Les différentes lectures du Coran

Dans une grande partie du Maghreb, et en Afrique de l’Ouest la récitation du Coran se fait selon la lecture (riwayat) dite « Warch » (d’après Nâfi’) ». La lecture dite « Qâloûn » (d’après Nâfi’) est répandue en Lybie et en Tunisie. Et celle de « Ad-Doûrî » (d’après  Aboû ‘Amr) est répandue au Tchad, au Soudan, en Somalie ….  Actuellement, la lecture la plus répandue dans le monde musulman est la lecture dite « Hafs » (d’après ‘Âsim).

Il existe « 10 grandes lectures (quirâ-at) » du Coran.

Que signifie une lecture du Coran ? 

Al-qirâa, est un dérivé du verbe qara-a « lire, réciter », dont le mot qor-ân (Coran) dérive également. En terminologie, il désigne la récitation orale du Coran ainsi que la ponctuation du texte écrit, qui correspond à la récitation orale.

Il existe plusieurs façons de réciter le Coran (quirâ-at).  Et ces versions ne diffèrent pas fondamentalement entre elles et n’affectent pas le sens du Texte.

Mawdoûdi a développé d’une manière très convaincante comment expliquer correctement certaines différences acceptées dans la lecture. Il écrit par exemple que dans la sourate al-fâtiha (verset 3)maliki et mâliki décrivent tous les deux un des attributs de Dieu, et il n’y a absolument pas de différence entre « Souverain » et « Maître » du jour du Jugement, mais ces deux lectures rendent le sens du verset on ne peut plus clair. (1)

De façon similaire, dans la sourate al-Maidah (La Table Servie) (verset 6), arjoulakoum (2) et arjoulikoum (3) entraînent deux sens différents : lavez vos pieds, essuyez vos pieds.

Tous deux sont corrects : dans des circonstances normales un homme lavera ses pieds, tandis que d’autres personnes, comme un voyageur ou un malade, pourra les essuyer. Ici le texte du Coran comprend les deux sens en même temps. Ceci est en fait une caractéristique unique de la Révélation de Dieu.

Les lecteurs du Coran parmi les compagnons

Lire et réciter le Coran étaient répandus depuis le début de la Révélation, et le Prophète, paix et salut sur lui, fut le premier à réciter le Coran par le biais de l’Archange Gabriel, paix sur lui.

Après sa mort, la récitation continua avec les Compagnons, que Dieu les agrée.

Parmi les célèbres lecteurs qui ont beaucoup appris aux tâbi‘oûn (les successeurs) nous pouvons citer Obayy ibn Ka‘b, Othmâne ibn ‘Affan, Alî ibn Talib, Zayd ibn Thâbit, Abd Allah ibn Mas‘oûd, Aboû Moûssâ al Ach‘arî et beaucoup d’autres.

Lorsque les compagnons se dispersèrent dans les différentes régions de l’État, les musulmans des populations locales apprirent le Coran directement du ou des compagnons qu’ils côtoyaient. Chacun récitant selon le harf (variante de lecture du Coran) qu’il avait appris. Ceci provoqua des divergences  dans les façons de réciter le Coran au point de semer le trouble auprès des nouveaux musulmans et des débats intenses commencèrent à apparaître sur laquelle (parmi les récitations) était la plus authentique.

Ne pas confondre lecture du Coran (qirâ-a) et variante de lecture du Coran (harf)

La Tradition Prophétique nous enseigne que le Coran fut révélé sous sept variantes de lecture. Ibn ‘Abbâs, que Dieu l’agrée, a rapporté que le Prophète, paix et salut sur lui,  a dit : « Gabriel me fit réciter une des lectures ; j’insistai auprès de lui, lui en demandant davantage, et lui, chaque fois, en ajouta, jusqu’à ce qu’il s’arrêta après sept lectures différentes. » (3)

A une autre occasion, Omar Ibn Al Khattab, que Dieu l’agrée, se plaignit auprès du Prophète, paix et salut sur lui,  que Hichâm ibn Hakim avait récité la sourate al-fourqân d’une façon différente de celle qu’Omar avait entendue du Prophète. Après avoir consulté le Prophète, paix et salut sur lui, et récité chacun leur tour, le Prophète, paix et salut, leur dit : « C’est ainsi que le Coran a été révélé ; il a été révélé avec sept variantes de lectures (al-ahrouf as-sab‘a). Employez celle qui vous est la plus commode. » (4)

A l’époque du Prophète, paix et salut sur lui, différents dialectes de la langue arabe existaient en Arabie.  Ainsi, la Révélation du message coranique révélée selon plusieurs variantes au Prophète, paix et salut sur lui, présentait de nombreux avantages pour la communauté musulmane. Parmi eux :

– Rendre la lecture, la prononciation et la mémorisation plus faciles, car beaucoup de gens étaient illettrés au temps du Prophète, paix et salut sur lui.

