Révélation et prophétie

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Les découvertes vertigineuses qui mettent en évidence la puissance infinie de Dieu affirment clairement que l’univers ne peut s’être créé tout seul, et qu’il est tout aussi impossible que la vie soit apparue par hasard. Elles l’affirment avec éloquence à ceux qui savent entendre, comme l’affirme l’innéité de la vieille femme illettrée qui reconnaît à sa propre impuissance la puissance de son Créateur, et à sa propre ignorance Sa science infinie : alors, elle s’en remet à Lui et elle croit. Quant à l’arrogant qui se prend pour Dieu, il continue à se consoler avec les calculs de ses incertitudes et ses hypothèses aveugles.

Le Tout-Puissant, exalté soit Son Nom, a aveuglé la raison scientifique investigatrice avec les élucubrations de sa sœur la raison philosophique. Depuis la philosophie empirique du Grec Épicure jusqu’à la philosophie des instincts de Freud, depuis les matérialistes grecs jusqu’au matérialisme de Marx, la raison philosophique empirique accumule sur elle-même et sur sa sœur des couches de doutes et de refus de la vérité évidente, vérité pourtant connue de la vieille femme illettrée qui a reçu la foi en héritage dans toute sa candeur et sa simplicité.

La raison peut trouver la foi en Dieu au bout de son cheminement, si elle ne rejette pas la soumission à la toute-puissance divine ; ou bien Dieu peut lui raccourcir le chemin et elle peut croire d’emblée en s’appuyant sur les évidences premières de son innéité qui lui parle, au tréfonds d’elle-même, de la présence d’un Créateur tout-puissant et omniscient, d’un Maître dont la volonté gouverne tout.

Dieu ordonne à l’être humain de contempler l’univers et ses signes, de méditer, de réfléchir, de raisonner et de comprendre. Il lui dit : « Béni soit Celui qui détient la Royauté et a pouvoir sur toute chose, Celui qui a créé la mort et la vie pour vous éprouver et faire apparaître lequel d’entre vous agit le mieux. – Il est le Tout-Puissant, Celui qui pardonne. Celui qui a créé sept cieux superposés : tu ne vois aucune disproportion dans la création du Miséricordieux. Ramène ton regard : vois-tu quelque faille ? Ramène ton regard une fois encore : ton regard te revient humilié, épuisé. »[1]

Si ce n’était son impiété, si Dieu n’avait pas scellé son cœur, la raison investigatrice, astronomique, mathématique, physique, statistique, reviendrait humiliée et épuisée de sa contemplation du néant, de l’existence et de l’infini, pour s’étonner de son aveuglement et de sa stupidité d’attribuer à la coïncidence et au hasard les miracles de la création. Mais dans son orgueil cette raison se prostitue, elle s’adonne à sa débauche rationaliste comme les hédonistes matérialistes s’adonnent à leur débauche épicurienne.

La raison saine trouve la foi au bout de son cheminement vers le savoir ou à son premier pas sur le seuil de l’innéité. La révélation lui apporte la connaissance de Dieu, des noms de Dieu, de l’Invisible, des raisons d’être de l’organisation du monde, du but de la création, de l’épreuve de la vie basse, de la rétribution de la Vie Dernière, des causes de la félicité ou du malheur éternels de l’être humain.

Dieu, exalté soit Son Nom, a honoré l’être humain en lui donnant une forme harmonieuse. Celui-ci n’en connaît ici-bas que ce que la médecine lui apprend de l’extraordinaire précision avec laquelle Dieu a façonné son corps. Dans la Vie Dernière, s’il a cru et s’est comporté avec rectitude, il connaîtra le plein épanouissement de cette création harmonieuse, le délice éternel et la contemplation de la Face divine.

Dieu l’a honoré en lui donnant la raison et a équipé cette raison de la faculté d’expression. L’expression, c’est la capacité d’énoncer ce qui est dans la conscience à l’intention d’un interlocuteur que l’on veut informer et guider. L’expression est un immense don de Dieu. C’est l’intermédiaire entre la révélation et la raison. La raison philosophique prend le problème à l’envers lorsqu’elle affirme que l’être humain est un animal doué de parole. Certes, la parole qui exprime la pensée est le principal élément qui distingue l’être humain de l’animal ; le langage est une caractéristique humaine. Mais le langage et la parole n’élèvent pas l’être humain au-dessus des animaux qui lui ressemblent physiquement tant qu’il dit n’importe quoi, que ses propos et sa philosophie ne dépassent pas le niveau de son animalité, de son corps, de ses sens, de ses désirs et de tout ce qui le rattache à la terre et freine son aspiration céleste.

Pour s’élever au-dessus du niveau de cet animal parlant qui ne fait que débiter des futilités, l’être humain doit ouvrir ses oreilles pour recevoir la révélation apportée par les prophètes, la paix soit sur eux.

