercer, pratiquer, s’habituer à) et du nom commun meletê (exercice, pratique), la méditation est un exercice spirituel quotidien. Le propre d’un exercice est qu’il doit être répété régulièrement afin que le résultat puisse être effectif et que se crée une certaine habitude. Méditer, c’est donc réfléchir de manière répétée et de plus en plus profonde sur des choses. Son objectif n’est pas seulement d’enrichir notre savoir, c’est la réflexion qui se charge de cette tâche, elle est de permettre à l’âme de le digérer, de l’incarner et de s’y conformer pour obtenir ainsi une certaine disposition de l’âme.

Lorsqu’on interrogea Aisha, que Dieu l’agrée, au sujet du comportement du Prophète, paix et bénédiction sur lui, elle rétorqua au questionneur : « Ne lis-tu donc pas le Coran ? » Il répondit : « Bien sûr que si. » Elle dit alors : « Le comportement du Messager de Dieu était le Coran. »[3]

Si le Prophète, paix et bénédiction sur lui, était ainsi c’est parce que son âme a entièrement intégré ses enseignements et les met continuellement en pratique.

C’est donc un exercice de l’âme qui doit être régulier d’où son rapport important avec la notion de rappel (al dhikr). Ce n’est qu’en se rappelant et se répétant continuellement cette pensée profonde sur le sens des choses et sa propre place dans ce monde que l’on parvient à obtenir une âme obéissante et reconnaissante. La méditation est donc une technique qui permet de redresser l’âme et de la purifier de ses fausses représentations qui l’empêchent de se conformer à la Volonté divine, à commencer par celles au sujet des biens de ce monde pour n’admettre que la vertu en tant que seul bien réel :

« Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde. Cependant les bonnes œuvres qui persistent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et [suscitent] une belle espérance » (18 ; 46)

Maintenant que nous avons défini ce qu’est la méditation et en quoi elle est nécessaire dans notre cheminement spirituel, il est important dès à présent de savoir sur quoi nous devons méditer précisément :

« Ceux qui se remémorent Dieu, debout et assis, appuyés sur leur côté, et qui méditent (yatafakkarun) sur la création des cieux et de la terre : « Seigneur, Tu n’as pas créé tout cela en vain. Gloire à Toi ! Protège-nous du châtiment du feu. » »[4]

Ibn Abbas rapporte : « Un jour un groupe de personnes s’adonnait à la méditation sur Dieu ; Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, leur dit alors : « Méditez sur Sa création, et non sur Lui, car jamais vous ne parviendrez à appréhender Sa Puissance. »[5]

La méditation doit donc se porter sur la création de Dieu. Elle permet à chacun de retrouver sa place dans cette étendue vaste et infinie. En méditant régulièrement, l’âme reconnait son infime valeur dans cet Univers et sa responsabilité vis-à-vis de Dieu. Ainsi, elle ne peut que s’humilier et être reconnaissante face à la Puissance divine.

De fait, la méditation accroit la crainte de Dieu, comme Dieu nous l’informe dans le verset ci-dessus en rapportant les paroles de ceux qui méditent et qui réclament Sa protection. Cette crainte redresse l’âme qui devient bienveillante à l’égard du décret de Dieu et ne souhaite que Sa seule satisfaction. C’est donc un exercice essentiel à l’éducation spirituelle car elle permet de se conformer à la volonté divine afin de se rapprocher de Lui. Elle est une voie qui mène à la sagesse.

Dieu dit : « Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Dieu. Dieu est, certes, Puissant et Pardonneur. »[6]

Dans ce verset, Dieu invite les hommes à réfléchir sur Sa création mais témoigne que seuls les savants le craignent. Par savants, nous entendons donc ceux qui appliquent leur savoir et s’y conforment contrairement à ceux qui ne parviennent pas à tirer profit de leur connaissance. Ce qui leur a valu cette distinction et position, c’est leur méditation continuelle sur les bienfaits de Dieu et sur Sa création.

L’âme est comme un muscle qui a besoin de toujours se rappeler de Dieu et d’accroitre sa crainte. La méditation doit donc être régulière, car comme un athlète qui entraine son corps à une compétition à venir, l’âme doit aussi s’exercer pour atteindre une bonne disposition pour un futur proche. De ce fait, des résultats seront visibles respectivement sur le corps de l’athlète et sur l’âme du dévot.


[1] Hadith rapporté par ibn Hibban dans son livre« al ‘adhama » d’après Abou Hurayrah et rapporté aussi par Abou Cheikh selon ibn ‘Abbas

[2] Coran : 38 ; 29

[3] Hadith rapporté Muslim

[4] Coran : 3 ; 191

[5] Hadith rapporté par Abou Cheikh al Asbahani, mort en 369 de l’Hégire, d’après ibn Abbas

[6]Coran : 35 ; 28

Un commentaire

  1. Salamalaykoum Salwa !

    BarakAlahufik pour ce rappel qui nous fait prendre conscience de l’incontournable nécessité de s’adonner à l’effort de méditation si l’on veut que notre cheminement spirituel soit réel.:)

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