Masculin et féminin : Une harmonie dans la différence

La question du masculin et du féminin traverse les cultures, les civilisations et les traditions spirituelles. Le Coran, en particulier, invite à contempler cette dualité non comme une opposition ou une hiérarchie, mais comme un signe de Dieu. Comprendre la différence entre l’homme et la femme, c’est accéder à une lecture plus profonde de l’harmonie de la Création et de l’équilibre voulu par le Créateur.

La dualité cosmique : nuit et jour

Dieu dit : « Par la nuit quand elle enveloppe tout, par le jour quand il éclaire, et par Celui qui a créé le masculin et le féminin. » [1]

Ce verset établit clairement un lien entre le masculin et le féminin et la loi de la dualité cosmique. Il s’agit d’un lien fonctionnel et complémentaire, et non axiologique ni fondé sur une quelconque supériorité. Dieu dit : « Il n’appartient pas au soleil de rattraper la lune, ni à la nuit de devancer le jour ; chacun vogue dans une orbite. » [2]

Qatâda a dit à ce sujet : « Chacun a une limite et une mesure qu’il ne dépasse pas et en deçà de laquelle il ne manque pas ; lorsque l’autorité de l’un survient, l’autorité de l’autre disparaît. » [3]

Chacun apparaît en son temps, sans jamais devancer l’autre. Cette alternance existe pour permettre l’accomplissement des intérêts des adorateurs.

Dieu dit encore : « Dis : “Voyez-vous ? Si Dieu faisait de la nuit pour vous une nuit permanente jusqu’au Jour de la Résurrection, quelle divinité autre que Dieu vous apporterait une lumière ? N’entendez-vous donc pas ?” Dis : “Voyez-vous ? Si Dieu faisait du jour pour vous un jour permanent jusqu’au Jour de la Résurrection, quelle divinité autre que Dieu vous apporterait une nuit où vous pourriez trouver le repos ? Ne voyez-vous donc pas ?” Et c’est par miséricorde de Sa part qu’Il a établi pour vous la nuit et le jour, afin que vous y trouviez le repos et que vous recherchiez de Sa grâce, et afin que vous soyez reconnaissants. » [4]

Ces versets montrent que la nuit et le jour n’entretiennent pas un rapport de concurrence, mais de complémentarité. Aucun des deux ne suffit, à lui seul, au bien-être des hommes. La nuit est un temps de repos, d’apaisement et de régénération ; le jour est consacré à l’action, au labeur et à la recherche de la subsistance. Leur alternance est un signe manifeste de la miséricorde divine.

Masculin et féminin : principes complémentaires

Il en va de même pour le masculin et le féminin. Loin de s’opposer, ils relèvent de principes symboliques distincts et profondément complémentaires.

Le masculin est généralement associé à la force, à l’action, à la rationalité et à l’initiative. Le féminin est lié à l’intuition, à la réceptivité et à la vie ; il renvoie à la maternité, à la création, à la fertilité et aux cycles de transformation.

Ensemble, ces deux dimensions s’équilibrent et participent à l’harmonie de l’existence et à la continuité de la vie.

La symbolique de la côte : courbure et protection

Dans un hadith, le Messager de Dieu, paix et salut sur lui, a dit : « Traitez les femmes avec bonté ; car elles ont été créées d’une côte. La partie la plus courbée de la côte est sa partie supérieure. Si tu t’efforces de la redresser, tu la casseras ; et si tu la laisses telle quelle, elle restera courbée. Traitez donc les femmes avec bonté. » [5]

Cette courbure est profondément symbolique de la féminité, de la douceur et de la maternité. La côte est courbe pour entourer et protéger les organes vitaux. Sa forme n’est pas un défaut, mais l’expression d’une fonction adaptée et harmonieuse.

Une forme courbe sait se plier, s’adapter et demeurer souple face aux contraintes. Elle incarne la flexibilité, la résilience et la vie organique. À l’image d’un abri protecteur, elle enveloppe et préserve ce qu’elle contient — à l’image du sommet courbé d’un abri de bus, qui protège ceux qui attendent des intempéries, offrant un refuge sûr contre les aléas du dehors.

L’imam Abdessalam Yassine écrit : « La différence dans la psychologie de la femme, et la prédominance de l’affectivité chez elle, tandis que l’homme est davantage dominé par la logique rationnelle, constituent un atout et une complémentarité. Il n’est pas juste de la diminuer en raison de sa structure psychologique, pas plus qu’il ne serait légitime de lui reprocher la différence de sa constitution physique. Sa “courbure costale” est précisément sa rectitude : elle est une inclinaison morale, une tendresse et une bienveillance. Elle est affection et miséricorde. » [6]

Cette métaphore prophétique adresse un enseignement particulier aux hommes : vouloir imposer au féminin une rectitude rigide revient à méconnaître la beauté et la force de cette courbure. Tenter de redresser ce qui est courbé, c’est rompre l’harmonie et briser ce qui est, par essence, protecteur et vivant.

Complémentarité familiale et conjugale

Cette complémentarité se manifeste clairement au sein de la famille, notamment dans la relation éducative. Un proverbe italien l’exprime ainsi : « La mère aime tendrement, le père aime solidement. »

Ces deux formes d’amour, distinctes mais complémentaires, participent à l’équilibre et à l’épanouissement de l’enfant. Lorsqu’une seule tend à dominer, l’équilibre se rompt, à l’image de la nuit ou du jour s’ils venaient à régner seuls.