Le don de l’audition, le sens de l’ouïe, l’honneur de pouvoir entendre, voilà un immense cadeau de Dieu. C’est en effet la voie par laquelle nous apprenons l’existence de Dieu, la connaissance de Dieu, la voie du bonheur et les vérités de la vie et de la mort. Dans le Coran, l’ouïe est mentionnée avant la vue, parce que la perception visuelle et les images du monde qu’elle apporte au cerveau ne l’informent que sur le monde visible. La vue ne nous informe pas de ce qui est au-delà du monde visible, ni de son origine, ni de son sens.

La rencontre entre l’expression du Prophète recevant la révélation et l’écoute de cette expression par l’ouïe : c’est à partir de ce confluent de la foi que l’être humain commence à s’élever au-dessus de son animalité. Il s’élève lorsqu’il accepte la vérité de son témoin le Prophète, et il reste parmi les bêtes les plus viles lorsqu’il la refuse. Celui qui est sourd à la parole de vérité, aveugle à la vision véritable parce que son cœur est inaccessible aux lumières de la révélation, celui-là ne saurait être compté parmi les êtres doués de raison. « Les plus viles bêtes au regard de Dieu sont les êtres sourds et muets qui sont incapables de raison. Si Dieu avait reconnu en eux quelque bien, Il aurait fait qu’ils entendent. Mais même s’Il les faisait entendre, ils se détourneraient en s’éloignant. »[2]

Des croyants et des croyantes ont dit : « Nous entendons et nous obéissons. » Des mécréants et des mécréantes, ainsi que des hypocrites, ont dit : « Nous entendons et nous désobéissons. » La différence entre l’audition salvatrice et celle qui mène la perdition, c’est de croire le Prophète et de le suivre.

Le plus grand honneur que le Créateur fait à l’être humain, c’est de S’adresser à lui par la parole du Prophète. Il l’appelle vers Lui en lui envoyant des prophètes pour lui annoncer la bonne nouvelle et l’avertir. Pour l’instruire et l’éduquer. Pour s’efforcer de guider les êtres tout en supportant le mal qu’ils leur font et en vivant parmi eux.

Un Prophète est un être humain choisi par Dieu pour porter le message céleste à un peuple ou une tribu ; et Dieu a choisi Muhammad (paix et salut à lui) pour qu’il transmette ce message aux deux charges, les djinns et les êtres humains, et pour éclairer la voie aux générations d’hommes et de djinns jusqu’au Jour du jugement.

C’est soudainement que Muhammad (paix et salut à lui) a reçu la révélation. Il fut surpris de ce qu’il lui arrivait, il eut peur et il se réfugia auprès de son épouse Khadîja en disant : couvrez-moi, couvrez-moi ; enveloppez-moi, enveloppez-moi. Il ne savait pas ce qu’il lui arrivait. Dieu le lui rappelle dans le Coran : « Tu ne connaissais rien du Livre ni de la foi. »[3]

Dieu lui rappelle qu’il n’est qu’un être humain qui ignorait ce que le destin lui réservait avant que la révélation ne lui vienne ; Il lui dit : « Tu n’espérais point que le Livre te fût révélé : il ne l’a été que par une miséricorde de ton Seigneur. »[4]

Cette révélation est-elle de la philosophie ou du génie ? Absolument pas : c’est Dieu qui S’adresse à un être humain qu’Il a choisi, qu’Il a élu pour être Son porte-parole auprès de ceux de Ses serviteurs qu’Il veut. C’était un homme comme les autres avant de recevoir la révélation ; il devient un homme pas comme les autres après l’avoir reçue. Avant comme après, c’est un homme qui se nourrit et qui déambule sur la place publique. Les négateurs, les envieux, les impies, les hypocrites et les notables arrogants sont troublés par cette ressemblance humaine entre eux-mêmes et leur concitoyen qui leur adresse un propos si inhabituel. Ils disent, comme Dieu nous en informe : « Qu’est-ce donc que ce prophète qui se nourrit et déambule dans les marchés ? Que n’est-il assisté d’un ange descendu avertir avec lui ? Que ne reçoit-il un trésor ou n’a-t-il un verger dont il se nourrirait ? Et les injustes disent : vous ne suivez qu’un homme ensorcelé. »[5]

Ils demandent des miracles au Prophète. Chaque Prophète a un miracle qui défie la raison humaine dans le domaine où celle-ci excelle à son époque : le bâton pour Moïse (la paix soit sur lui) dans un environnement dominé par la magie ; la guérison des aveugles et des lépreux et la résurrection des morts à l’époque de Jésus (la paix soit sur lui) où la médecine a quelque peu progressé, et ainsi de suite.

