Thé, lecture et débat

A l’occasion de leur club de lecture, quatorze participants musulmans se sont retrouvés ce dimanche 03 mars 2013 au centre Echanges à Strasbourg (Bischheim) de 10h à12h30.

 

Le projet-cadre

Ce club de lecture s’inscrit dans un projet plus vaste où chacun des membres de la communauté musulmane pourra « s’éduquer par la lecture ». Peu importe votre âge, votre origine ou votre sexe, il y aura toujours quelque chose pour vous à la Bibliothèque Echanges !          

Inaugurée le 02 avril 2011, ce n’est vraiment qu’à partir du 16 mai 2012 avec son premier « thé-débat » que la Bibliothèque signe le début encourageant d’une série d’actions qui visent à promouvoir l’échange et la lecture. Le 16 mai, une vingtaine de strasbourgeois ont pu ainsi échanger directement avec la parisienne Ismahane Chouder, co-auteure du livre « Les filles voilées parlent » aux éditions La fabrique. Le tout autour d’un bon thé à la menthe.

Parallèlement, avec plus de deux cents références, la Bibliothèque Echanges est avant tout une salle où l’on peut emprunter. Cependant, administrée par quelques bénévoles qui ne peuvent assurer de très longues permanences, et la localisation en zone industrielle n’aidant pas, le prêt reste encore loin des espérances de l’équipe motivée de la Bibliothèque Echanges.

Aujourd’hui, la Bibliothèque Echanges compte à son actif déjà deux « thé-débats » et trois rencontres «  club lecture » pour le volet adulte. Les enfants de 2 à 7 ans ont été, quant à eux, enchantés par cet étrange bédouin sous sa tente qui leur a conté l’histoire de l’ascension nocturne du prophète de l’Islam, cette après-midi du 09 juin 2012.

La rencontre « club lecture » du 03 mars 2013

Différent du « thé-débat » où l’auteur est présent et qui est ouvert à tous, le club lecture est un groupe de personnes, hommes et femmes, qui se retrouvent régulièrement pour échanger autour d’un livre qu’ils ont choisi en commun, et lu. Pour cette fois, il s’agit de « Léon l’africain » écrit par le célèbre franco-libanais Amin Maalouf pour lequel il obtint en 1986 le prix de l’amitié Franco-arabe.

Les présentations et séance « coup de cœur »

Avant de commencer, on se présente tout en partageant un bon petit déjeuner avec la spécialité alsacienne du jour : des Schankalas apportés par Maryline. Et c’est avec grande joie que les anciens accueillent un couple venu de Mulhouse spécialement pour l’occasion et Souad qui vient de découvrir le groupe.

Annick, l’animatrice, commence en invitant les participants à partager leur « coup de cœur » du moment. Ainsi, Amal fait passer le livre « Pieds nus sur la terre » aux éditions Denoël  sur le génocide des indiens d’Amérique; Maryline, la revue éducative « PEPS » qui vient de sortir et Imane le roman « Moha le fou Moha le sage » de Tahar Ben Jelloun.

Le livre  « Léon l’africain » et paroles en vrac 

Biographie romancée du voyageur réel que fut Hassan Al Wazzan, c’est à travers un récit richement décrit et fortement ancré dans le contexte historique du début du XVIème siècle qu’Amin Maalouf délie les langues des participants. Né à Grenade, le personnage ne va cesser de s’exiler de terre en terre, porté par le destin, de Grenade à Rome en passant par Fès et Le Caire.