– Rendre la religion facile et à la portée de tous les fidèles.

– Unifier la nouvelle communauté musulmane sur la base d’une langue commune, l’arabe des Qûraysh, avec des variantes mineures acceptées par le Prophète, paix et salut sur lui, selon la langue parlée par le Musulman.

– Montrer la nature unique du Coran dans le domaine du langage.

Cependant, la signification exacte des sept variantes de lecture (al-ahrouf as-sab‘a) a provoqué de nombreux désaccords chez les savants ; l’expression arabe al-ahrouf as-sab‘a étant polysémique. Elle peut aussi bien désigner le type de lecture d’un imam, que les différents sens sémantiques d’un terme coranique. En revanche, cela ne peut aucunement désigner les grands lecteurs célèbres du Coran (les Imams Nafi’, Abou ‘Amr, Ibn Kathir …) répertoriés comme des références en termes de mémorisation et de transmission, et qui sont apparus postérieurement à l’époque prophétique.

La récitation du Coran à l’époque de Othmane Ibn ‘Affane

Plus tard, sous le califat d’Othmane Ibn ‘Affane, que Dieu l’agrée, suite aux différends qui opposaient les musulmans concernant la manière de lire le Coran : les syriens suivaient la lecture de leur concitoyen, Obayy ibn Ka’b, et les Irakiens celle de ‘Abdallah Ibn Mas’oud ;  Houdayfa Ibn al-Yaman, inquiet et alarmé par leur désaccord, suggéra au calife Othmâne, que Dieu l’agrée : «Ô Chef des Croyants ! Retiens les musulmans avant qu’ils n’en arrivent, concernant leur Livre, à avoir autant de divergences que les juifs et les chrétiens ».

Le Calife Othmane, que Dieu l’agrée, récupéra ainsi de chez Hafsa, que Dieu l’agrée, le recueil officiel du Coran (compilé sous le Califat de Abou Bakr, que Dieu l’agrée) et chargea le même Zayd Ibn Thâbit ainsi que d’autres compagnons d’en faire plusieurs copies. Il leur spécifia: «S’il y a désaccord entre vous sur l’orthographe de quelques mots, écrivez-le suivant le dialecte Quraychite, car c’est dans ce dialecte que le Coran fut révélé ».

Une fois le travail achevé, le calife Othmane, que Dieu l’agrée, rendit les feuillets originaux à Hafsa, que Dieu l’agrée, et les autres exemplaires furent reliés (chacun en un livre, appelé Mos’haf) et distribués dans toutes les principales régions du territoire musulman. Il ordonna par ailleurs, avec le consensus de tous les compagnons, de brûler tout feuillet ou tout exemplaire complet qui contiendrait autre chose que le Mos’haf.

Les sept lectures du Coran

Après la décision de rassembler tous les musulmans autour d’un même Mos’haf, les grandes divergences dans la lecture du Coran s’estompèrent, mais il restait toujours la possibilité de lire suivant plusieurs nuances sans déroger aux règles fixées par « l’écriture de Othmane » (rasm ‘Othmânî)

C’est à partir du 2ème siècle de l’Hégire, que des savants s’intéressèrent à ces différentes lectures avec la volonté de les répertorier et d’en faire une science à part entière.

En effet, avec la venue des Musulmans dans de nombreux pays du monde, le Coran fut récité de différentes façons, certaines d’entre elles n’étaient pas en accord avec le texte admis et les lectures transmises par le Prophète, paix et salut sur lui et les Compagnons. Cela nécessita une minutieuse sélection et distinction entre ce qui est authentique (sahîh) et ce qui est exceptionnel (châdh).

Sept lectures furent standardisées au 2ème siècle de l’Hégire. Abou Bakr ibn Moujâhid (mort en 324 H), un érudit du 3ème et 4ème siècle, fut le premier à rassembler ces sept lectures ; il a écrit un livre intitulé « les sept lectures » dans lequel il sélectionne sept des modes de lectures dominants comme les mieux transmises et les plus fiables. D’autres furent par la suite mises en discrédit ou en opposition. Cependant, cela ne veut pas dire que l’on doit se restreindre à une de ces sept lectures, ou à toutes.

Ci-dessous sont citées les origines des sept lectures, le nom des lecteurs et certains transmetteurs (rouwât) se rattachant à eux. Ce sont ceux qu’ibn Moujâhid a en particulier cité pour leur exactitude, leur probité et leur longue vie en contact étroit avec la lecture du Coran.