Dans le couple marital, le Coran confie à l’époux et à l’épouse des rôles distincts et complémentaires, chacun indispensable à l’ensemble. Dieu dit : « Les hommes ont une autorité [responsable et fonctionnelle] sur les femmes en raison de ce que Dieu a favorisé les uns par rapport aux autres et en raison de ce qu’ils dépensent de leurs biens. Ainsi, les femmes vertueuses préservent ce qui doit être préservé, conformément à ce que Dieu a ordonné. » [7]

Le Professeur Abdessalam Yassine écrit : « La “Qiwama” (une autorité responsable et fonctionnelle) que Dieu a imposée à l’époux est la sœur de la “Hâfidia” (la préservation et la protection) qu’Il a imposée à l’autre conjoint : une charge et une responsabilité qui alourdissent son devoir et ne l’allègent pas. C’est le degré que Dieu a accordé à l’homme afin qu’il dirige le navire avec sagesse, discernement et bienveillance. » [8]

La préservation renvoie à la continuité et à la stabilité, deux pôles essentiels du repos dans la vie conjugale et sociale. Le repos assuré par le féminin n’évoque-t-il pas celui offert par la nuit, d’autant plus que la femme a souvent été associée à la lune et à l’obscurité apaisante ?

Les femmes deviennent ainsi gardiennes du foyer et de la continuité humaine. Elles assurent la continuité de l’espèce, en étant le creuset des fœtus, le lieu de l’éducation, les pourvoyeuses de nourriture et de vêtements, et les organisatrices des nécessités familiales. Elles sont le refuge des corps humains, les gardiennes de la vie, le lien naturel entre les générations, l’intermédiaire discret mais vital qui unit l’humanité.

Dans la vie conjugale, les deux pôles s’harmonisent et se complètent, à l’image du capitaine d’un navire et de son équipage : l’un tient les cartes, trace les routes et affronte les fureurs des vagues, tandis que l’autre entretient ce qui nourrit le navire, fait tourner ses rouages, fournit le combustible et veille à son entretien, assurant ainsi son avancée et sa stabilité.

Ainsi que le rôle de l’équipage soutient le navire dans sa marche, la femme, tout en étant une dans son être, possède la capacité remarquable d’englober la multiplicité. Là où l’équipage est composé de nombreux éléments, la femme reste une, tout en portant en elle la diversité et la richesse de ce qu’elle soutient.

Dans de nombreuses cultures, la femme est comparée à la Terre et l’homme au ciel. La Terre accueille, nourrit et protège la vie. De même, la femme, par sa force discrète, embrasse la pluralité et assure la continuité.

La terre et le ciel, dites-vous ? Encore une dualité cosmique où l’harmonie de la création se révèle dans la différence des natures.

Le couple comme signe divin

Dieu dit : « Et parmi Ses signes, Il a créé de vous, pour vous, des conjoints afin que vous trouviez auprès d’eux la tranquillité ; et Il a mis entre vous de l’affection et de la miséricorde. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. » [9]

Abdessalam Yassine écrit : « Des signes dans la mise en couple, la cohabitation, l’affection et la miséricorde. Qu’est-ce que la masculinité ? Qu’est-ce que la féminité ? Quelle créativité et quelle invention dans la création ! L’habitude nous aveugle et émousse en nous le sens de l’émerveillement face à ce qui constitue l’essence même de notre être corporel, psychique et fonctionnel. Béni soit Dieu, le Meilleur des créateurs. » [10]


La complémentarité du masculin et du féminin est un signe de la sagesse et de la miséricorde divines. Loin de toute rivalité, elle repose sur l’équilibre, l’harmonie et la reconnaissance mutuelle. Elle invite à méditer sur la perfection de la création et à préserver l’ordre voulu par Dieu dans la vie conjugale, familiale et sociale.

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[1] Sourate La Nuit, verset 1, 2 et 3

[2] Sourate Yassine, verset 40

[3] L’exégèse d’Al-Qortobi

[4] Sourate Les Récits, verset 71

[5] Rapporté par Al-Bukhari selon Abou Hurayra, que Dieu l’agrée

[6] A. YASSINE. Femmes musulmanes : traité sur la voie

[7] Sourate les Femmes, verset 34

[8] A. YASSINE. Femmes musulmanes : traité sur la voie

|9] Sourate Ar-Rum, verset 21

[10] A. YASSINE. Femmes musulmanes : traité sur la voie

2 commentaires

  1. Barakallahu fīk, cher Jawad, pour avoir abordé avec finesse un sujet aussi sensible et important.

    Il me semble toutefois qu’un point mérite d’être davantage éclairé, car il enrichit — et parfois dépasse — une lecture trop strictement symbolique de la complémentarité masculin/féminin.

    Comment comprendre, en effet, que le Prophète ﷺ, modèle de l’accomplissement masculin, était décrit comme ayant une pudeur plus grande encore que celle d’une vierge, tandis que son épouse, notre mère Khadija (que Dieu Exalté l’agrée), comptée parmi les femmes accomplies, était une commerçante influente, rivalisant sur le marché avec les hommes de Quraych ?

    Cette réalité prophétique semble montrer que l’Islam reconnaît des qualités spirituelles et humaines qui transcendent les catégories attendues, sans nier pour autant la différence, mais en l’inscrivant dans une harmonie plus profonde.

    1. Oui, c’est très juste ce que vous soulevez. Ca s’appelle le féminin intérieur, qui transcende les genres apparents. Le véritable équilibre serait l’équilibre entre masculin et féminin intérieur.

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