« Personnellement, je n’ai pas aimé le livre parce-que ça me gène de ne pas savoir si ce qu’on me raconte s’est vraiment passé ou si c’est sorti tout droit de l’imagination d’Amin Maalouf. Je le trouve d’ailleurs assez expéditif sur la fin avec certains personnages qui s’évanouissent totalement comme sa mère Salma qui, pourtant, avait été décrite comme quelqu’un de vraiment important au début. Et puis, il y a trop de descriptions à mon goût, ce qui cloisonne l’imagination » (Maryline)

« Ce qui m’a vraiment plu, c’est justement cette précision dans la description parce-que j’ai pu appréhender un bout de l’histoire. Et au contraire ça a éveillé mon imagination. Je pouvais très facilement entrer dans le décor et m’imaginer déambuler à Grenade, j’étais dedans !» (Olfa)

« J’ai pu par son expérience de l’exil à Fès, comprendre le sentiment des pieds-noirs en Algérie qui regrettent la terre quittée »(Aïcha)

« Ce qui me dérange c’est la facilité avec laquelle il se détache de sa famille, du pays où il est, ça lui enlève toute consistance, on dirait qu’il n’a pas d’identité, il se plie au gré du vent sans opposer de résistance »(Omera)

« Ce que j’apprécie c’est qu’il ait été décrit imparfait. Amin Maalouf a voulu casser cette image idéalisée qu’on a des musulmans qui est fausse. Il faut qu’on se réconcilie avec notre histoire et qu’on ose émettre des critiques. De tout temps, les plus grandes réalisations philosophiques… ont côtoyé les pires décadences après le Prophète, paix et salut sur lui).» (Mohammed-Akbar)

Les enseignements : « s’éduquer par la lecture »

« Ce que j’en retiens, c’est une merveilleuse invitation  Je n’ai pas l’impression que ça ne l’affecte pas de partir comme ça, de pays en pays, de famille en famille, mais il s’en remet totalement à Dieu. »(Souad)

« On est trop attachés à notre confort. Ce livre nous montre que rien ne t’attache sur terre, pas même ta famille et que si tu ne fais pas l ‘effort de te détacher tu passeras à côté d’expériences bénéfiques »(Mohammed-Akbar)

« On se focalise trop souvent sur les  personnages importants et pas assez aux petites gens derrière. L’Alhambra est un joyau oui, mais ce qui m’intéresse c’est aussi les petits qui ont travaillé à mort pour que ce soit construit »(Omera)

La discussion a pu jongler ainsi, à partir du livre, entre la période phare de l’Islam, l’engagement social de nos jours, l’art islamique, la légitimité de la critique au sein de la communauté musulmane et l’image que les musulmans véhiculent.

Avant qu’Ismaïl fasse l’invocation de clôture, nous finirons sur une dernière parole :

« Je pense qu’aujourd’hui, au lieu de viser trop grand, de faire du bruit, il faut qu’on cherche à développer des petites actions mais qui durent dans le temps. Il faut vivre la fraternité pas seulement dire « fraternité », partager des choses avec les autres pour pouvoir entreprendre ensemble des projets efficaces, ne serait-ce qu’une petite exhortation chaque semaine. C’est un gage d’union et une nécessité pour nous. »(Amal)

Et le club lecture, c’est ça aussi, des personnalités qui partagent quelque chose !

Les projets, la suite

C’est bientôt l’heure de la prière. On s’aide pour ranger les chaises et la nourriture. On plaisante. On discute .On  regarde le panneau, fait exprès pour l’occasion, qui retrace le périple du véritable AlWazzan.

Hakim termine la rencontre par les informations : il s’agit de préparer le troisième « thé-débat » prévu en mai qui sera organisé par les membres du club lecture.

En quittant le centre. Un doux sourire sur le visage. Un murmure sec d’orient vient encore nous chatouiller les narines : « A quand la prochaine fois ? »

Un commentaire

  1. Très très bonne initiative! Bravo. Essayer de voir encore des choses pour les enfants c’est important. Ici à la bibliothèque municipale, il y a une fois par moi : « L »heure du conte » la Bibliothécaire lit un livre aux enfants à partir de 4 ans, ensuite chaque enfant dessine ce qu’il retient du livre. Essayer, ils vont surement aimé. Et si j’étais encore là, il m’aurait plu de jouer la « conteuse ».

    Fière de vous mes Strasbourgeois!!!

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