LecteursDécèsOrigineTransmetteurs
1. Nâfi‘ al-Madanî169HMédineWarch (mort en 197H) et Qâloûn (mort en 220H)
2. Ibn Kathîr al-Makkî120HMeccaAl-Bazzî (mort en 250H) et Qounboul (mort en 291H)
3. Aboû ‘Amr Ibn ‘Alâ154HBassoraAd-Doûrî (mort en 246H) et As-Soûsî (mort en 261H)
4. Ibn °Âmir ach-Châmî118HSyrieHichâm (mort en 245H) et Dhakwân (mort en 242H)
5. Âssim al-Koûfî128HKoufaChou‘ba ibn ‘Ayâch (mort en 193H) et Hafs ibn Soulaymân (mort en 180H)
6. Hamza al-Koûfî156HKoufaKhalaf ibn Hichâm (mort 229H) et Khallâd ibn Khâlid (mort en 220H)
7. Al-Kassâ-î al-Koûfî189HKoufaAboû al-Hârith (mort en 240H) et Hafs ad-Doûrî (mort en 246H)

Les lectures transmises (riwayat) par Warch et Qâloûn sont répandues en Afrique, sauf en Egypte, où comme maintenant et dans toutes les autres parties du monde musulman la lecture transmise par Hafs est plus répandue.

D’autres lectures …

Plus tard d’autres points de vue émergèrent, ce qui résulta en 10 (voir 14) lectures bien connues. Voici, en addition aux sept citées ci-dessus, les lecteurs suivants qui complétèrent les 10 lecteurs.

8. Aboû Ja‘far al-Madanî128HMédineIbn Wardân (mort en 160H) et Ibn Jamâz (mort en 170H)
9. Ya‘qoûb al-Basrî205HBassoraRouways (mort en 238H) et Roûh (mort en 234H)
10. Khalaf ibn Hichâm229HKoufaIshâq (mort en 286H) et Idrîss ibn ‘Abd al-Karîm (mort en 292H)

Les trois dernières ajoutées aux sept lectures forment « les dix lectures authentiques » : « les sept moutawâtir » et « les trois dernières » dont les chaînes de transmission furent confirmées par Ibn al-Jazarî.

Les écoles musulmanes ont établi trois critères pour accepter une lecture et trois critères pour préférer certaines par rapport à d’autres. La meilleure transmission est bien-sûr du genre moutawâtir : à savoir les lectures transmises par de nombreuses personnes ; elles incluent les sept lectures bien connues selon Ibn Abî Moujâhid et dix selon Ibn al-Jazari.

Les trois critères pour accepter les lectures sont :

– l’exactitude vis-à-vis de la grammaire arabe.

– la concordance avec le texte écrit sous le califat de Othmâne, que Dieu l’agrée.

– le fait qu’elles remontent de façon fiable jusqu’au Prophète, paix et salut sur lui.

Les trois critères de préférence sont :

– l’exactitude vis-à-vis de la grammaire arabe.

– la concordance avec le texte écrit sous le califat de Othmâne, que Dieu l’agrée.

– lue par la majorité des Musulmans.

Le meilleur résumé à ce sujet se trouve dans les écrits de Ibn al-Jazari (mort en 833 H) : « Toute lecture en accord avec la grammaire arabe même si ce n’est que dans une certaine mesure, et en accord avec un des moushaf de Othmâne, même si ce n’est que probable, et transmise avec une chaîne de transmission irréfutable, est une lecture correcte (sahîha), qui ne doit pas être rejetée, et ne peut pas être niée, elle appartient aux sept variantes (ahroûf) dans lesquelles le Coran a été révélé, et les gens sont obligés de l’accepter, peu importe si elle est une des sept imams ou une des dix autres ou une d’autres imams acceptés ; mais lorsque l’une de ces trois conditions n’est pas remplie, elle doit être rejetée et déclarée faible (da‘îfa) ou exceptionnelle (châdha) ou nulle (bâtila), peu importe si elle est l’une des sept ou une autre. » (6)

Source : Les Sciences du Coran, d’Asmaa Godin

(1)   Mawdoûdî, Introduction to the study of the Qur’ân, p. 21

(2)   Lecture de Nâfi‘, Hafs‘an ‘Âsim, Kisâ’î

(3)   Lecture de Ibn Kathîr, Aboû Amr, Aboû Bakra ‘an ‘Âsim, Hamza

(4)   Hadith rapporté par Boukhari

(5)   Hadith rapporté par Boukhari

(6)   Ibn al-Jazari, An-Nashr fil-Qirâ’ât Al-`Ashr 

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