Les négateurs injustes demandèrent à Muhammad (paix et salut à lui) que les anges descendent s’aligner autour de lui en une armée qu’ils puissent voir, ou qu’il reçoive un trésor, ou qu’il ait un verger dans la région montagneuse et aride de La Mecque. Muhammad (paix et salut à lui) avait lui aussi ses miracles réels et perceptibles : la lune s’est fendue, de l’eau a coulé de ses doigts, il a vaincu ses ennemis par la peur, il a multiplié la nourriture, Dieu emplissait de révérence le cœur de tous ceux, ennemis ou amis, qui se trouvaient en face de lui. Ses miracles sont nombreux. Certains les passent sous silence en prétendant que son seul miracle était le Coran ; ils emboîtent ainsi le pas aux orientalistes pour répéter avec eux, explicitement ou implicitement, ce que disaient les injustes d’autrefois au sujet du Coran : « Ceci n’est qu’une imposture qu’il a forgée, et d’autres gens l’y ont aidé. »[6]

L’apparition de la révélation et de la prophétie est résumée dans toute sa simplicité par la question simple et candide, émanant d’une nature saine, posée par al-Hârith ibn Hishâm au Prophète (paix et salut à lui) et dans la réponse de celui-ci. Al-Hârith demanda : « Envoyé de Dieu, comment la révélation te vient-elle ? » Le Prophète (paix et salut à lui) répondit : « Parfois elle me vient comme le tintement d’une cloche – et c’est le plus dur pour moi – puis cela se dissipe et ses paroles sont fixées dans mon esprit. Parfois, l’ange m’apparaît, il me parle, et je retiens ce qu’il dit. » (Rapporté par al-Bukhârî et Muslim.)

C’est ainsi que le Prophète (paix et salut à lui) reçut la révélation coranique pendant vingt-trois années, de même que la sagesse qu’il exprimait par sa sunna et par ses explications du message révélé. Tout cela relève de l’inspiration divine, car le Prophète (paix et salut à lui) ne parlait pas sous l’emprise de la passion : il ne disait que la vérité, étant le porte-parole de Dieu, la Vérité par excellence.

Muhammad est mort et a rejoint son Seigneur. Son miracle éternel demeure : le Coran que Dieu préserve et continuera de préserver jusqu’à l’Heure dernière. La suite des messages prophétiques s’est achevée avec Muhammad (paix et salut à lui) mais la corde qui relie le Créateur à Ses serviteurs ne s’est pas coupée pour autant : la corde demeure à travers l’enseignement divin que constituent le Coran et la sunna.

Dieu a révélé le Coran en langue arabe claire. C’est le plus grand des miracles, un miracle qui défie la raison humaine dans tous les domaines tandis que les miracles des prophètes la défient dans un domaine précis. Il défie la raison et il la guide. Il l’appelle à la foi et au repentir. Il détaille pour elle la Loi divine salvatrice.

Le miracle du Coran réduit la raison au silence et la convainc. Ou bien elle s’enfonce dans le reniement.

Le Coran a été révélé en langue arabe claire à un Prophète arabe. Le Coran est donc éternellement associé à la langue arabe. Si l’on ne connaît pas bien cette langue, on ne peut pas comprendre le Coran. Ce n’est pas là du chauvinisme, mais une responsabilité portée par tous ceux, arabes ou non, qui étudient la langue du Coran, qui l’apprennent, qui l’enseignent et qui la maîtrisent.

Les nationalistes arabes, quant à eux, ont trahi le Coran en prétendant associer l’islam lui-même à l’arabité. La langue du Coran n’appartient nullement à ces gens qui n’ont pour bagage qu’une culture générale, mais qui ne connaissent pas la grammaire, la conjugaison, les règles de l’éloquence de la langue arabe ; qui ne connaissent pas les sciences de l’arabe, et qui n’ont rien à voir avec le tempérament des Arabes d’autrefois.

La langue du Coran est une langue parfaite et préservée. Le Coran la préserve, et quelle préservation que celle-là ! Cette langue est parfaite et toute autre langue est imparfaite, même si les lettres sont arabes et si la culture dont bavardent les propos futiles résonne des sonorités arabes. C’est être incomplet, tronqué, amputé, que se dérober ou être sourd ou aveugle au rayonnement de la prophétie résumé dans le verset : « Ô Prophète, Nous t’avons envoyé comme témoin, annonciateur et avertisseur, appelant à Dieu avec Sa permission et comme flambeau répandant la lumière. »[7]

[Extrait du Tome 2 de « Femmes musulmanes : Traité sur la voie », traduction française de l’ouvrage « Tanwîr al-mouminâte » de Abdessalam Yassine.]

 


[1] Sourate 67, al-Mulk, versets 1-4.

[2] Sourate 8, al-Anfâl, versets 22-23.

[3] Sourate 42, ash-Shûrâ, verset 52.

[4] Sourate 28, al-Qasas, verset 86.

[5] Sourate 25, al-Furqân, versets 7-8.

[6] Sourate 25, al-Furqân, verset 4.

[7] Sourate 33, al-Ahzâb, versets 45-46.

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