Pourquoi la vie ?

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Pourquoi la vie ? Question centrale, question vitale, question refoulée, question étouffée, question insensée pour d’aucuns!

C’est une question à ne pas poser en public à une époque dépourvue de sens et occupée à d’autres problèmes concernant le comment des choses et non leur pourquoi. Notre époque technique et scientifique curieuse de tout, ouverte sur l’univers sidéral comme sur l’univers moléculaire, fouineuse, méticuleuse, observatrice du moindre détail et de toute chose, reste cependant tragiquement étrangère à cette question.

Le sens de la vie, le pourquoi de la vie est éludé et ne se pose plus, sinon au sein de quelques cercles fermés de philosophes entichés de spéculations métaphysiques, ou chez ces marginaux de la modernité que sont les musulmans et quelques autres peuples déphasés.

Le positivisme est le mode de penser ancré dans la société moderne: rien n’existe que ce que les sens perçoivent. Rien n’existe à part le palpable, le concret, le matériel. Tout ce qui n’est pas vérifiable et mesurable scientifiquement n’est que conjecture.

Les questions anthropocentriques qui cherchent un sens à la vie sont les preuves indubitables d’une arriération mentale ! L’utilité fonctionnelle des choses, l’efficace de leur organisation est le champ de la recherche scientifique, non les divagations sans résultat sur l’inconnaissable. L’homme moderne semble résigné à une vie sans valeur, il semble résigné au tragique d’une mort inéluctable mettant fin à une vie sans finalité.

Tout au moins garde-t-il un petit espoir, s’agrippant aux rebords d’une fenêtre ouverte sur un mur: la science mettra un jour à sa disposition le moyen de prolonger sa vie. L’espérance de vie est, dans les pays développés, voisine de quatre-vingt ans, demain elle dépassera le siècle et atteindra peut-être le siècle et demi. N’est-ce pas là un rêve raisonnablement plausible vu le progrès sans précédent que la science fait dans le domaine génétique ?

L’homme moderne s’agrippe à l’espoir de prolonger sa vie et de jouir d’une meilleure vie grâce au progrès matériel, d’une meilleure santé et élude soigneusement la question essentielle. Il trompe son angoisse en s’amusant pour oublier et éviter de faire face à l’évidence de sa propre mort. Pourquoi vivre du tout si la vie n’est qu’une absurde coïncidence et si après la vie il y a la mort et la fosse infecte ? Autant se suicider tout de suite!

Dans les sociétés postmodernes, le confort peut refouler la question essentielle, comme la misère peut la faire oublier; mais rien ne peut en venir à bout, car elle vit dans les entrailles mêmes de chaque être humain, qu’il soit capable de la formuler ou non. Elle revient toujours, lancinante, pressante, exigeant une réponse.

Au fond de chaque conscience réside dans un coin intime l’attente d’un appel, d’une voix secourable qui viendrait nous annoncer que notre existence a une signification au-delà de la simple présence végétative dans le monde. Même si la culture moderne est terriblement agissante et envahissante par le tapage qu’elle produit, la nature, notre prime nature, ce for intérieur tapi au tréfonds de chacun, ne sera jamais totalement convaincu qu’on est là pour rien.

Au fond de la conscience humaine, il y a aussi la tension vers le haut, vers l’esprit. Cette tension peut tomber en syncope, mais elle ne meurt pas. Elle peut être assourdie dès l’enfance et rendue incapable d’entendre l’appel extérieur, ou aveuglée à la lumière du jour par une certaine éducation et une culture incertaine, mais elle ne meurt pas. Elle se retirera dans quelque oubliette de la conscience de l’homme moderne, conscience dupée par l’espérance que la science pourrait un jour ressusciter les morts. L’homme moderne ira, victime de son illusion, se faire cryogéniser dans quelque morgue pour milliardaires. La science mettra peut-être un jour à la disposition de tous l’élixir de jeunesse prolongée dont rêvaient les anciens alchimistes, mais répondra-t-elle à la question qui habite l’homme ?

Y répondra-t-elle jamais, cette modernité qui se détacha peu à peu de ses valeurs judéo- chrétiennes pour ne plus faire référence qu’à ses origines gréco-romaines ? L’attitude toute moderne de méfiance et d’indifférence, sinon d’hostilité déclarée, à l’irrationnel rejette maintenant toute notion métaphysique. Les hurluberlus extravagants qui s’occupent de parapsychologie ou de quelque autre lubie pareille sont au mieux tolérés et toujours suspects.

« Chassez le naturel par la porte, il revient par la fenêtre » dit un adage français. La spiritualité, naturelle à l’homme que traque sans répit la modernité revient par une fenêtre donnant sur un abîme fatal. L’industrie du charlatanisme est florissante dans les interstices des sociétés modernes où l’on combat la nature vraie de l’homme.

L’exutoire du spiritualisme sectaire va dans le sens contraire de toute spiritualité, et nombreux sont ceux qui tombent dans le macabre: les sectes où l’on dévore vive de la chair humaine et celles où le culte du suicide collectif est de rigueur avoisinent, en marge des sociétés modernes, avec les pratiques de sorcellerie ou du spiritisme vieux jeu qui fait tourner les tables et parler ces chers défunts.

Côté jardin : la culture gréco-romaine brille de tous ses feux, seule référence officielle désormais d’une civilisation en rupture avec ses racines spirituelles. Le corps, la beauté plastique de l’athlète et de la femme reine de beauté sont, avec l’exploit du champion olympique, les valeurs sûres de notre temps. Ce sont les valeurs esthétiques et monnayables qui sont les plus appréciées : le joueur étoile de football et la diva de l’opéra gagnent tout autant que l’acteur star du cinéma, beaucoup plus qu’un premier ministre, beaucoup moins toutefois qu’un champion de boxe qui, en quelques minutes passées sur le ring, peut ramasser une fortune.

Côté cour : refoulée et étouffée, la question naturelle sur le sens de la vie cherche réponse dans la nuit de cabinets spécialisés et au sein de sectes clandestines que Satan se fait un plaisir de récupérer.

Extrait du livre « Islamiser la modernité », Chapitre 5 : le savoir

1 commentaire

  1. ma cha Allah ! très profond et clair. pourtant je n’ai pas compris un passage ou est-ce une faute de frappe?

    « les sectes où l’on [U]dévore vive[/U] de la chair humaine et celles où le culte du suicide collectif est de rigueur [U]avoisinent[/U],

    baraka Allahou fikoum

  2. salam
    il ne s’agit pas de faute de frappe ni d’orthographe, c’est du français très soutenu, en effet vive est l’adjectif qualificatif de la chair, mais placé avant.
    et avoisinent est le verbe conjugué au pluriel du sujet « celles ».
    wallaho a3lam

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