De quoi l’affaire Epstein est-elle le nom ?

L’affaire Epstein n’est pas seulement le récit sordide d’un homme/système et de ses crimes. Elle est le symptôme brutal d’une crise bien plus profonde : celle d’une civilisation qui a progressivement et assurément dissocié la pensée de l’éthique, la politique de la morale et la raison de toute référence transcendante. Elle est le nom d’une faillite morale et civilisationnelle totale.

Depuis plusieurs siècles, la modernité occidentale a consacré une définition réductrice de l’homme : un animal rationnel, autonome, souverain de lui-même, affranchi de toute limite supérieure. Dans cette vision, l’intellect est élevé au rang de juge ultime, tandis que l’éthique devient secondaire, optionnelle, parfois même suspecte. Penser juste n’implique plus nécessairement agir bien.

Cette rupture a produit une contradiction abyssale : jamais l’Occident n’a compté autant de penseurs brillants, de discours sur les droits, la liberté et le progrès, et jamais les élites n’ont été aussi exposées dans des dérives morales d’une telle violence. L’affaire Epstein révèle cette dissonance : des responsables politiques, économiques, médiatiques ou culturels, capables de grands discours humanistes, mais compromis dans des pratiques relevant de la prédation la plus crue — notamment envers les plus vulnérables : les enfants.

Lorsque la raison s’émancipe de toute référence éthique, elle ne libère pas l’homme : elle l’autorise. Elle justifie. Elle rationalise l’injustifiable. Elle transforme l’intelligence en instrument de domination et d’ignorance, et le pouvoir en espace d’impunité et de violence.

Cette sordide affaire révèle surtout l’existence d’élites prêtes aux pires atrocités, non par idéologie, mais par compromission morale. Des élites qui, après s’être rendues coupables de crimes indicibles, deviennent prisonnières de leurs propres fautes. Dès lors, elles ne gouvernent plus selon l’intérêt général : elles obéissent. Tenues par le chantage, enchaînées par leurs secrets, elles se soumettent à des agendas qui ne sont plus ceux de leurs peuples, mais ceux de leurs maîtres chanteurs. Ainsi, la corruption morale précède la trahison politique. Et ce ne sont pas seulement des individus qui sombrent, mais des systèmes entiers qui se retournent contre l’intérêt général, au profit de logiques obscures, prédatrices et profondément déshumanisantes.

La vision islamique, à l’inverse, repose sur un principe fondamental : l’harmonie indissociable entre la connaissance et l’éthique, entre la pensée et le comportement. L’homme n’y est pas défini d’abord par sa capacité à raisonner, mais par sa responsabilité morale. L’intellect n’est pas souverain : il est redevable. La science sans droiture est une épreuve, le pouvoir sans éthique un léviathan, et la liberté sans limites une illusion destructrice.

Quand la réflexion contredit l’agir, quand la politique s’affranchit de l’éthique, quand le savoir ne conduit plus à l’élévation morale, alors les sociétés produisent des monstres respectables et des crimes institutionnalisés. L’affaire Epstein n’est pas une anomalie : elle est le miroir d’un ordre moral disloqué.

Elle nous oblige à poser une question essentielle : quel type d’homme voulons-nous former ? Un être brillant mais vide, libre mais prédateur, puissant mais irresponsable ? Ou un être moral, conscient de ses limites, redevable devant Dieu et responsable devant les plus fragiles ?

Car une civilisation ne s’effondre pas d’abord par manque d’intelligence, mais par perte de conscience.

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